Aung San Suu Kyi annonce son retour en politique

Aung San Suu Kyi, symbole de la lutte pour la démocratie en Birmanie, a été libérée samedi après plus de sept ans en résidence surveillée. Dimanche matin, elle s'est exprimée publiquement pour la première fois depuis sept ans. Elle a invité ses partisans à travailler "ensemble" pour l'avenir du pays.

L'opposante birmane Aung San Suu Kyi, libérée samedi par la junte, a déclaré dimanche vouloir "travailler avec toutes les forces démocratiques" et estimé que la démocratie reposait sur la "liberté d'expression", lors de son premier discours depuis sept ans.

"La démocratie, c'est la liberté d'expression", a déclaré la lauréate du prix Nobel de la paix devant les cadres de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), avec laquelle elle mène son combat politique depuis plus de vingt ans.  "Je veux travailler avec toutes les forces démocratiques", a-t-elle ajouté, confirmant ainsi, dès le lendemain de sa libération, qu'elle entendait revenir immédiatement dans le jeu politique birman.

"Je n'ai aucune rancune à l'égard de ceux qui m'ont détenue. Je crois en les droits de l'homme et en la règle de droit", a indiqué l'opposante, vêtue d'une robe traditionnelle bleu marine.  "J'ai besoin de l'énergie du peuple (...). Je veux entendre la voix du peuple et, ensuite, nous déciderons de ce que nous voulons faire", a-t-elle promis, ajoutant qu'elle entendait oeuvrer "pour augmenter le niveau de vie" du pays.

Mme Suu Kyi a été libérée samedi soir, après plus de sept ans consécutifs en résidence surveillée ou en prison. Vers 17h00 (10H30 GMT), des responsables de la junte sont entrés chez elle pour lui lire l'ordre de libération de la junte, le jour où arrivait à son terme sa dernière condamnation à 18 mois de résidence surveillée. "Elle est libre maintenant", a indiqué un responsable birman à l'AFP. Dans les minutes qui ont suivi, la police enlevaient les barrières menant à la maison de la dissidente.

Criant et applaudissant à tout rompre, des milliers de personnes se sont alors précipitées vers la vieille bâtisse familiale posée sur le bord d'un lac, en plein centre de Rangoun, attendant que la "Dame" de Rangoun se montre. Certains sont grimpés dans les arbres pour tenter de l'apercevoir. Un peu après 17h30, elle est finalement apparue devant les grilles de sa maison, souriant et riant. Elle a saisi une fleur qui lui avait été lancée et l'a glissée dans ses cheveux.

 

Fin de 15 ans de détention

La fille du général Aung San, héros de l'indépendance birmane, a passé plus de 15 des 21 dernières années privée de liberté, la junte trouvant toujours une raison pour l'enfermer après chacune de ses libérations. Elle n'a pas circulé librement depuis mai 2003.

La communauté internationale, y compris certains pays de l'Association des nations du sud-est asiatique (Asean), dont la Birmanie est membre, réclamait cette libération avec insistance depuis le premier jour de sa réincarcération. Et l'Occident a violemment critiqué le refus des militaires de la laisser sortir avant les élections de dimanche dernier, les premières depuis 20 ans, à l'issue desquelles le parti pro-junte revendique quelque 80% des sièges avant même les résultats officiels.

Ecartement d'une rivale politique

En la maintenant enfermée pendant toute la campagne, le généralissime Than Shwe, homme fort de la junte, a écarté sa pire ennemie du tableau électoral, après le camouflet infligé en 1990. Mme Suu Syi et la LND avaient à l'époque remporté une très large victoire aux élections. La junte a toujours refusé d'honorer ces résultats, mais l'opposante les a constamment brandis pour justifier sa légitimité d'adversaire numéro un des militaires.

Même si ses partisans continuent de voir en elle le seul espoir pour la démocratie dans un pays dirigé par des militaires depuis un demi-siècle, sa position est aujourd'hui affaiblie. La LND a boycotté le dernier scrutin et a été dissoute par la junte, laissant l'opposition démocratique divisée et exténuée. Certains de ses cadres ont fait défection pour créer la Force démocratique nationale (NDF) et participer au scrutin sous de nouvelles couleurs.

Aung San Suu Kyi va devoir redécouvrir un pays dont elle a été complètement coupée. Elle va réapprendre à connaître les jeunes Birmanes qui portent une minijupe, les téléphones portables, la petite scène musicale de Rangoun, les nouveauw immeubles, tout ce pays dont, pour certains, elle porte les espoirs mais qu'elle ne connaît plus.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés