Amnesty documente et dénonce des crimes contre l'humanité au Xinjiang

Nouveaux bâtiments avec murs d'enceinte et miradors identifiés par satellite à Karamay, dans le nord du Xinjiang, en Chine. ©Planet Labs

S'appuyant sur des dizaines de nouveaux témoignages, des documents officiels et des images satellites, Amnesty International dénonce des crimes contre l'humanité perpétrés par Pékin au Xinjiang.

Au terme de vingt mois d'enquête, Amnesty International a publié jeudi son rapport le plus complet à ce jour sur les atteintes aux droits humains perpétrés par l'État chinois dans la province du Xinjiang. L'organisation de défense des droits humains a récolté des dizaines de nouveaux témoignages de victimes, qui documentent la répression des Ouïghours, des Kazakhs et d'autres minorités ethniques à majorité musulmane.

"[Les musulmans du Xinjiang] sont victimes de crimes contre l'humanité et d'autres graves violations des droits humains qui menacent de faire disparaître leur identité religieuse et culturelle."
Agnès Callamard
Secrétaire générale d'Amnesty International

Les éléments factuels rassemblés permettent de conclure que les minorités musulmanes de la région "sont victimes de crimes contre l'humanité et d'autres graves violations des droits humains qui menacent de faire disparaître leur identité religieuse et culturelle", dénonce Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International.

Torture et mauvais traitements

La tentative d'éradication des traditions religieuses, pratiques culturelles et langues locales dans cette région se matérialisent notamment depuis 2017 par le développement d'un réseau de camps où sont concentrées des centaines de milliers de personnes - Amnesty évoque "plus d'un million", s'appuyant sur l'analyse de données satellites et de fuites de documents gouvernementaux.

L'organisation a aussi interrogé une septantaine de proches de personnes disparues ou détenues, ainsi que des informateurs gouvernementaux. Elle rapporte aussi les témoignages directs de plus de cinquante personnes victimes de ces détentions arbitraires, et qui s'expriment pour la plupart pour la première fois. Toutes ont été détenues pour des actes "qui semblent être totalement licites", comme le fait de posséder une image religieuse ou d'entrer en communication avec une personne qui se trouve à l'étranger. Et toutes ont subi des actes de torture ou d'autres mauvais traitements.

Le rapport relate le recours aux décharges électriques, à la privation de nourriture, d'eau ou de sommeil, l'exposition à un froid extrême, ou encore "l'utilisation abusive de méthodes d'immobilisation". Plusieurs témoignages font état de l'usage de la "chaise du tigre", siège de métal qui maintient le détenu dans une position inconfortable pendant parfois plus de 24 heures - l'ONG cite le cas rapporté d'un détenu décédé après avoir été immobilisé sur une chaise du tigre pendant trois jours.

Déshumanisation

"Il faut que les Nations unies créent et déploient de toute urgence un mécanisme d'enquête indépendant afin que les responsables présumés de crimes de droit international soient amenés à rendre des comptes."
Agnès Callamard
Secrétaire générale d'Amnesty International

Les camps interdisent toute vie privée et autonomie. Les personnes internées expliquent qu'elles y avaient l'interdiction de se parler entre elles et l'obligation d'utiliser le mandarin plutôt que leur langue maternelle dans leurs contacts avec le personnel. Leur quotidien était rythmé par l'apprentissage forcé du mandarin et l'étude de la propagande du parti.

Après leur passage en camp de rééducation, les anciens détenus "font l'objet d'une surveillance électronique et physique constante". Des cadres de l'administration font notamment des "séjours à domicile" et doivent signaler des comportements tels que les pratiques religieuses pacifiques. Amnesty rapporte aussi la destruction ou réaffectation systématique des mosquées, sanctuaires, cimetières et autres sites religieux et culturels dans la région.

"Il faut que les Nations unies créent et déploient de toute urgence un mécanisme d'enquête indépendant afin que les responsables présumés de crimes de droit international soient amenés à rendre des comptes", plaide Agnès Callamard. Quatre ans après le début de cette campagne massive de nettoyage culturel des minorités musulmanes du Xinjiang, le manque de réaction de la communauté internationale est à ses yeux une honte.

Le résumé

  • Amnesty International apporte de nouveaux éléments pour documenter le système de répression des minorités musulmanes au Xinjiang.
  • Une cinquantaine d'anciens détenus, des dizaines de parents de disparus et des fonctionnaires témoignent de ce qui constitue selon l'organisation des crimes contre l'humanité perpétrés par Pékin.
  • Elle appelle à un sursaut de la communauté internationale.

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