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analyse

Aukus menace de relancer la course aux armements nucléaires

L'Australie s'était engagée à acquérir des sous-marins conventionnels auprès du groupe français DCNS pour 50 milliards d'euros. Ici, le Shortfin Barracuda de DCNS. ©EPA

La nouvelle alliance militaire entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie (Aukus) déforce l'Union européenne dans la région indo-pacifique et pourrait relancer la course aux armements nucléaires.

En 1781, la flotte française remporta dans la baie de Chesapeake une victoire décisive contre la Royal Navy qui permit aux États-Unis d'accéder à l'indépendance. Vendredi, une soirée de gala était prévue à l'ambassade de France à Washington pour célébrer les 240 ans de cette bataille navale. Paris a annulé la fête. Le président français Emmanuel Macron ne digère pas la création d'Aukus ("Australia, UK, US") , l'alliance militaire tripartie entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie conçue pour contre-balancer l’expansionnisme chinois dans la région indo-pacifique.

Par cet accord, l'Australie acquiert au moins 8 sous-marins nucléaires américains, ce qui fera de ce pays le septième du monde à détenir une flotte nucléaire sous-marine. Canberra rompt ainsi son engagement à acquérir 12 sous-marins français à propulsion diesel-électrique pour plus de 50 milliards d'euros.

50 milliards
d'euros
L'Australie a rompu son engagement à acquérir des sous-marins français conventionnels pour plus de 50 milliards d'euros.

Paris perd bien plus que le "contrat du siècle". Depuis le départ du Royaume-Uni de Hong Kong en 1997, la France était la dernière nation d'Europe à occuper une position militaire dans l'Asie-Pacifique grâce à ses territoires dans la région. Avec la création d'Aukus, le Royaume-Uni y retrouve de l'influence au détriment de la France. Depuis le Brexit et son détachement de la famille européenne, Londres tourne plus que jamais le dos au Continent pour s'inféoder aux États-Unis.

Autonomie européenne

Aukus pose, un nouvelle fois et avec gravité, la question de la place de l'Union européenne dans le monde. Cette alliance affaiblit la France, le seul État de l'UE doté de l'arme nucléaire et membre du Conseil de sécurité de l'ONU. Partant, elle affaiblit l'Europe.

On comprend mieux la colère d'Emmanuel Macron lors du dernier sommet de l'Otan fin juin à Bruxelles, lorsqu'il rejeta l'invitation de Joe Biden à faire front contre la Chine. Ce fut la seule fausse note d'un sommet dédié à la réconciliation transatlantique, mais elle a laissé des traces.

La France n'est pas le seul pays européen à avoir décliné l'offre de Joe Biden. L'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, la Belgique et bien d'autres sont en ligne avec Paris. Plutôt que de se placer dans une logique de confrontation avec la Chine, les européens renforcent leurs liens économiques avec elle, même s'ils la considèrent aussi comme un rival systémique.

Le message de Washington est clair, l'Europe sera de plus en plus seule pour gérer ses crises internationales, que ce soit avec la Russie, la Biélorussie ou dans le Sahel. L'UE est poussée vers un renforcement de son autonomie. D'où la convocation d'un sommet européen sur la Défense en 2022 sous présidence française et le projet de créer une force de réaction rapide européenne.

"Ce partenariat indo-pacifique ne fait que souligner que la région est très importante pour notre sécurité, pour nos capacités économiques."
Josep Borrell
Haut représentant de l'UE aux Affaires étrangères

Parallèlement, l'UE a décidé de se renforcer commercialement dans la région en lançant jeudi son partenariat indo-pacifique. Cette zone représente pour elle un potentiel d'investissement de 12.000 milliards d'euros. Deux fois plus qu'avec les États-Unis. "Ce partenariat ne fait que souligner que la région est très importante pour notre sécurité, pour nos capacités économiques", a résumé Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne.

Course aux armements

L'agenda américain dans le Pacifique est plus que jamais éloigné de celui des Européens. La Chine a l'intention de devenir la première puissance mondiale au détriment des États-Unis, et elle s'arme en conséquence. Sur papier, elle est désormais dotée de la première flotte militaire mondiale. Son leader, Xi Jinping, ne cache plus ses ambitions internationales. En témoigne la base militaire chinoise installée récemment à Djibouti.

Pékin revendique aussi la suprématie sur la mer de Chine méridionale, riche en ressources naturelles et par laquelle transitent des milliards de dollars de marchandises.

Face à cette montée en puissance, Washington se tourne vers l'Australie pour y installer des troupes supplémentaires, des navires et des sous-marins, car sa base militaire de Guam ne suffit plus pour contrebalancer les forces chinoises.

Pékin utilise la menace militaire pour peser commercialement, et l'Australie en est la première victime. Son Premier ministre, Scott Morrison, a défendu Aukus vendredi, en plaidant qu'il s'agit d'une initiative pour la stabilité. "Nous voulons simplement nous assurer que dans toute la région, il peut y avoir une libre circulation des biens et des services et du trafic maritime et aérien, et que la primauté du droit s'applique", a-t-il dit lors d'une interview radio.

Le problème, c'est qu'Aukus menace de relancer la course aux armements nucléaires dans l'Asie-Pacifique. L'Indonésie s'en est inquiétée vendredi. Comme l'ancienne Première ministre Theresa May, qui juge que ce pacte militaire pourrait attirer le Royaume-Uni dans un conflit non désiré.

Le résumé

  • La nouvelle alliance militaire entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie (Aukus) ne fait pas seulement perdre le "contrat du siècle" à la France. Elle affaiblit sa position, et celle de l'Europe, dans l'Asie-Pacifique.
  • Aukus dote l'Australie de sous-marins à propulsion nucléaire, ce qui fait de ce pays le septième au monde à être équipé d'une flotte de sous-marins nucléaires.
  • L'UE refuse de suivre les États-Unis dans cette escalade et lance un partenariat commercial dans la région indo-pacifique.

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