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analyse

Les défis qui attendent le nouveau président brésilien d'extrême droite

©REUTERS

Elu avec une large majorité, le nouveau président brésilien, entouré d’une équipe inexpérimentée, devra diriger un pays divisé comme jamais.

Avec 55% des voix, Jair Bolsonaro a été élu président du Brésil dimanche soir, une victoire indiscutable pour l’extrême droite. Les marchés financiers, qui espèrent du nouveau chef de l’Etat, qui sera investi le 1er janvier 2019, la mise en place de réformes attendues, notamment celles des retraites, étaient euphoriques ce lundi: la Bourse de Sao Paulo a fait un bond de 3% à l’ouverture, avant de se stabiliser à +1,54%.

Jair Bolsonaro était jusqu’ici un sulfureux député fédéral, davantage connu pour ses provocations que pour son travail législatif - en 27 ans à la Chambre des députés, il n’a réussi à faire approuver que deux projets de lois. Il prendra donc la tête du mastodonte latino-américain, sans jamais avoir exercé de poste exécutif, et entouré d’un cercle de personnes "inexpérimentées en politique", souligne Christian Lynch, spécialiste de la droite brésilienne à l’Institut des Etudes sociales et politiques de l’Université de l’Etat de Rio de Janeiro. "Ils sont issus d’un ‘bas-clergé’, ce sont des inconnus des élites intellectuelles, techniques et politiques", ajoute t-il. Une réunion est prévue demain, au domicile du président, à Rio, pour décider et annoncer les premiers noms qui formeront son équipe gouvernementale. Un des plus attendus est celui de Paulo Guedes, gourou ultra-libéral de Jair Bolsonaro, pressenti pour le ministère des Finances.

Jair Bolsonaro a été élu président du Brésil dimanche soir ©REUTERS

Affichant un taux de rejection de 45% (sondage Datafolha du 27 octobre), Jair Bolsonaro devra aussi diriger un pays divisé comme jamais, avec une opposition législative forte, à défaut d’être majoritaire à la Chambre, et organisée dans la rue – des manifestations ont déjà été convoquées dans tout le pays ce mardi soir. Au total, ce sont près de 90 millions d’électeurs qui n’ont pas voté pour Jair Bolsonaro (si l’on cumule les votes pour son adversaire, les votes nuls, blancs et l’absention), soit largement plus que les 57 millions de voix qu’il a récoltées. Loin d’être rassembleur, le nouveau président affole au contraire ses opposants: il a ainsi promis, le 21 octobre dernier, dans une vidéo diffusée en direct lors d’une manifestation de supporters à Sao Paulo, la "prison ou l’exil" aux "gauchistes". Une onde de violence s’est propagée dans tout le pays depuis le premier tour, le 7 octobre, autant sur les réseaux sociaux que dans la rue où plusieurs cas d’agressions pour des motifs politiques ont été rapportés. Des échauffourées ont également été relatés après l’annonce des résultats dimanche soir. Le candidat du Parti des Travailleurs, Fernando Haddad a demandé dans son discours après sa défaite dimanche à ce que ses électeurs soient "respectés". Il a finalement félicité le nouveau président, via Twitter, lundi matin.

Jair Bolsonaro devra aussi rapidement éclaircir son programme, dont les 81 pages ne présentent quasiment aucune mesure concrète. Le quotidien Estadao de Sao Paulo titrait ainsi son éditorial de lundi de "saut dans l’obscurité": "L’électeur a choisi Bolsonaro sans avoir la moindre idée de ce qu’il va faire une fois dans le fauteuil présidentiel." Il a promis un grand "changement", mais n’a pas précisé sa méthode pour y arriver.

Enfin, Jair Bolsonaro devra rassurer, notamment à l’étranger, s’il ne veut pas détruire le soft power brésilien conquis notamment sous la présidence de Lula, ennemi juré de Bolsonaro. Ses discours haineux, parfois autoritaires, sa proximité avec l’armée et ses attaques fréquentes contre les minorités font craindre une récession démocratique. Il a assuré dimanche soir, dans son premier discours en tant que président élu, diffusé en direct sur Facebook, tenu depuis chez lui, qu’il travaillerait avec "la Constitution à ses côtés". Il a déjà reçu le soutien, par téléphone dimanche soir, de Donald Trump, et de plusieurs dirigeants latino-américains comme l’argentin Mauricio Macri. Mais certains, comme le président français, sont vigilants: Emmanuel Macron a rappelé à Bolsonaro l’engagement du Brésil pris lors des Accords de Paris en 2015. Le nouveau président brésilien avait laissé entendre que le Brésil pourrait en sortir.  

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