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reportage

Dès demain, le Japon retourne au nucléaire

©REUTERS

La relance du réacteur de la centrale de Satsumasendai dès ce mardi mardi suscite de fortes oppositions au Japon. Après deux ans sans énergie nucléaire, cette relance tient surtout à des considérations économiques, le coût de l'électricité ayant augmenté de 15 à 20%.

De loin, l’alignement des piquets plantés dans le sable et les poteaux où flottent des carpes de tissu multicolore, symbole de vitalité, donne une impression de camp retranché. De près, elle se confirme. On découvre alors en gros caractères noirs sur une tente: "Non au redémarrage de la centrale Sendai."

En levant les yeux, on aperçoit le vert et bleu des toits des deux réacteurs de la centrale en question. Confirmée pour ce mardi 11 août, la relance du réacteur 1 de cette installation de la compagnie d’électricité du Kyushu – appelée aussi Kyuden –, bâtie dans les années 80 à Satsumasendai, ville du département de Kagoshima (sud-ouest), suscite une forte opposition. Elle sera la première au Japon d’un réacteur nucléaire depuis l’arrêt du parc nippon en 2013, à la suite de la catastrophe de Fukushima de mars 2011.

Des manifestants anti-nucléaire protestent devant la centrale de Satsumasendai. Le redémarrage de son réacteur Sendai 1 est confirmé pour mardi 11 août à 10h30 locales. ©AFP

Appuyée par le Premier ministre Shinzo Abe, soutenue par les milieux d’affaires, elle reste pourtant impopulaire. La population nippone est toujours très affectée par la pire catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl. Si bien que le gouvernement, confronté à une popularité en forte baisse, ne fait guère de publicité autour de ce redémarrage. "La responsabilité en revient à la compagnie d’électricité", a ainsi éludé le 4 août son porte-parole Yoshihide Suga, admettant néanmoins que cette relance, comme celle des autres réacteurs, "est importante pour la politique énergétique". Le Japon souhaite maintenir le nucléaire dans son futur bouquet énergétique.

• L'argent du nucléaire

Le soutien à la relance tient surtout à des considérations économiques. Kyuden a affiché une perte nette de 18,5 milliards de yens (136 millions d’euros) au terme de l’exercice 2014 clos fin mars, malgré des ventes en hausse de 4,6% à 1.873 milliards de yens (13,7 milliards d’euros). L’entreprise souligne avoir "souffert d’une situation financière, conséquence du gonflement des coûts d’achat de combustible pour compenser l’arrêt prolongé des installations nucléaires". Depuis l’arrêt des centrales, le coût de l’électricité a augmenté de 15 à 20% au Japon.

"Kyuden [la compagnie d'électricité] est le premier employeur de la région (...) ses salaires sont plus élevés qu'ailleurs. "
Katsuhiro Inoue
Conseiller municipal à Satsumasendai

L’argument économique est aussi évoqué à Satsumasendai. "Au fond, je suis contre le nucléaire, admet un gérant d’auberge qui confirme les enquêtes selon lesquelles 60% des habitants de la ville seraient hostiles à cette énergie. Mais beaucoup de travailleurs de la centrale passent la nuit ici."

©© rieko uekama/Demotix/Corbis

"Kyuden est le premier employeur de la région, admet Katsuhiro Inoue, l’un des quatre (sur 26) conseillers municipaux de Satsumasendai à s’opposer au redémarrage. Ses salaires sont plus élevés qu’ailleurs."

Et l’entreprise investit beaucoup en ville, 1,25 milliard de yens (9,1 millions d’euros) en 2013. La gare, quelque peu démesurée pour une municipalité de 95.000 habitants, aurait été construite avec l’argent du nucléaire. "C’est de l’argent facile, déplore Katsuhiro Inoue. On s’habitue si bien que la municipalité appuie même le projet de troisième réacteur qu’aimerait construire Kyuden."

• Une relance deux jours après Nagasaki 

Au camp – baptisé "tento" et dressé en septembre 2014 sur la plage de Gumizaki –, on refuse cet état de fait. "Les leçons de Fukushima n’ont pas été pleinement tirées. Et les plans d’évacuation en cas d’accident ne sont pas clairs", ajoute Katsuhiro Inoue. Un point qui irrite certaines communes voisines situées dans le rayon de 30 km prévu pour les évacuations et non consultées sur la relance. Depuis Fukushima, les administrations locales sont impliquées dans le processus de relance des réacteurs. 

 "La relance est prévue deux jours après le 70e anniversaire du bombardement atomique sur Nagasaki. Quel manque de tact" 
regrette Yoshinori Fukuda, 63 ans, volubile boulanger à la retraite, engagé dans la lutte antinucléaire depuis Fukushima.

Mais il revient aux gouverneurs des départements de définir qui peut s’exprimer sur la question. Pour Sendai, le gouverneur de Kagoshima Yuichiro Ito avait décidé que seuls l’assemblée départementale, Satsumasendai et lui-même le feraient. Il avait rejeté les demandes de participation des municipalités d’Ichikikushikino et d’Hioki, toutes deux proches du site et plutôt hostiles au redémarrage.

60%
La proportion d'habitants de Satsumasendai opposés au redémarrage du réacteur, selon un sondage.

Dans ce contexte, le mouvement d’opposition, qui réunit le Parti communiste, le Parti social démocrate, des syndicats et des ONG de tout le département, prépare ses actions. "On se débrouille même si on n’est pas assez nombreux pour tout organiser, souligne Ryoko Toshihara, membre de l’Association des mères, une structure créée dans les années 80 pour s’occuper des problèmes de l’enfance et de l’environnement, et relancée après Fukushima car le nucléaire a des conséquences graves pour les enfants."

©© rieko uekama/Demotix/Corbis

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