Coup d'État en Birmanie: Aung San Suu Kyi à nouveau accusée de corruption

Aung San Suu Kyi est aujourd'hui assignée à résidence. ©AFP

Inculpée à quatre reprises, l'ancienne dirigeante et prix Nobel de la paix (1991) fait l'objet de nouvelles accusations pour corruption alors que le bilan continue de s'alourdir en Birmanie.

La junte birmane a lancé de nouvelles accusations de corruption contre Aung San Suu Kyi, qui pourrait être exclue de la vie politique si elle est reconnue coupable. Les forces militaires persistent aussi à maintenir  leur emprise sur plusieurs villes du pays, qui sont en proie à une répression féroce.

La junte militaire accable une fois de plus l'ex-cheffe de gouvernement assignée à résidence depuis plus d'un mois. Mercredi soir, la télévision d'État a diffusé la vidéo d'un homme d'affaires controversé qui confesse lui avoir versé 550.000 dollars en plusieurs fois entre 2018 et 2020.

"Ces nouvelles accusations sont sans fondement et absurdes."
Khin Maung Zaw
Avocat de Aung San Suu Kyi,

"D'après ce témoignage, les autorités ont détecté qu'Aung San Suu Kyi s'était rendue coupable de corruption et ils se préparent à l'inculper", a déclaré la chaîne MRTV. "Ces nouvelles accusations sont sans fondement et absurdes", a relevé jeudi auprès de l'AFP son avocat, Khin Maung Zaw. "Ma cliente a peut-être des défauts, mais corrompre les gens n'est pas dans sa nature (...) la plupart des Birmans n'y croiront pas."

Inculpée à quatre reprises

Renversée lors du coup d'État le 1ᵉʳ février, Aung San Suu Kyi, 75 ans, a déjà été inculpée à quatre reprises pour importation illégale de talkies-walkies, non-respect des restrictions liées au coronavirus, violation d'une loi sur les télécommunications et enfin, incitation aux troubles publics.

La semaine dernière, l'armée avait également annoncé ouvrir une enquête pour corruption, l'accusant cette fois d'avoir perçu illégalement 600.000 dollars et plus de 11 kilos d'or. Si Aung San Suu Kyi est reconnue coupable des faits qui lui sont reprochés, elle encourt de longues années de prison et pourrait être exclue de la vie politique.

217 morts

La situation continue de se dégrader en Birmanie, où le bilan des victimes s'alourdit de jour en jour. Les militaires sont plus que jamais décidés à contenir les manifestants pro-démocrates qui ne décolèrent pas depuis plus d'un mois. Les Birmans se révoltent à coups de protestations quotidiennes et de grèves multiples. Les violences ont été particulièrement importantes à Kalay (ouest), où trois civils qui ne manifestaient pas ont été touchés par des tirs mortels.

"L'armée et la police tirent désormais partout à balles réelles sans raison, même contre des personnes qui ne manifestent pas."
AAPO
Association d'assistance aux prisonniers politiques

L'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP) s’attend à ce que la junte fasse d’autres victimes et fait état d'un bilan de 217 manifestants tués par les forces de sécurité depuis le 1ᵉʳ février. "Les tactiques de répression sont de plus en plus violentes", déplore l'ONG birmane qui fait un point quotidien sur la situation. "L'armée et la police tirent désormais partout à balles réelles, sans raison même contre des personnes qui ne manifestent pas. Les enfants et les femmes sont aussi visés."

"Un bain de sang", dénonce l'ONU

Disparitions forcées, meurtres, tortures: Thomas Andrews, le principal expert indépendant mandaté par les Nations unies sur ce dossier, a dénoncé devant le Conseil des droits de l'homme à Genève de probables "crimes contre l'humanité".

Près de 2.200 personnes ont en effet été arrêtées ces six dernières semaines. Beaucoup ne peuvent pas rencontrer leur proche ou un avocat et sont détenues en secret. Des centaines de personnes sont ainsi portées disparues, a alerté l'ONU qui dénonce aussi "un bain de sang".

La junte birmane, elle, continue de faire abstraction des multiples condamnations internationales et des sanctions mises en place par plusieurs puissances occidentales, dont les États-Unis et l'Union européenne.

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