Beyrouth dévastée par un accident industriel: plus de 100 morts, dont deux Belges

Mardi, une première explosion a été entendue à Beyrouth, suivie d'une autre, très puissante, qui avait provoqué un gigantesque champignon dans le ciel. ©Photo News

2.750 tonnes de nitrate d'ammonium stockées dans l'entrepôt du port seraient à l'origine des explosions de mardi à Beyrouth. Selon la Croix-Rouge libanaise, il y aurait plus de cent morts, dont deux Belges, et environ 4.000 blessés.

"C'était comme une bombe atomique. J'ai tout vu (dans ma vie), mais rien de tel", a raconté Makrouhie Yerganian, un professeur à la retraite, vivant depuis plus de 60 ans en face du port de Beyrouth. Mardi, la capitale du Liban a résonné de deux énormes explosions. Bilan: de nombreux morts, dont deux Belges, et des milliers de blessés. Et une partie de la ville est dévastée.

"Jusqu'ici, plus de 4.000 personnes ont été blessées et plus de 100 ont été tuées. Nos équipes poursuivent leurs recherches et opérations de secours dans les zones environnantes", selon la Croix Rouge. Le dernier bilan fait état de 113 morts.

Comme un séisme

La puissance du choc a été telle que les capteurs de l'institut américain de géophysique l'ont enregistré comme un séisme de magnitude 3,3.

©Photo News

Que s'est-il passé? Environ 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium stockées dans l'entrepôt du port seraient à l'origine des explosions, selon les autorités. Le nitrate d'ammonium est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés. Il a déjà causé plusieurs accidents industriels dont l'explosion de l'usine AZF à Toulouse en 2001. Cette substance compose les engrais appelés ammonitrates, que les agriculteurs achètent en gros sacs ou en vrac. Ce ne sont pas des produits combustibles: ce sont des comburants, c'est-à-dire qu'ils permettent la combustion d'une autre substance déjà en feu.

"Il est inadmissible qu'une cargaison de nitrate d'ammonium, estimée à 2.750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution."
Hassan Diab
Premier ministre du Liban

La détonation n'est possible qu'avec une contamination par une substance incompatible ou une source intense de chaleur. Et le stockage doit donc suivre des règles pour isoler le nitrate d'ammonium de liquides inflammables (essence, huiles…), de liquides corrosifs, de solides inflammables ou encore de substances qui dégagent une chaleur importante.

©Photo News

Ville sinistrée

Ce mercredi, Beyrouth, déclarée ville "sinistrée", s'est réveillée sous le choc. Au milieu des immeubles éventrés, les secouristes tentent de retrouver des victimes. Dans l'épicentre de l'explosion, dont le souffle a été ressenti jusque sur l'île de Chypre, à plus de 200 kilomètres de là, le paysage reste apocalyptique: les conteneurs ressemblent à des boîtes de conserve tordues, les voitures sont calcinées, le sol jonché de valises et de papiers provenant des bureaux avoisinants, soufflés par l'explosion.

Le Premier ministre Hassan Diab a décrété ce mercredi jour de deuil national et a promis que les responsables devraient "rendre des comptes".

L'aide s'organise

"Il est inadmissible qu'une cargaison de nitrate d'ammonium, estimée à 2.750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution. C'est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire", a déclaré le Premier ministre devant le Conseil supérieur de défense, selon des propos rapportés par un porte-parole en conférence de presse.

De nombreux pays ont proposé leur aide au Liban. Le président américain Donald Trump a de son côté estimé que les explosions meurtrières à Beyrouth "ressemblaient à un terrible attentat" et que des experts militaires lui avaient parlé d'une "bombe".

©EPA

"Les responsables doivent être assignés à résidence"

Le gouvernement libanais a réclamé mercredi l'assignation à résidence de toute personne impliquée dans le stockage des tonnes de nitrate d'ammonium à l'origine d'une explosion meurtrière dans le port de Beyrouth la veille.

S'adressant au pouvoir militaire suprême chargé des questions sécuritaires durant l'état d'urgence, le gouvernement "demande l'assignation à résidence de toute personne impliquée dans le stockage de l'ammonium" depuis l'arrivée de la cargaison à Beyrouth en 2014 jusqu'à l'explosion de mardi, a annoncé en conférence de presse la ministre de l'Information, Manal Abdel Samad, sans toutefois nommer ces responsables ou leur nombre ni fournir plus de détails.

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