"Hiroshima" était-il nécessaire?

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Septante ans après la tragédie, Hiroshima continue à porter un message en faveur du désarmement nucléaire. Depuis 1945, 2.000 essais nucléaires ont eu lieu dans le monde.

Il y a 70 ans, jour pour jour, le 6 août 1945 à 8h16, après 43 secondes de chute libre, une bombe atomique explose sur la ville d’Hiroshima, à une hauteur de 600 mètres.

Little Boy, la bombe à uranium dotée d’une puissance équivalente à 16.000 tonnes de TNT, dégage en une boule de feu une température d’un million de degrés. L’explosion rase la ville en une fraction de seconde. Plus de 100.000 personnes meurent instantanément, dont deux tiers de civils. Une odeur de chair brûlée se répand, tandis qu’un champignon nucléaire s’élève à plus de 16 kilomètres au-dessus de la ville.

Cette première bombe atomique larguée sur une population provoque plus de 140.000 décès. Trois jours plus tard, une bombe lâchée sur Nagasaki tue 75.000 personnes. Depuis lors, l’anniversaire de cette tragédie est l’occasion pour les deux villes de militer en faveur du désarmement nucléaire.

Une souffrance injustifiée

"Les souffrances d’Hiroshima et Nagasaki n’étaient pas justifiées, nous confie Frank N. von Hippel, un ancien conseiller de la Maison-Blanche sur la sécurité nationale. Je ne pense pas que c’était nécessaire d’utiliser ce genre d’arme pour mettre fin à la guerre. En même temps, sans Hiroshima et Nagasaki, on ne saurait pas exactement ce qu’elles signifient."

"Je ne pense pas que c’était nécessaire d’utiliser ce genre d’arme pour mettre fin à la guerre."
Frank N. von Hippel
Ancien conseiller de la Maison-Blanche

Ce physicien, professeur à l’Université de Princeton, travaille depuis plus de trente ans à la non-prolifération des armes nucléaires, à défaut de désarmement. "La non-prolifération est un succès encore très partiel. Nous devons continuer à convaincre les grandes puissances de continuer à réduire leurs stocks d’armes", poursuit-il.

Le politologue français Bruno Tertrais, un spécialiste de renom en géostratégie, n’est pas de cet avis. "C’est un débat d’historiens sans fin. La question est de savoir si le Japon se serait rendu aussi rapidement sans l’utilisation de l’arme nucléaire." Pour lui, la non-prolifération est un succès. "À peine neuf États dans le monde détiennent l’arme nucléaire, et je n’en connais pas d’autre capable d’en fabriquer", dit-il.

Plus de 2.000 essais

Depuis Hiroshima et Nagasaki, les grandes puissances ont fait exploser plus de deux mille bombes nucléaires. Les retombées de ces essais étaient visibles dans les organismes humains, même en Belgique. Le Centre d’Étude de l’Énergie Nucléaire (SCK-CEN) à Mol a détecté des traces de ces essais, et ce depuis qu’il réalise des mesures en 1959. "Chaque fois qu’il y a eu un essai et un nuage nucléaires, nous l’avons constaté au cours de mesures sur des personnes. On voit que cela a diminué ces derniers temps", dit Anne-Laure Lebacq, responsable de la dosimétrie au SCK-CEN.

Un graphique montre deux pics de césium 137 dans les organismes. L’un dans les années 64-65, au plus fort des essais atmosphériques et l’autre au début des années 70, lors des essais français.

L'ambassadrice des États-Unis au Japon (à droite), Caroline Kennedy, et la sous-secrétaire américaine chargée du contrôle des armements, Rose Gottemoeller (à gauche) ont assisté à la cérémonie de commémoration. ©AFP
Le premier ministre Shinzo Abe dépose une couronne de fleurs pour rendre hommage aux victimes du bombardement nucléaire. ©EPA
À 08H15, heure locale, une jeune femme et un écolier ont frappé une grande cloche d'une longue poutre suspendue, immuable geste accompli à l'heure précise où la bombe fut larguée sur Hiroshima en 1945. ©EPA
"En tant que seul pays frappé par l'arme atomique (...) nous avons pour mission de créer un monde sans arme nucléaire", a lancé M. Abe à la foule. ©EPA
Une foule de 55.000 personnes s'est recueillie dans le Parc mémorial de la paix. Les représentants de 100 pays, le plus grand nombre jamais présent aux cérémonies d'Hiroshima, ont également assisté à cette cérémonie. ©REUTERS

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