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À Toyota, le géant automobile dicte sa loi

"Toyota city", 426.000 habitants, vit pour et par la voiture. ©Bloomberg

La plupart des habitants de la ville de Toyota dépendent du constructeur automobile qui régente leur quotidien par de multiples activités allant de la finance à la distribution, en passant par l’éducation et la santé.

"Quand j’ai reçu la flamme olympique, je l’ai acceptée comme une invitation à construire un monde sans divisions." Rayonnant dans un ensemble blanc floqué des cinq anneaux des jeux, Akio Toyoda a participé au relais de la flamme qui a allumé, vendredi dernier, le chaudron du nouveau stade national, marquant l’ouverture des Jeux de Tokyo.

Voyage à travers "les" Japon

Du vendredi 23 juillet au dimanche 8 août ont eu lieu à Tokyo les 32e Jeux olympiques d'été. À cette occasion, L'Echo vous a fait découvrir le Japon et son économie de demain à travers quatre grands reportages.

Le patron du constructeur automobile japonais Toyota, petit-fils du fondateur Kiichiro Toyoda, faisait partie des relayeurs dans la ville de Toyota, 426.000 âmes et fief historique du groupe, à une heure de route de Nagoya, dans le département d’Aichi dans le centre de l’archipel. Il a reçu la flamme olympique de Shunsuke Suzuki, collégien handicapé ayant participé au relais grâce au T-TR2, un robot noir et blanc dit "de téléprésence", équipé d’un écran géant pouvant diffuser l’image d’une personne à distance, mis au point par Toyota.

L'aventure Toyota débute en 1937, quand Kiichiro Toyoda, héritier d’une famille de fabricant de métiers à tisser, se lance dans la construction automobile.

Car pour le "partenaire mondial" depuis 2015 du mouvement olympique, les JO restent une opportunité – malgré "les inquiétudes" exprimées le 13 mai par son directeur opérationnel, Jun Nagata, au sujet de la défiance des Japonais envers un événement tenu en pleine pandémie de Covid-19.

Toyota veut en profiter pour présenter ses dernières avancées technologiques en matière de mobilité. Bus à hydrogène, navettes e-Palette autonomes ou encore robots d’assistance doivent transmettre au monde sa vision de l’avenir, conçue dans ses centres de recherche de son fief qui s’étire le long de la rivière Yahagi, où l’on naît, vit et meurt Toyota.

Une sortie d'usine à Toyota city. ©Kyodo/MAXPPP

La municipalité porte le nom du géant automobile depuis 1959. L’histoire de l’entreprise a commencé dans un atelier de cette région, au cœur des routes commerciales traditionnelles du Japon. En 1937, Kiichiro Toyoda, héritier d’une famille de fabricant de métiers à tisser, se lance dans la construction automobile et commercialise le premier modèle du groupe, la AA.

Toyota s’appelait alors Koromo. La petite ville avait connu la prospérité à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, avec la production de soie, qui a commencé à décliner dans les années 1920.

La "forteresse Toyota" est à l’image du constructeur: austère, voire ennuyeuse.

Avec son entrée dans l’ère automobile, son développement s’est accéléré. Koromo, devenue Toyota, a aujourd’hui tout d’une ville nouvelle, malgré certains quartiers qui ont conservé leurs charmes d’antan, comme Asuke, village aux façades blanches, au pied des montagnes, à quelques kilomètres à l’est du centre. Toyota s’est jumelée en 1960 avec Detroit, le cœur de la production automobile américaine, notamment de Ford, premier inspirateur de la famille Toyoda.

La "forteresse Toyota" est à l’image du constructeur: austère, voire ennuyeuse. "Il y a pas mal de boutiques, comme le grand magasin Matsuzakaya, mais, en général, la ville n’est pas géniale", regrette une employée qui vient travailler tous les jours, mais réside hors de Toyota. "J’habite à Nagoya parce que c’est plus vivant et pratique. Le problème, ici, est qu’il faut avoir une voiture. Les transports publics sont limités", confirme un gérant d’hôtel.

De père en fils

Un manque d’animation visible dès le soir tombé. En ce mois de juin, temps des premières chaleurs humides caractéristiques de l’été nippon, quelques rares promeneurs, plutôt jeunes, arpentent les ruelles autour des murs gris de la gare où s’affichent les portraits décrépis de l’équipe locale de football local, les Grampus, club de l’élite nippone, créé en 1939 par Toyota et toujours propriété du constructeur.

85%
Dans la ville de Toyota, 85 % des salariés du secteur industriel travaillent dans l’automobile.

À l’exception de la façade aux baies vitrées cernées de bois clair, de Shinjidai, un petit restaurant de brochettes de poulet – spécialité régionale –, les estaminets offrent porte close, "état d’urgence" oblige. Ayant subi une nouvelle vague de contaminations au Covid-19, la ville a fait partie, jusqu’au 20 juin, des zones soumises à ces mesures appelant à la fermeture à 20h des bars et restaurants. Rien d’obligatoire, mais la plupart des établissements ont suivi.

La ville de Toyota, à une heure de route de Nagoya, propose peu de distractions à ses habitants. ©Bloomberg

Ici, 85 % des salariés du secteur industriel travaillent dans l’automobile. Le travail pour Toyota se fait de père en fils, au siège social, au centre de recherche de Hirose, ou dans l’une des six usines de la commune. Il permet d’acheter une voiture estampillée Toyota, Lexus ou encore Daihatsu, voire un camion Hino, les marques du groupe.

De l'aéroport aux cérémonies de mariage Toyota

Pour se loger, l’entreprise propose ses maisons siglées Toyota Home. Pour apprendre, Toyota subventionne une école technique et, pour se soigner, un hôpital, le tout avec des assurances et des crédits de chez Toyota Financial Services. Soucieux de verdir son image, le premier groupe à avoir commercialisé une voiture hybride – la Prius en 1997 – soutient l’agriculture biologique à travers sa filiale Happy Agri.

"A Toyota, les magasins et restaurants calquent leurs horaires d’ouverture et de fermetures sur ceux des usines."
Une habitant de la ville de Toyota

Pour ses achats, l’employé de Toyota peut compter sur le distributeur Meglia, une autre filiale du constructeur, qui vend de l’alimentation, à distance ou dans ses centres commerciaux, et propose une multitude de services, des cérémonies de mariages ou des funérailles, voire des travaux de réfection de maison. "Les magasins et restaurants calquent leurs horaires d’ouverture et de fermetures sur ceux des usines", observe une habitante.

Le groupe rayonne sur toute la région de Nagoya. Toutes les autoroutes passent par Toyota et près de ses usines. L’aéroport Central Air ouvert en 2005 et baptisé "aéroport Toyota" est présidé par Riji Inuzuka, ancien vice-président de Toyota Financial Services, une société dont le siège se situe dans la Toyota Lucent Tower, près de la gare de Nagoya. Sa nomination en 2019 marquait l’arrivée à cette fonction du cinquième ex-Toyota à la tête de l’aéroport.

Le spectre de la crise

La dépendance de Toyota au constructeur l’oblige à vivre au rythme des hauts et bas de l’automobile. La ville a beaucoup souffert de la crise de 2008, suivie du scandale des rappels massifs de voitures aux États-Unis, qui ont contraint Akio Toyoda à se plier au pénible rituel d’une audition au Congrès américain.

-5,1%
Les ventes de Toyota n’ont baissé que de 5,1 % à près de 10 millions de véhicules à l’exercice 2020, clos fin mars. Elles sont reparties à la hausse en 2021.

Des milliers de travailleurs temporaires, notamment des communautés brésiliennes et péruviennes, minorités souvent affectées aux basses œuvres des usines, avaient perdu leur emploi. Des magasins avaient fermé. Le président de la chambre de commerce locale, à l’époque Shoji Watanabe – frère aîné de l’ancien président de Toyota Katsuaki Watanabe – avait lancé une campagne d’affichage incitant à l’achat des voitures du constructeur.

Avec le Covid-19, le spectre de la crise est revenu. Mais le choc reste moindre. Les ventes n’ont baissé que de 5,1 % à 9.919.759 véhicules à l’exercice 2020, clos fin mars. Elles sont reparties à la hausse en 2021 et le groupe compte désormais sur les JO pour les dynamiser.

Le TPS, la raison d’être de Toyota

Toyota doit son succès au fameux TPS, le "Toyota Production System". Présenté avec force animations au Toyota Kaikan, à deux pas du siège du constructeur, le TPS repose sur l’idée du "Kaizen", ce processus qui vise à l’amélioration permanente, et du "juste à temps" pour optimiser les flux tendus. "Il s’agit de favoriser la mise en place d’une organisation en apprentissage constant", expliquait en 2004 Jeffrey Liker dans "La Méthode Toyota" (McGraw-Hill), "capable de faire face à tous les problèmes qui se présentent".

Au Toyota Kaikan, le visiteur découvre un autre aspect du TPS, le "Jidoka", qui prévoit l’arrêt des chaînes quand un problème est détecté. "La société a atteint un point où chacun peut appuyer sur un bouton et se trouver immédiatement sous un déluge d’informations techniques et de gestion", écrivait en 1983 Eiji Toyoda, président du groupe de 1967 à 1982 et cousin éloigné de l’actuel dirigeant. "C’est très confortable, bien sûr, mais si quelqu’un ne fait pas attention, il y a un danger de perdre la capacité de réfléchir. Nous devons nous souvenir qu’au final, c’est l’humain qui doit résoudre les problèmes."

Le TPS n’est pas exempt de critiques, comme le souligne le syndicat indépendant All Toyota Labor Union (ATU) qui y voit "une forme de lavage de cerveau" potentiellement facteur de mal-être. Mais il continue de soutenir la réussite du constructeur numéro un du Japon et d’inspirer des entrepreneurs du monde entier.

Le résumé

  • Le quotidien de la ville de Toyota, qui doit son nom au constructeur, est organisée autour de l'entreprise.
  • Ici, 85 % des salariés du secteur industriel travaillent dans l’automobile.
  • Pour ce "partenaire mondial" depuis 2015 du mouvement olympique, les JO restent une opportunité, malgré les réticences de la population japonaise.

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