reportage

Dans le "village de la trêve" des deux Corées

©REUTERS

Le président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un se retrouvent ce vendredi avant leur sommet historique sur la ligne de démarcation militaire qui divise la péninsule. Reportage à Daesong-dong, petit village en Corée du Sud, à quelques dizaines de mètres du Nord.

"L’atmosphère est bien meilleure ces derniers temps". Daesong-dong est calme et son maire, Kim Dong-ku, savoure. La vie des 207 habitants de ce petit village sud-coréen n’a rien de facile en raison de sa situation d’unique territoire habité de la zone dite "démilitarisée" (demilitarized zone ou DMZ), une bande de terre de quatre kilomètres de large qui traverse la péninsule d’Est en Ouest sur 247 kilomètres. Elle sépare les deux Corées depuis la guerre qui les opposa entre 1950 et 1953.

À la fin du conflit, les deux camps décidèrent de maintenir deux "villages de la paix", Daesong-dong au sud, Kijong-dong, le "village de la propagande", au nord qui, lui, ne serait pas habité.

À un kilomètre de là, à Panmunjom, ils ont établi un "village de la trêve", unique point de contact entre le nord et le sud. Là se dressent des bâtiments bleu ciel des Nations unies, chargées de surveiller l’application de l’armistice de 1953. Au sud, une "Maison de la paix" doit abriter le 27 avril le premier sommet intercoréen depuis 2007. Le président sud-coréen Moon Jae-in y accueillera Kim Jong-un, premier dirigeant du nord à entrer au sud depuis la guerre. Les précédents sommets avaient été organisés à Pyongyang.

"Il n’y a pas de magasins"

Les habitants de Daesong-dong sont les premiers à bénéficier de la détente observée depuis le début de l’année dans la péninsule. Citoyens du sud, ils résident dans une zone contrôlée par l’ONU, accessible après moult contrôles et la traversée des lignes de défense, où se succèdent d’énormes blocs de béton antichars disposés de part et d’autre de la route, des champs de mines, des grillages et des barbelés ponctués de miradors "tous les 100 mètres", explique un des militaires qui accompagnent tout étranger se rendant dans la DMZ. Pour accéder à Daesong-dong, on emprunte la route numéro 1, qui reliait, avant la guerre, Séoul à la frontière chinoise, à l’extrême nord de la péninsule.

Ce village niché au cœur d’une campagne préservée ne compte que des habitants nés sur place, tous agriculteurs. "Il n’y a pas de magasins ici. Nous devons aller faire les courses à Paju", ville la plus proche, à une quinzaine de kilomètres, explique-t-on. Malgré les difficultés, notamment la diffusion des messages de propagande par haut-parleur, interrompus le 23 avril, tout est fait pour maintenir la vie dans ce village symbolique et bien gardé, ce qui rappelle que la Corée du Nord n’est qu’à 350 mètres. Au milieu se dresse depuis les années 1980 un mât de 98 mètres portant un drapeau sud-coréen dont le pendant à Kijong-dong, érigé en réaction, mesure 160 mètres.

Une école accueille 33 élèves. Équipée des dernières technologies, elle assure l’enseignement du primaire. "La tension est élevée mais pas ici, nous faisons tout pour adoucir l’atmosphère et les enfants n’ont pas si peur du Nord", explique le proviseur Jin Young-jin. On se joue même de la situation. Une salle y est appelée DMZ, la "Dream Making Zone". Par les fenêtres on aperçoit Kijong-dong et les montagnes du nord, proches et inaccessibles.

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