Coup d'État en Birmanie: "Les Birmans se sont réveillés sous le choc"

L'armée a proclamé l'état d'urgence en Birmanie et placé ses généraux à la tête du pays. ©REUTERS

L'armée a renversé le pouvoir en Birmanie. Aung San Suu Kyi a été arrêtée. La junte militaire entend diriger le pays jusqu'à l'organisation "d'élections libres".

La junte militaire a pris le pouvoir en Birmanie, lors d'un coup d'État perpétré lundi matin. L'armée a proclamé l'état d'urgence et placé des généraux aux principaux postes. Les leaders du parti au pouvoir, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), ont été arrêtés. La cheffe de la LND, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, âgée de 75 ans, a été assignée à résidence, ainsi que le président de la République, Win Myint.

"Les Birmans se sont réveillés sous le choc, ils sont désespérés. Ils ne s'attendaient pas à cela."
Un entrepreneur européen

"Les Birmans se sont réveillés sous le choc, ils sont désespérés. Ils ne s'attendaient pas à cela", confie un entrepreneur européen basé à Rangoon, la capitale économique de la Birmanie. "Les militaires ont pris position sur tous les axes, ils ont bouclé l'aéroport international. Tout est quadrillé par des soldats et des blindés pour empêcher la moindre manifestation". Notre source insiste pour garder l'anonymat. "Nous sommes surveillés. Ici, je pourrais finir au trou."

Le coup d'État a eu lieu sans effusion de sang. L'armée s'est déployée par surprise et calmement, alors que la veille, elle avait joué l'apaisement dans le bras de fer qui l'oppose à la LND.

Simulacre de soutien aux militaires

À Rangoon, quelques Birmans ont salué les militaires face aux caméras de télévision. "Un convoi est passé ce matin avec des drapeaux birmans. Ils ont déposé des supporters pour simuler un soutien populaire", poursuit l'entrepreneur. Les communications et internet continuent à fonctionner.

C'est le troisième "putsch" militaire depuis l'indépendance du pays en 1948. Il intervient le jour où le Parlement, issu des élections du 8 novembre, devait tenir sa première session. L'armée accuse le parti au pouvoir d'avoir manipulé le scrutin à coup de "dizaines de millions de voix".

La LND a remporté 258 sièges sur 440 lors de ces élections, alors que le parti de la junte, l'ULDP, est sorti perdant (26 élus). Dans un premier temps, les militaires ont exigé que la commission électorale publie les listes. N'obtenant pas satisfaction, ils ont menacé le 30 janvier de révoquer la constitution.

Désormais, tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains du général Min Aung Hlaing. Lors de la précédente législature, les militaires dirigeaient avec la LND, mais leurs relations étaient complexes.

"Nous examinerons les suites à donner à ces actions avec nos partenaires de l'UE."
Sophie Wilmès
Ministre des Affaires étrangères

L'armée a indiqué sur Facebook que des "élections libres" seraient organisées une fois le couvre-feu levé, laissant entendre que la situation pourrait durer un an.

Condamnations internationales

L'Union européenne, les États-Unis et l'ONU ont condamné le coup d'État. "Le résultat des élections doit être respecté et il faut restaurer un processus démocratique", a déclaré le président du Conseil européen Charles Michel. "Nous examinerons les suites à donner à ces actions avec nos partenaires de l'UE", a réagi la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès.

"Un calme étrange règne dans la ville, les gens sont chez eux. Ils s'expriment leur désarroi sur les réseaux sociaux."
Un entrepreneur européen

Aucun signe d'opposition n'était perceptible dans le pays. "Un calme étrange règne dans la ville, les gens sont chez eux. Ils s'expriment sur les réseaux sociaux", poursuit l'entrepreneur. "Si quelque chose doit arriver, cela pourrait être ce week-end, le temps qu'ils aient digéré la situation. Les moins choqués sont les plus de cinquante ans, ceux qui ont connu les précédentes prises de pouvoir militaires. Ceux-là ont senti venir les choses."

La Birmanie a été dirigée par des dictatures militaires de 1960 à 2011, avant que la junte ne cède la place à un pouvoir civil.

La crise est profonde et complexe. Son évolution dépendra de la réaction du peuple birman et de celle de la communauté internationale. La Chine, proche des militaires birmans, devrait également jouer un rôle.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés