Maduro menacé par un référendum

Nicolas Maduro, président du Venezuela ©Bloomberg

Le conseil électoral valide le projet de référendum pour destituer le président du Venezuela Nicolas Maduro. La consultation populaire portée par l'opposition semble toutefois encore loin dans ce pays en pleine débâcle économique.

C'est peut-être le début de la fin pour le président du Venezuela, Nicolas Maduro. L'opposition veut organiser d'ici à fin 2016 un référendum contre M. Maduro, qu'elle rend responsable des pénuries alimentaires et de la situation de plus en plus chaotique au Venezuela. 

 Et ce projet de référendum vient justement de recueillir lundi le feu vert du Conseil national électoral (CNE) suite à la récolte de 399.412 signatures validées, soit le double du minimum demandé. 

Processus long et complexe

Mais si l'autorité électorale a validé une nouvelle étape de ce long et complexe processus, les antichavistes (du nom de l'ex-président Hugo Chavez, 1999-2013) devront encore franchir plusieurs obstacles avant que cette consultation populaire ne voit le jour.

En effet, le CNE n'a pas encore communiqué les dates de la phase suivante où quatre millions de signatures doivent désormais être recueillies et validées afin que le référendum soit enfin convoqué.

7,5 millions
Pour destituer Nicolas Maduro, le "oui" devra dépasser son score à la présidentielle de 2013 (7,5 millions de voix).

Pourquoi ce référendum?

Bien que disposant des plus grandes réserves de pétrole du monde, ce pays subit de plein fouet la chute des cours du brut"Le référendum révocatoire, c'est pour en finir avec les files d'attente (devant les supermarchés, ndlr), pour qu'il y ait de la nourriture et des médicaments, suffisamment d'argent pour chacun, et de la sécurité", affirme l'un des leaders de l'opposition, Henrique Capriles, ancien candidat à la présidentielle. "Ce n'est pas avec Maduro que nous allons résoudre la crise, c'est pourquoi il faut le révoquer", assure-t-il.

"Le référendum révocatoire, c'est pour qu'il y ait de la nourriture et des médicaments, suffisamment d'argent pour chacun, et de la sécurité."
Henrique Capriles
Un leader de l'opposition

Dans un climat de mécontentement social croissant, le CNE doit ouvrir "la soupape d'échappement", estime l'analyste Benigno Alarcon, car si le référendum révocatoire n'a pas lieu, "la pression s'exprimera par d'autres voies", met-il en garde. "Il y a deux options à l'heure actuelle: le bon sens, ou bien la crise se prolonge et le pays peut exploser à tout moment", a ainsi averti Julio Borges, député et chef de la majorité parlementaire, clamant que "tout le pays compte sur un changement".

Mais malgré un taux de mécontentement élevé (sept Vénézuéliens sur dix réprouvent la gestion du président), la coalition de centre droit, la Table de l'unité démocratique, a bien du mal à faire descendre en masse la population dans la rue pour protester contre le gouvernement. Il est probable que les divisions internes de l'opposition expliquent en partie cette faible mobilisation des habitants, dont beaucoup sont trop occupés à patienter des heures devant les magasins et les pharmacies. Ils craignent aussi pour leur sécurité, en raison de l'imposant déploiement policier.

Avant le 10 janvier 2017

Par ailleurs, le chef de la diplomatie américaine John Kerry a demandé lundi au Venezuela de "ne pas jouer la montre" sur le référendum.

Pour l'opposition, il est crucial que le référendum ait lieu avant le 10 janvier 2017, car si M. Maduro est révoqué avant cette date, il y aura des élections anticipées. En revanche, si la consultation se déroule après et si le chef de l'Etat la perd, il pourra désigner son vice-président pour le remplacer.

Nicolas Maduro lui-même a intenté un recours pour fraude devant le Tribunal suprême de justice (TSJ), que l'opposition accuse également d'être au service de l'exécutif. Et le camp du gouvernement a demandé au CNE d'invalider la coalition d'opposition, à laquelle elle reproche des "fraudes" pendant la collecte des premières signatures en faveur de la consultation, une "stratégie politique pour faire durer le processus du référendum" selon Eugenio Martinez, expert en matière d'élections.

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