Coronavirus: la colère monte contre le régime chinois

Les réseaux sociaux sont étroitement surveillés par les autorités chinoises. ©AFP

Alors que le bilan de l’épidémie ne cesse d’augmenter, de plus en plus d’internautes chinois expriment leur colère sur les réseaux sociaux. Une révolte numérique qui peut valoir des années de prison.

"Nous savons tous qui est responsable de sa mort." Ce message, comme des dizaines de milliers d’autres, aura circulé quelques heures sur Internet avant de disparaître. Les hommages au docteur Li, le lanceur d’alerte qui avait dès le 30 décembre alerté sur l’ampleur de l’épidémie avant d’être arrêté par la police et de mourir du coronavirus à Wuhan, sont désormais bannis des réseaux sociaux chinois.

Derrière la grande muraille électronique de Chine, Facebook, Twitter, Instagram et YouTube ne sont pas accessibles, contrairement aux réseaux sociaux contrôlés par la censure d’Etat, comme WeChat ou Weibo. Ces réseaux sont de plus en plus surveillés à mesure que grossissent le bilan de l’épidémie de coronavirus et la colère contre le régime, accusé d’avoir tardé à sonner l’alerte. Ceux qui publient des informations non validées par l’agence Chine Nouvelle (l’agence de presse officielle) risquent entre 3 et 7 ans de prison !

"Ils ne parlent que du travail des médecins ou de la mobilisation du Parti communiste, jamais rien sur les victimes"

Sous prétexte de lutter contre les rumeurs et les "fake news", la police chinoise fait surtout la chasse aux critiques qui mettraient directement en cause le régime communiste. "Je ne regarde jamais la télévision, explique Xia, jeune pékinoise de 26 ans. Tout ce qu’ils racontent c’est n’importe quoi, ils ne parlent que du travail des médecins ou de la mobilisation du Parti communiste, jamais rien sur les victimes." Dimanche soir encore, le journal de CCTV, diffusé sur toutes les chaînes du pays à 19 heures, ne parlait que d’union nationale et de mobilisation des médecins "dont 90%, explique le présentateur, sont membres du Parti communiste" ouvrant son édition sur la première visite du Président chinois dans un hôpital de Pékin.

Propagande d'Etat

"Si je veux savoir ce qu’il se passe vraiment à Wuhan et partout dans le pays, je dois moi-même chercher l’information sur les réseaux sociaux, raconte Xia. Certains journaux comme Beijing News ou Caixin ont bien fait leur travail en allant sur place raconter le malheur des gens, mais depuis une semaine ils ne disent plus rien." Car la propagande d’Etat a envoyé au pas de charge trois cents journalistes à la solde du Parti écrire depuis Wuhan des articles à la gloire du régime.

"Moi j’ai bien essayé de changer ma photo de profil en mettant à la place un dessin représentant le docteur Li la bouche bâillonnée, mais mon compte a été immédiatement bloqué. Alors maintenant je fais attention."

"Moi j’ai bien essayé de changer ma photo de profil en mettant à la place un dessin représentant le docteur Li la bouche bâillonnée, mais mon compte a été immédiatement bloqué. Alors maintenant je fais attention." Car la police n’hésite pas à frapper directement aux portes des contrevenants et à les mettre en prison. C’est le cas de Chen Qiushi. Ce jeune journaliste citoyen qui publiait ses posts depuis Wuhan a disparu, sans doute arrêté par la police. Alors les internaute contournent la censure, surnommant par exemple "F4" les quatre responsables de la province du Hubei accusés d’avoir caché l’épidémie, ou "monsieur X" leur président.

L'affaire prend une telle portée que le gouvernement a bien du mal à reprendre la main. Chaque soir, calfeutrés dans leurs appartements en quarantaine, des milliers d’habitants de Wuhan hurlent leur douleur et appellent à la solidarité. "C’est si compliqué de demander pardon ? interroge une internaute. Si compliqué de s’excuser d’avoir mis en prison l’homme qui voulait nous protéger de cette épidémie ?". Des excuses jamais prononcées par l’Etat qui refuse le moindre signe de faiblesse. Confinés chez eux, les 56 millions d’habitants de Wuhan et de sa province n’ont plus que les réseaux sociaux pour crier leur colère et appeler à l’aide. Un cri désespéré face à un Etat qui privilégie sa propre survie aux dépens d’une grande partie de son peuple.

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