Corées: malgré "l'état de guerre", la coopération industrielle

©REUTERS

La Corée du Nord a annoncé samedi qu'elle était "en état de guerre" avec le Sud, une nouvelle menace prise "au sérieux" par Washington mais minimisée par Séoul.

Le complexe industriel de Kaesong, une zone de coopération économique et industrielle entre les Corées du Nord et du Sud, continuait dimanche de fonctionner normalement dimanche, malgré les menaces de Pyongyang de le fermer, a indiqué Séoul.

"Il n'y pas eu de problème pour le moment dans les opérations du complexe de Kaesong", a déclaré à l'AFP un porte-parole du ministère de l'Unification, chargé des relations entre les deux pays.

La zone industrielle implantée à dix kilomètres à l'intérieur de la Corée du Nord a été inaugurée en 2004 dans une volonté symbolique d'établir une coopération entre les deux Corées.

Pyongyang avait menacé samedi de le fermer, sur fond de tensions extrêmes sur la péninsule. Kaesong a toujours continué de fonctionner malgré les crises répétées entre les deux pays au cours des dernières années.

Il accueille plus de 50.000 Nord-Coréens qui travaillent pour le compte de petites entreprises sud-coréennes, dans le secteur manufacturier principalement (habits, chaussures, montres, ustensiles de cuisine...), ainsi que quelques ressortissants sud-coréens.

Depuis début mars et l'adoption de nouvelles sanctions par l'ONU à l'égard de Pyongyang, la Corée du Nord a musclé encore un peu plus sa rhétorique belliqueuse, menaçant régulièrement Séoul et son allié Washington de "frappes stratégiques" et de "guerre totale".

 

L'ESCALADE DU DISCOURS BELLIQUEUX

"A partir de maintenant, les relations inter-coréennes sont en état de guerre et toutes les questions entre les deux Corées seront traitées selon un protocole de temps de guerre", a déclaré la Corée du Nord dans un communiqué commun attribué à tous les corps du gouvernement et institutions.

"La situation prévalant de longue date selon laquelle la péninsule coréenne n'est ni en guerre ni en paix est terminée", indique le communiqué diffusé par l'agence de presse officielle nord-coréenne Korean Central News Agency (KCNA).

L'annonce de Pyongyang constitue la dernière en date d'une série de menaces du Nord qui ont été accueillies par de sévères mises en garde de la Corée du Sud et des Etats-Unis et nourrissent des inquiétudes dans le monde sur une situation risquant d'échapper à tout contrôle.

Les Etats-Unis ont aussitôt déclaré qu'ils prenaient ces nouvelles menaces "au sérieux".

"Nous avons vu les informations sur un nouveau communiqué non constructif de la Corée du Nord. Nous prenons ces menaces au sérieux et restons en relations étroites avec notre allié sud-coréen", a déclaré Caitlin Hayden, porte-parole du Conseil national de sécurité, à la Maison Blanche.

Les deux Corées sont actuellement toujours techniquement en guerre puisque la Guerre de Corée de 1950-53 s'est terminée par un armistice et non par un traité de paix.

Le Nord avait annoncé ce mois-ci qu'il annulait l'armistice et les autres traités bilatéraux de paix signés avec Séoul pour protester contre les exercices militaires conjoints de la Corée du Sud et des Etats-Unis.

"Ce n'est pas vraiment une nouvelle menace - seulement un élément dans une série de menaces de provocation", a réagi le ministère de l'Unification sud-coréen dans un communiqué.

Le ministère de la Défense du Sud a ajouté qu'aucun mouvement de troupe particulier n'avait été observé près des frontières.

L'annulation du cessez-le-feu ouvre théoriquement la voie à une reprise des hostilités, mais selon les observateurs, ce n'est pas la première fois que la Corée du Nord annonce la fin de l'armistice.

L'armistice a été approuvé par l'assemblée générale des Nations unies et à la fois l'ONU et la Corée du Sud ont rejeté le retrait unilatéral de cet accord par le Nord.

Le communiqué du Nord avertit aussi que toute provocation militaire près des frontières terrestres ou maritimes entre le Nord et le Sud de la Corée entraînerait "une guerre totale et un conflit nucléaire".

La plupart des experts estiment que ces menaces sont pure rhétorique et qu'elles n'annoncent pas un affrontement concret, mais la situation est devenue maintenant si incertaine que tout léger dérapage pourrait entraîner potentiellement une escalade rapide.

La Chine et la Russie ont demandé toutes les deux vendredi aux parties de coopérer pour prévenir une dégradation de la situation, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov exprimant une inquiétude particulière.

"Nous pouvons perdre le contrôle de la situation, elle s'engage dans la spirale d'un cercle vicieux", a déclaré M. Lavrov, au cours d'une conférence de presse.

Ses avertissements venaient après l'ordre donné vendredi par le dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jong-Un, de lancer des préparatifs en vue de frappes de missiles visant le continent américain et les bases des Etats-Unis dans l'océan Pacifique, en réponse à des vols d'entraînement de bombardiers furtifs B-2 américains.

Le secrétaire d'Etat américain à la Défense Chuck Hagel a souligné pour sa part que Washington ne se laisserait pas intimider par les menaces belliqueuses de Pyongyang et était prêt à faire face "à toute éventualité".

Depuis début mars et l'adoption de nouvelles sanctions par l'ONU à l'égard de Pyongyang après un 3e test nucléaire, la Corée du Nord a musclé ses déclarations guerrières, menaçant régulièrement Séoul et Washington de "frappes stratégiques" et de "guerre totale".

Les dernières sanctions de l'ONU ont indigné Pyongyang, qui a concentré sa colère sur les exercices militaires conjoints des Etats-Unis et de la Corée du Sud.

Alors que les tensions montaient, Washington a maintenu une position ferme, annonçant publiquement - ce qui est rare - qu'il utilisait des bombardiers furtifs B-2 et des avions capables de transporter des charges nucléaires B-52 dans ses exercices militaires avec la Corée du Sud.

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