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En quête de résultats, le pouvoir iranien fait bloc derrière Ebrahim Raïssi

Le nouveau président iranien ultraconservateur Ebrahim Raïssi (à droite), aux côtés du président sortant réformiste Hassan Rohani, mardi. ©VIA REUTERS

Dans un climat tendu en interne comme à l’international, le nouveau président iranien veut redresser l’économie, et s’appuie notamment sur la Chine.

L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran, a brossé mardi le portrait tout de miel du nouveau président de la république islamique, Ebrahim Raïssi : "Sage, infatigable, expérimenté et populaire." À l’heure de son intronisation, le décalage ne saurait être plus grand avec la perception de la population iranienne, souligne Firouzeh Nahavandi, spécialiste du monde musulman non arabe à l’Université libre de Bruxelles. "C’était le favori du guide Khamenei, il est riche, et depuis très longtemps dans l’establishment, il a été un procureur sanguinaire : pour beaucoup d’Iraniens c’est un assassin, ce qui explique d’ailleurs qu’il y ait eu très peu de participation aux dernières élections." Le président avait été élu le 18 juin avec une large majorité mais une participation plancher, sous la barre des 50%.

Crispations sociales

Le nouveau président ultraconservateur, qui était intronisé mardi et doit prêter serment devant le Parlement jeudi, succède à Hassan Rohani, le modéré. Pour le régime, c’est une clarification de la ligne. "Il n’y a plus vraiment de grandes tensions au sein du pouvoir : tout le monde appartient au même camp des ultraconservateurs. De ce point de vue il y a une cohérence. En revanche, il y a une coupure nette avec la population et ses aspirations, en particulier des jeunes et des femmes", observe Firouzeh Nahavandi.

« Il n’y a plus vraiment de grandes tensions au sein du pouvoir (...) en revanche, il y a une coupure nette avec la population et ses aspirations."
Firouzeh Nahavandi
Spécialiste du monde musulman non arabe (ULB)

Les tensions sociales sont vives. Les manifestations se propagent ces derniers jours dans plusieurs villes contre les coupures d'eau et d'électricité. Le mouvement avait démarré le mois dernier dans la province du Khouzestan, et fait plusieurs morts. Des manifestations liées aux dégradations des conditions de vie avaient déjà éclaté en 2019, faisant au moins 304 morts et 7.000 arrestations, selon Amnesty International.

Le nouveau président hérite d’une situation économique désastreuse. L'effondrement de l’activité lié à l'épidémie de covid a été moins prononcé en Iran qu'ailleurs, mais pour une mauvaise raison : l'économie s'était déjà contractée de 12% depuis la décision américaine de rétablir des sanctions contre le pays. La capacité du nouveau président à redresser la situation dépendra des résultats diplomatiques, mais aussi du déploiement de la vaccination et de la reprise de la demande de ses partenaires régionaux. En tout état de cause, prédit la Banque mondiale, "avec un espace budgétaire limité et une inflation élevée, les pressions économiques sur les ménages pauvres vont se poursuivre".

Mauvais départ

À l’international, un objectif clé du nouveau président est la levée des sanctions qui étouffent l’économie de son pays depuis que Donald Trump a unilatéralement torpillé en 2018 l’accord sur le nucléaire iranien. Le président américain Joe Biden a déjà indiqué être prêt à revenir à l’accord de 2015, mais la tension reste très vive. D’autant que l’arrivée de Raïssi coïncide avec l’attaque mortelle d’un pétrolier en mer d'Oman que Washington, Londres et Tel Aviv imputent au régime iranien. Les Américains promettent une réponse, les Iraniens mettent en garde... Et Israël reproche à l'Union européenne de ne pas faire front.

Malgré l'incident, celle-ci a décidé d'envoyer un haut diplomate, Enrique Mora, à la cérémonie d'investiture du nouveau président pour "transmettre directement des messages importants", selon une porte-parole du service européen d’action extérieure. Pour l’Europe, la priorité est de reprendre les négociations à Vienne en vue du rétablissement complet de l’Accord sur le nucléaire iranien (ou PAGC).

"Les relations entre la Chine et Téhéran s’intensifient. Le régime a donc plus de force pour résister à l’Europe et aux États-Unis."
Firouzeh Nahavandi
Spécialiste du monde musulman non arabe (ULB)

Le nouveau président iranien peut-il sortir du statu quo ? "Je ne vois pas comment la situation peut être améliorée si l'Iran ne revient pas sur ses objectifs et sur les défis qu'il pose à la communauté internationale", répond Firouzeh Nahavandi. Par ailleurs, souligne-t-elle, "l’Iran n’est pas tout à fait seul : les relations entre la Chine et Téhéran s’intensifient. Le régime a donc plus de force pour résister à l’Europe et aux États-Unis".

Selon l'agence Reuters, la China Concord Petroleum Co (CCPC) a notamment joué un rôle crucial pour faciliter le commerce de pétrole iranien, en faisant l'acquisition de 14 tankers pour transporter du pétrole iranien - mais aussi vénézuélien - vers la Chine.

Le nouveau président a marqué son entrée en scène d'une formule ambiguë : "Nous chercherons certainement à obtenir la levée des sanctions oppressives, mais nous ne lierons pas les conditions de vie de la nation à la volonté des étrangers."

Le résumé

  • Le nouveau président iranien, l'ultraconservateur Ebrahim Raïssi, a été intronisé mardi.
  • Il arrive dans un climat social très tendu, dans un pays à l'économie dévastée par les sanctions américaines et le covid.
  • Alors qu'un de ses objectifs clés est d'obtenir un accord diplomatique sur la levée de ces sanctions, le régime est accusé par Washington d'une attaque sur un pétrolier. Mauvais départ.

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