Escalade entre l'Inde et le Pakistan autour du Cachemire

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Tirs d’artillerie, victimes civiles, avions de chasse abattus… Les tensions reprennent entre l’Inde et le Pakistan, avec pour enjeu la souveraineté sur le Cachemire. Le Pakistan propose des négociations avec l’Inde.

Les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni ont appelé mercredi soir l’Inde et le Pakistan à la "désescalade", alors que les deux puissances nucléaires ont enclenché une nouvelle spirale de violence. Les deux "frères ennemis", trois fois en guerre depuis 1947, revendiquent chacun la région du Cachemire.

Washington s’est dit "très inquiet" de cette reprise du conflit. Sous couvert de l’anonymat, un haut fonctionnaire de l’administration Trump a fait état d’un "risque militaire élevé" et "inacceptable".

"Si l’escalade commence ici, jusqu’où cela ira-t-il?"
imran khan
premier ministre du pakistan

La flambée de violence a commencé mardi, alors que l’Inde annonçait avoir mené des frappes préventives au nord du Pakistan contre un camp d’entraînement du groupe islamiste Jaish-e-Mohammed. Les djihadistes avaient revendiqué un attentat suicide perpétré le 14 février dans le Cachemire indien, tuant une quarantaine de personnes.

L’Inde avait affirmé que les islamistes préparaient une nouvelle attaque. Le Pakistan avait dénoncé une "agression intempestive" et menacé d’y répondre. Sur cette question, les Etats-Unis donnent raison à l’Inde. Pour le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, ces frappes préventives indiennes n’étaient rien d’autre qu’une action de contre-terrorisme.

Un pilote indien malmené par la foule

Mercredi, la tension est montée d’un cran après que le Pakistan a annoncé avoir abattu "deux avions de chasse indiens" survolant son territoire, dans la région du Cachemire. Dans la foulée, le Pakistan a fermé son espace aérien, forçant plus de deux cents vols commerciaux à se dérouter.

De son côté, l’Inde confirmait qu’un seul de ses Mig 21 avait été abattu chez son voisin. New Delhi affirmait également que l’armée indienne avait abattu un avion pakistanais, ce qu’Islamabad nie.

À cette heure, une chose est sûre. Un avion de chasse indien a été abattu et son pilote fait prisonnier. D’après les autorités pakistanaises, il aurait été conduit à l’hôpital et traité "selon les règles".

Toutefois, une vidéo a circulé sur les réseaux sociaux montrant le pilote de chasse indien attaqué par la foule et exhibé par l’armée pakistanaise. Très vite, l’homme est devenu un héros en Inde.

Un peu plus tard, une autre vidéo de l’armée pakistanaise montrait le même pilote occupé à boire du thé et à remercier pour le traitement dont il était l’objet.

Tirs d’artillerie

L’escalade ne se limite pas au ciel. D’intenses tirs d’artillerie ont aussi eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi le long de la "Ligne de contrôle", cette ligne de démarcation de 740 km qui délimite depuis 1949 les territoires indien et pakistanais du Cachemire.

À ces bombardements s’ajoutent des échanges de tirs entre militaires indiens et pakistanais ayant causé la mort de quatre personnes, dont deux enfants.

Selon l’AFP, qui a contacté des habitants de la région, plus de deux milles personnes habitant du côté pakistanais ont fui leur domicile suite aux tirs d’obus. Internet aurait été coupé dans la région et les écoles fermées. Côté indien, la population, également victime des bombardements, serait prête à être évacuée.

"Pouvons-nous nous permettre le moindre mauvais calcul avec le genre d’armes (nucléaires, NDLR) que vous avez et que nous avons?"
Imran Khan
Premier ministre pakistanais

Dans la journée, le Premier ministre pakistanais Imran Khan offrait à l’Inde de négocier. "Pouvons-nous nous permettre le moindre mauvais calcul avec le genre d’armes (nucléaires, NDLR) que vous avez et que nous avons?", a-t-il lâché lors d’une courte allocution télévisée. "Si l’escalade commence ici, jusqu’où cela ira-t-il?", a-t-il dit.

D’après certains observateurs, à quelques semaines des élections en Inde, le Premier ministre indien Narendra Modri, chercherait à attirer l’attention sur le Pakistan afin de renforcer sa popularité.

Les deux pays se disputent la souveraineté du Cachemire depuis 1947. Le Pakistan détient le nord de la région et revendique les territoires du sud occupés par l’Inde. Et New Delhi réclame la partie occupée par le Pakistan.

La Chine, un troisième acteur, est en conflit avec l’Inde pour deux territoires qu’elle occupe au nord, l’Aksai Chin et la vallée du Shaksgam.

En même temps, cette région, à majorité musulmane, nourrit depuis les années 80 des espoirs d’indépendance. Ces derniers temps, les velléités indépendantistes se sont accélérées à la faveur de l’infiltration de militants islamistes formés au Pakistan.

En 2016, des émeutes d’une partie de la population dirigées contre l’Inde avaient fait une soixantaine de morts et une centaine de blessés.

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