Le Venezuela se déchire entre ses deux présidents

Juan Guaido ©AFP

Depuis le 23 janvier, le Venezuela confronté à la plus grave crise de son histoire avec une économie au ralenti, une monnaie naufragée et des pénuries de tout, compte donc deux "présidents": Juan Guaido et le chef de l'Etat en exercice Nicolas Maduro.

Deux mois après son auto-proclamation comme président par intérim du Venezuela, l'opposant Juan Guaido - soutenu par une cinquantaine de pays dont les Etats-Unis - a rallié les foules ce samedi mais pas l'armée, laissant le pays dans l'impasse.

Début mars, il bénéficiait de 61% d'avis favorables contre 14% pour Maduro, selon une enquête de l'institut Datanalisis. "Un tel scénario était inimaginable en 2018", reconnait l'analyste Mariano de Alba. Mais, même "affaibli", Nicolas Maduro "a réussi à maintenir une cohésion étonnante dans l'adversité".

Surtout la forte mobilisation populaire et le soutien affirmé de Washington et de l'Union européenne, notamment, n'ont pas entamé la loyauté de l'armée envers le pouvoir.

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L'armée, centre des attentions

Depuis le 23 janvier, plus que jamais, Nicolas Maduro s'est accroché à l'armée, son principal soutien, agitant la menace d'une intervention militaire "impérialiste" de la part des Etats-Unis - menace entretenue par le président Donald Trump réaffirmant à plusieurs reprises que "toutes les options sont sur la table". Cependant, ni l'UE ni le Groupe de Lima (13 pays latino-américains et le Canada), qui appuient Guaido, ne veulent d'une opération militaire.

La rupture entre l'armée et le pouvoir n'a pas eu lieu "parce qu'aucune offre crédible n'a permis à l'élite militaire de croire en la possibilité d'un changement" de régime sans risque
Luis Vicente Leon
président de Datanalisis

Pour sa part, Juan Guaido s'est aussi dit prêt à demander au parlement d'autoriser une intervention militaire. Il lui a fait approuver "l'état d'alerte" qui, théoriquement, ouvre la voie à une intervention extérieure au titre de l'aide humanitaire. Des dizaines de tonnes de vivres et de médicaments offertes par les Etats-Unis sont stockées aux portes du pays et bloquées par les autorités.

Les forces armées, auxquels le pouvoir politique a conféré des vastes compétences politiques et économiques, dont le contrôle de l'industrie pétrolière - le Venezuela détient les plus grandes réserves mondiales - a réaffirmé sa "loyauté absolue" au gouvernement et ignoré les appels de Washington et M. Guaido promettant amnistie et levée des sanctions en cas de ralliement.

"La situation économique s'aggrave"

En attendant le Venezuela, déjà soumis aux sanctions américaines, s'enfonce un peu plus. Le 28 avril entrera en vigueur l'embargo sur les exportations de pétrole qui assurent 96% du budget de l'Etat. La production a déjà été réduite de plus de 3 millions de barils par jour en 2008 à moins d'un million avant la panne géante du 7 mars qui a encore paralysé et abimé les installations.

"La situation économique va terriblement s'aggraver et la population subir une nouvelle dégradation de son niveau de vie"
Mario De Alba
analyste de l'institut Datanalisis

Pour Vicente Leon, le temps joue contre M. Maduro avec le risque d'une "explosion sociale". Mais le temps qui passe est aussi risqué pour M. Guaido, car "plus le pays se détériorera, plus la patience de la population va s'émousser".

Juan Guaido, un ingénieur de 35 ans qui qualifie M. Maduro d'"usurpateur" et juge sa réélection frauduleuse, reste le président de l'Assemblée nationale, seul organe dominé par l'opposition et son chef de cabinet Roberto Marrero, a été arrêté cette semaine et accusé de "terrorisme".

Nicolas Maduro ©EPA

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