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Fukushima, laboratoire des énergies renouvelables au Japon

La centrale nucléaire de Fukushima avait été sérieusement endommagée suite au tsunami du 11 mars 2011. ©EPA

À Fukushima et dans les environs, on veut résolument tourner la page du nucléaire, ce qui passe par le développement des énergies renouvelables et de la filière hydrogène. L'enjeu y est également de faire revenir la population.

Les structures blanches se dressent dans un champ de panneaux solaires. Construit le long de la côte du Pacifique à Namie, dans le département de Fukushima (nord-est du japon), le centre de recherche FH2R est la plus grande centrale au monde de production d’hydrogène à partir d’énergies renouvelables.

Voyage à travers "les" Japon

Du vendredi 23 juillet au dimanche 8 août ont eu lieu à Tokyo les 32e Jeux olympiques d'été. À cette occasion, L'Echo vous a fait découvrir le Japon et son économie de demain à travers quatre grands reportages.

Le site couvre 18 hectares et peut générer jusqu’à 1.200 nm³ d’hydrogène par heure, de quoi alimenter 560 véhicules à pile à combustible chaque jour.

153 millions
d'euros
FH2R est le fruit d’un investissement de 20 milliards de yens (153 millions d’euros).

Le centre est installé dans une ville située à quelques kilomètres de la centrale ravagée par le séisme et le tsunami de mars 2011 et à l’origine de la pire catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl. Il est le fruit d’un investissement de 20 milliards de yens (153 millions d’euros), porté par l’industriel Toshiba, le géant de l’énergie Iwatani, la compagnie d’électricité du Tohoku et l’Organisation pour le développement des nouvelles énergies et technologies industrielles (Nedo), avec le soutien du gouvernement.

De la flamme olympique aux véhicules officiels

Inauguré en 2020, le FH2R est vital pour les Jeux olympiques de Tokyo. Son hydrogène sert pour les torches de la flamme olympique. Acheminé par camion, il contribue à l’alimentation des 6.000 logements du village des JO, installé sur un polder dans la baie de Tokyo, et de l’ensemble des véhicules officiels, fournis par le constructeur Toyota, sponsor de l’événement, et dotés de pile à combustible.

Les JO doivent démontrer le savoir-faire nippon dans l’hydrogène, un gaz érigé au rang de priorité depuis que l’ancien Premier ministre Shinzo Abe (2012-2020) a décidé, au début de son mandat, de faire de l’Archipel "une société de l’hydrogène". Depuis, les projets foisonnent. Les constructeurs Toyota et Honda ont commercialisé la Mirai et la Clarity, des véhicules à pile à combustible, en 2014 et 2016.

La fin du nucléaire

Pour le département de Fukushima, le succès de la centrale FH2R témoigne des avancées réalisées par le territoire dans le domaine des énergies renouvelables, conformément à l’engagement pris dès 2011, après la catastrophe nucléaire: bannir l’atome et ne fonctionner qu’aux renouvelables. Le département a comme objectif de produire plus d’énergie par ces ressources qu’il n’en consomme d’ici 2040.

"Les rizières sont foutues. Des sacs de déchets radioactifs y ont été entreposés pendant des années. (...) On peut les louer pour des panneaux."
Hiroshi Kanno
Agriculteur à Katsunao

Une mini-révolution pour un territoire qui accueillait avant 2011 dix réacteurs nucléaires, répartis dans deux centrales – Fukushima Dai-ichi et Fukushima Dai-ni - et qui seront tous démantelés.

Pour atteindre son objectif, le département s’est couvert, depuis 2011, de panneaux solaires, installés le plus souvent sur des terres agricoles abandonnées. Iitate, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de la centrale en est un exemple. Totalement évacué après la catastrophe nucléaire, Iitate a vu la quasi-totalité des rizières qui faisaient sa réputation se couvrir de panneaux photovoltaïques.

"Les rizières sont foutues. Des sacs de déchets radioactifs y ont été entreposés pendant des années. La radioactivité reste élevée. On peut les louer pour des panneaux", explique Hiroshi Kanno, agriculteur à Katsunao, un village voisin d’Iitate.

Le développement des renouvelables ne se limite pas au solaire. Minamisoma, ville du bord de mer à une vingtaine de kilomètres au nord de la centrale, s’alimente à 92% au solaire, à l’éolien et à la géothermie. "En 2022, nous serons à 100%", affirme le maire, Kazuo Momma.

Faire revenir la population

Pour le département, le choix des renouvelables doit aussi favoriser le retour de la population. Namie comptait plus de 20.000 habitants avant la catastrophe du 11 mars 2011. Aujourd’hui, seules 1.500 personnes sont revenues.

"Il faut avoir de nouvelles activités pour effacer l’image négative créée par la catastrophe nucléaire."
Katsunobu Sakurai
Ancien maire de Minamisoma

"Je veux que les entreprises utilisent notre ville comme terrain d’essai pour réaliser une société de l’hydrogène. Je veux attirer des jeunes en faisant de Namie une ville leader au Japon, pionnière dans ce domaine", explique le maire Kazuhiro Yoshida. Sa ville a choisi les Mirai de Toyota pour ses véhicules de fonction. Le président du constructeur, Akio Toyoda s’y est rendu, promettant de lancer divers projets centrés sur l’hydrogène à Fukushima.

"Il faut avoir de nouvelles activités pour effacer l’image négative créée par la catastrophe nucléaire", confirme Katsunobu Sakurai, ancien maire de Minamisoma, aujourd’hui très actif dans les débats sur l’énergie.

En retard sur d'autres pays

L’engagement de Fukushima sur les renouvelables n’a jamais dévié malgré les écueils. Un important projet d’éolienne en mer, lancé en 2013, a été abandonné en raison de problèmes techniques.

En 2012, le gouvernement démocrate, aujourd’hui dans l’opposition, avait mis en place un système de tarifs d’achat de l’électricité d’origine renouvelable très avantageux pour soutenir le développement de ces énergies. Cette politique avait donné lieu à 33.000 projets dont 81 dans le solaire, capables de générer 243 mégawattheures, impliquant des géants de l’industrie comme Toshiba, Kyocera ou IHI.

En 2015, le gouvernement conservateur de Shinzo Abe, désireux de redonner la priorité au nucléaire, a infléchi cette politique, freinant le développement des renouvelables. Ce choix explique le retard accumulé par le Japon dans domaine. Les renouvelables représentaient 19% de ses capacités de production électrique en 2020, contre 42% au Royaume-Uni et 45% en Allemagne.

Neutralité carbone en 2050

La donne pourrait de nouveau changer et Fukushima s’imposer comme un modèle dans un Japon qui s’est engagé à l’automne 2020 sur la voie de la neutralité carbone à l’horizon 2050. Lors du sommet sur le climat des 23 et le 24 avril organisé par le président américain Joe Biden, le Premier ministre Yoshihide Suga a même annoncé qu'il portait l’objectif japonais de réduction des gaz à effet de serre (GES) à -46%, contre -26% auparavant, par rapport aux niveaux de 2013, d’ici 2030. Il a promis "d’essayer d’obtenir une réduction encore plus élevée".

Selon le rapport 2021 de Germanwatch, le Japon apparaît en quatrième position des pays les plus affectés par les évolutions du climat.

En écho à ces engagements, le ministre de l’Environnement Shinjiro Koizumi a déclaré que le Japon devrait créer autant de capacités d’énergie renouvelable que possible et utiliser "tout excédent de production pour fabriquer de l’hydrogène". Et M. Koizumi de plaider pour "modifier les réglementations" en s’inspirant de l’exemple de l’État américain de Californie, qui impose, depuis 2020, l’installation de panneaux solaires sur toutes les nouvelles constructions.

L’Archipel semble, en effet, prendre conscience de l’urgence climatique. Selon le rapport 2021 du centre d’analyses environnemental allemand Germanwatch, le Japon apparaît en quatrième position des pays les plus affectés par les évolutions du climat, en raison de son exposition aux typhons, de plus en plus fréquents et de plus en plus violents, mais également aux vagues de fortes chaleurs.

Des JO pas aussi verts qu’espéré

C’était un des objectifs des organisateurs lors de la candidature de Tokyo pour accueillir les Jeux olympiques de 2020: en faire les JO les plus neutres en carbone de l’histoire. Or, malgré l’absence de spectateurs étrangers, comme locaux, ce qui réduit l’usage des transports, la production de déchets et une consommation massive, l’empreinte carbone de l’événement devrait s’établir à 340.000 tonnes de CO2.

Il s’agit d’une première estimation des organisateurs, qui prend notamment en compte les travaux préparatoires, comme la construction du nouveau stade national qui a accueilli la cérémonie d’ouverture et où se déroulera également celle de clôture.

Il s’agit toutefois d’un grand progrès par rapport aux JO de Londres en 2012 et de Rio de Janeiro en 2016.

Pour y parvenir, les organisateurs ont d’abord misé sur la réutilisation de sites existants, construits pour les JO de 1964. Ensuite, ils ont fait coïncider les préparatifs avec les projets de la capitale nippone de développement des espaces verts. 537 hectares de nouveaux espaces verts ont été aménagés et les plantations d’arbres le long des rues et avenues ont été accélérées. L’aménagement d’une zone de forêt marine sur un polder de la baie de Tokyo doit contribuer à rafraîchir l’air en été.

En matière de transports, les véhicules utilisés pendant les JO sont tous électriques ou à pile à combustible. Le village olympique est alimenté à l’hydrogène d’origine renouvelable.

Mais l’objectif d’utiliser 100% d’électricité renouvelable sur les sites olympiques pendant l’événement semble hors de portée. Seuls 30 à 35% de cette électricité proviendra directement de l’énergie solaire ou encore des biocarburants. "Pour les sites ne pouvant se procurer de l’électricité d’origine renouvelable, nous aurons recours aux certificats d’énergie verte", précisent les organisateurs.

Pour ce qui est de la gestion des déchets, l’objectif reste de "s’assurer que 99% des biens achetés pour les Jeux sont réutilisés ou recyclés". Certains matériels seront loués ou revendus. Cela concerne principalement du mobilier du village olympique ainsi que des fournitures de bureau et informatiques.

Des équipements ont été conçus pour être recyclés, comme les lits du village olympique, fabriqués en carton renforcé. C’est aussi le cas des médailles, réalisées à partir de métaux prélevés dans des téléphones portables usagés, récupérés lors d’une grande campagne de collecte lancée en 2019, et des podiums pour les cérémonies, conçus à partir de plastique recyclé.

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