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Les règles sur l'import de bois protégé trop laxistes, selon le WWF

Une scierie illégale au Brésil. ©REUTERS

Les règles européennes qui interdisent l’importation de bois protégé ne concernent qu’un tiers de la valeur des produits en bois, dénonce le WWF. Le secteur belge s’y associe pour demander un resserrement du cadre.

En achetant un salon de jardin pour la belle saison, risquez-vous de participer à la destruction de forêts primaires? Pour la table, non, pour les chaises, oui. C’est l’une des curiosités de la législation européenne qui interdit depuis 2013 l’importation de bois protégé.

51 milliards $
L’exploitation illégale du bois est le crime environnemental le plus lucratif: il génère entre 51 et 152 milliards de dollars par an, selon Interpol.

Le règlement "bois" contraint les importateurs à vérifier l’origine du bois et des dérivés de bois qu’ils mettent sur le marché européen. Mais certaines catégories d’objets ne sont pas concernées: chaises, vaisselle, outils de bricolage, instruments de musique… Les mailles de la législation sont larges: "En termes de valeur, seuls 33% des produits en bois ou dérivé sont concernés" par le règlement, affirme Béatrice Wedeux, spécialiste des forêts à l’organisation environnementale World Wide Fund for Nature (WWF). En termes de volume, la législation couvre 86% du bois importé en UE.

Concurrence faussée

Alors que le WWF dénonce une législation qui manque partiellement son objectif écologique, certaines entreprises lui emboîtent le pas, et pas seulement pour des raisons environnementales. "On constate une concurrence déloyale entre fabricants d’un même type de produit: le producteur belge doit s’assurer que les éléments qu’il importe sont en règle alors que certaines productions importées de Chine, par exemple, ne sont pas concernées", souligne Filip De Jager, directeur général adjoint de Fedustria.

À l’initiative du WWF, la fédération belge de l’industrie du bois signe une déclaration dans laquelle elle demande que le champ du règlement soit élargi pour qu’il s’applique "à tous les produits contenant du bois". La liste des signataires de cette "Déclaration de l’industrie" comprend la fédération des papetiers (inDUfed), le groupe de distribution Colruyt, ou encore l’association flamande de luthiers CMB.

Cette démarche intervient alors que la Commission européenne a ouvert une consultation publique sur le règlement, qu’elle envisage de modifier. En attendant, l’application des règles en vigueur laisse à désirer. En octobre dernier, la Belgique, l’un des principaux importateurs de bois de l’Union, a été visée par une procédure d’infraction de la Commission pour ne pas avoir mené assez de contrôles pour s’assurer de la mise en œuvre des nouvelles règles.

Selon Interpol, l’exploitation illégale du bois est le crime environnemental le plus lucratif. Les coupes claires d’essences précieuses appauvrissent la biodiversité des forêts primaires. Un problème à distinguer du déboisement de larges couvertures forestières au profit de l’agriculture, sous la pression de la demande d’huile de palme ou de soja. La Commission européenne a amorcé une réflexion le mois dernier sur les options politiques face à cette "déforestation importée".

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