À Pékin, "plus personne n'ose aller au restaurant"

La police patrouille aux abords du marché de Xinfadi, d'où serait parti le nouveau foyer de contaminations à Pékin. ©EPA

Avec la probable arrivée d’une seconde vague de coronavirus, c’est le branle-bas de combat à Pékin. "Les contaminations sont liées à un marché matinal où 70 à 80% des restaurants viennent s’approvisionner. La crainte d’une nouvelle vague est bien réelle", nous explique Pol Castermans, le manager de Duvel Moortgat, qui travaille dans la capitale chinoise.

"Ce midi, je suis allé manger dans une des rues de Pékin connue pour ses restaurants, et je viens de passer devant plusieurs établissements de mon quartier. Tout est vide. C’est du jamais vu car les Chinois vont très souvent manger à l’extérieur", explique Pol Castermans, Country Manager pour le nord de la Chine pour le groupe brassicole belge Duvel Moortgat.

Cela fait trois ans et demi que notre jeune compatriote vit à Pékin, après être parti en Chine pour faire des études en 2010. Castermans a vécu pendant plusieurs années à Wuhan, ville natale de sa compagne et berceau du coronavirus. Cette ville fut la première à être confinée. "Mes beaux-parents sont restés chez eux pendant près de quatre mois. Les responsables de leur quartier étaient autorisés à aller faire des courses pour approvisionner les habitants. La plupart du temps, c’était de la débrouille. Certains produits comme la viande n’étaient pas toujours disponibles."

160 terrains de football

La capitale chinoise et ses 20 millions d’habitants se retrouvent aujourd’hui sous la loupe, après l’enregistrement de 106 nouveaux cas de contamination en cinq jours. Si l’on en croit les autorités, le virus aurait fait sa réapparition au méga marché Xinfadi, dont la superficie équivaut à 160 terrains de football. Chaque jour, des milliers de tonnes de légumes, fruits, poisson, viande et autres produits alimentaires y changent de main.

"On peut comparer ce marché au marché matinal de Bruxelles. Entre 70 et 80% des restaurants viennent s’y approvisionner, ce qui explique les tables vides. Les gens n’osent plus aller au restaurant par crainte d’être contaminés. Les restaurants japonais sont fermés car ils ne peuvent plus vendre du poisson cru, étant donné que la contamination est mise sur le compte d'un saumon importé. L’horeca s’approvisionne désormais dans les supermarchés – plus chers – et dans de nombreux magasins, c’est le rush sur les fruits et les légumes."

"On peut comparer Xinfadi au marché matinal de Bruxelles. Entre 70 et 80% des restaurants viennent s’y approvisionner, ce qui explique les tables vides. Les gens n’osent plus aller au restaurant par crainte d’être contaminés."
Pol Castermans
Country Manager pour le nord de la Chine pour Duvel Moortgat

"La ville teste tous les travailleurs du secteur de l’horeca, ce qui représente des dizaines de milliers de personnes. Quelques lieux de testing doivent renvoyer des citoyens chez eux car ils n’arrivent plus à gérer l’afflux. Des centaines de personnes font la file dans une chaleur torride. Même s’il faut reconnaître que la machine de guerre chinoise contre le coronavirus est impressionnante. À Wuhan, ils ont testé toute la ville – 10 millions de personnes – en un peu plus d’une semaine."

La ville de Pékin n’est pas encore totalement confinée. Un périmètre a cependant été établi autour du marché Xinfadi, avec certaines rues bloquées et la mise à l’arrêt de toutes les activités sportives et de loisirs. Les immeubles à appartements sont également surveillés de près et le trafic sortant est fortement limité. "Nous habitons dans la partie ouest de Pékin. Vu que Xinfadi se trouve à l’opposé, nous ne subissons presque aucun impact. Par contre, nous voyons un peu partout que l’on prend la température des citoyens – dans les magasins, restaurants et résidences – et nous devons fournir nos données de contact à l’entrée de notre immeuble de bureaux. Les restaurants exercent un double contrôle: ils enregistrent les clients via l’app dédiée et notent leurs noms et numéros de téléphone."

Tracing bienveillant

"Il y a peu, j’ai été contacté par un membre de l’équipe de tracing – très amical – qui m’a demandé si je m’étais rendu récemment dans les environs de Xinfadi. Un autre collègue a lui aussi été contacté. J’ai parfois l’impression qu’ils appellent tous les citoyens. Il existe aussi deux applications: une app nationale et une par ville. L’app nationale est liée à votre numéro de téléphone. Si vous l’utilisez dans une ville où un problème est constaté, une lampe rouge clignote sur l’app. C’est le signe que vous devez vous enregistrer pour vous faire tester ou éventuellement vous mettre en quarantaine."

Pékin avait jusqu’ici été relativement épargnée par le coronavirus. "600 cas ont été confirmés lors de la première vague", explique Castermans. "La ville n’a donc jamais été totalement confinée. J’ai toujours pu me déplacer assez facilement, même si des mesures de sécurité très strictes étaient d’application entre février et mai. Au début du printemps, tous les hauts fonctionnaires du pays sont descendus dans la capitale. Leurs réunions sont trop importantes pour le système pour qu’elles soient annulées, même si l’on craignait qu’elles ne contribuent à la propagation du virus. À la fin de la première vague, les autorités ont décidé d’assouplir les mesures et de revenir à une situation quasi normale."

Optimisme

Quel est l’impact du virus sur l’économie et la vie quotidienne de Castermans? "Normalement, je me rends régulièrement chez nos commerciaux et dans les filiales de ma région. Duvel Moortgat emploie près de 80 personnes en Chine. Ces voyages se sont arrêtés pendant plusieurs mois et n’auraient d’ailleurs pas eu de sens. Hier soir, un de mes collègues s’est présenté dans un hôtel, mais il a été refusé parce qu’il s’était rendu à Pékin le mois dernier. En tant qu’étranger, c’est plus difficile parce les Chinois craignent que vous veniez directement d’Occident et vous soyez porteur du virus. Je pense que les Chinois sont surtout effrayés parce que le système de soins de santé est moins développé que chez nous."

"Hier soir, un de mes collègues s’est présenté dans un hôtel, mais il a été refusé parce qu’il s’était rendu à Pékin le mois dernier."
Pol Castermans
Country Manager pour le nord de la Chine pour le groupe brassicole belge Duvel Moortgat

Dans son entreprise, l’optimisme était grand après la reprise. En Chine, Duvel Moortgat croît chaque année de près de 40%, avec la bière Vedett White comme produit phare. "En février et mars, les ventes se sont effondrées, mais il y a eu une forte reprise en avril et en mai. Nous étions bien partis pour battre de nouveaux records. Jusqu’au week-end dernier. C’est un drame. Tout le monde pensait que c’était fini."

À Pékin, l’économie avait pratiquement recommencé à tourner à plein régime. "Les autorités ont réutilisé une recette étonnante pour booster l’économie", poursuit Castermans. "Depuis l’émergence de la Chine comme grande puissance économique, les autorités avaient interdit les marchants ambulants traditionnels, parce qu’elles considéraient qu’ils nuisaient à l’image d’un pays qui souhaite être considéré comme une puissance mondiale 'avancée'. Les décideurs politiques avaient prohibé le petit commerce au noir, illégal. Mais à la grande satisfaction des habitants, les autorités sont revenues sur leur décision, et on trouve à nouveau toutes sortes d’échoppes dans les rues. Ces petits commerces devraient donner un coup de pouce supplémentaire à la reprise."

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