Forces et faiblesses de quatre champions

Les quatre poids lourds du commerce mondial se trouvent aujourd’hui dans des situations économiques sensiblement différentes, qui expliquent en partie la recomposition de la hiérarchie économique internationale. Petit rappel des atouts et des handicaps de chacun.

Chine

Deux ans après le début de la plus grave crise depuis 1929, les responsables chinois sont aujourd’hui les seuls dirigeants au monde à se battre pour essayer de faire baisser la croissance de leur pays en dessous de la barre des 10&flexSpace;%, à coups de mesures de resserrement du crédit et de limitation des dépenses de relance. C’est dire si le dynamisme économique chinois semble pérenne.

Au-delà de la satisfaction de détrôner le Japon, Pékin sait qu’à moyen terme, il lui faudra réorienter sa croissance pour devenir moins dépendant de ses colossaux excédents commerciaux, qui crispent de plus en plus ses partenaires. La croissance exceptionnelle a aussi eu pour corollaire le creusement des inégalités entre une classe moyenne urbaine nantie et plusieurs centaines de millions de pauvres. Ce qui pourrait menacer la cohésion d’un pays où les tendances séparatistes sont loin d’être inexistantes.

Japon

Dix fois moins peuplé que la Chine, le Japon sait probablement que son dépassement par son voisin était inéluctable. Ses inquiétudes sont sans doute ailleurs: confrontés au vieillissement et à la diminution de la population, ainsi qu’à un élargissement des inégalités sociales après quasiment 20 ans de stagnation économique, les dirigeants japonais s’interrogent sur les moyens de vivifier la croissance, malgré la baisse du nombre d’actifs. L’équation est d’autant plus difficile que le pays est surendetté et qu’il risque de voir son tissu industriel se déliter, les entreprises de l’Archipel, tributaires de la demande extérieure et malmenées par le haut niveau du yen, délocalisant régulièrement à l’étranger.

Allemagne

Jugé dépassé dans les années nonante, le modèle rhénan connaît-il une nouvelle jeunesse? On pourrait le penser, à en juger par les -impressionnants- derniers chiffres de croissance et au vu du niveau des exportations. Avec le retour de la demande mondiale, les produits "made in Germany" ont en effet retrouvé leur niveau d’avant crise.

L’investissement et le commerce extérieur sont responsables de la plus grande part de la reprise. La consommation, publique et privée, a également contribué à la croissance du PIB. Ce qui a permis de faire taire les critiques, notamment françaises, à l’égard d’une Allemagne trop tournée vers l’export. Deux problèmes pourraient toutefois se poser au gouvernement Merkel. Les doutes sur la pérennité de la reprise aux Etats-Unis et les politiques de rigueur en Europe pourraient menacer les perspectives des exportations. L’autre menace, c’est le mécontentement dû à l’explosion du nombre de travailleurs pauvres, en raison de la multiplication des temps partiels et de la stricte modération salariale.

USA

A chaque crise économique, la question du déclin des Etats-Unis refait surface. Pour de nombreux économistes, la première puissance économique mondiale pourrait perdre une décennie, comme le Japon en son temps. Une thèse qui, jusqu’ici, s’est révélée parfaitement erronée: l’Amérique se relève toujours plus vite et avec plus de vigueur que prévu, et la plupart du temps, bien avant la plupart de ses rivaux.

Sera-ce encore le cas, alors que les derniers chiffres de la croissance laissent entrevoir le danger d’une rechute? Cela dépendra en large partie de l’attitude d’un acteur central de l’économie US: le consommateur. Les ventes au détail sont en effet une composante majeure de la croissance américaine, les dépenses de consommation représentant les deux tiers de l’activité économique. De leur côté, les exportations comptent pour environ un quart de la croissance.

Selon les spécialistes, les dépenses publiques et la reconstitution des stocks ont été à l’origine de la sortie de crise du pays, représentant à elles deux 80&flexSpace;% de la croissance au cours du dernier trimestre. Mais ces deux facteurs ne pourront plus jouer, ce qui renforce encore l’idée d’un consommateur maintenant seul en piste. Un consommateur que l’on dit plus timide que par le passé: la récession a rendu les Américains prudents. Ces deux dernières années, ils ont épargné dans des proportions jamais vues. L’autre facteur qui fait que les USA resteront encore longtemps les USA, c’est la formidable capacité d’innovation et d’ajustement du pays, que ce soit sur le plan fiscal, budgétaire ou technologique, comme une firme telle qu’Apple vient encore de le démontrer.

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