reportage

"Je me battrai pour Hong Kong jusqu'à la mort ou l'arrestation"

La police de Hong Kong multiplie les arrestations depuis que la Chine a adopté une loi sur la sécurité nationale. ©EPA

La peur s'est installée à Hong Kong, après l'adoption par la Chine d'une loi controversées visant à mater le mouvement en faveur d'une plus grande démocratie. Une militante de première ligne témoigne.

Sans hésitation, Sunny, une activiste pro-démocratie de Hong Kong nous répond. "La police de Hong Kong est de plus en plus violente depuis l'adoption de la loi sur la sécurité nationale", explique-t-elle, "ils bloquent les rues, cherchent les opposants et interpellent les gens sans distinguer s'ils sont des manifestants ou de simples passants".

Cette militante de première ligne témoigne sous son nom de code. "Je combats la police depuis le début des manifestations. Le plus important pour moi est de rester indépendante. Je n'appartiens pas à la Chine. Je ne veux pas qu'Hong Kong devienne une ville chinoise comme les autres, je ne veux pas que son histoire disparaisse".

"Je n'appartiens pas à la Chine. Je ne veux pas qu'Hong Kong devienne une ville chinoise comme les autres, je ne veux pas que son histoire disparaisse."
Sunny
Militante pro-démocratie de Hong Kong

Un mélange de tensions et de peur monte à Hong Kong, après que le gouvernement chinois ait imposé mardi soir à l'ex-colonie britannique une loi réprimant la subversion, la sécession, le terrorisme et la collusion avec les forces étrangères.

Le texte, dont le contenu avait été tenu secret, vise à mater le mouvement de contestation lancé l'an dernier contre l'autoritarisme de Pékin. Depuis lors, des centaines de personnes ont été arrêtées par la police chinoise, dont une dizaine en application de cette loi. Vendredi, un homme de 23 ans a été inculpé pour "incitation à la sécession" et "terrorisme". Il était entré en collision avec des officiers de police, alors qu'il conduisait un vélomoteur et portait un slogan "Libérez Hong Kong" mercredi lors d'une manifestation.

"Les manifestations sont devenues à la fois plus rares et plus dures", poursuit Sunny. "Nous réfléchissons à une nouvelle manière de manifester, en s'adaptant à la nouvelle loi, que nous voulons éviter de violer", précise-t-elle, "pour l'instant, notre tactique consiste à manifester, à disparaître dès que la police arrive et à revenir sur place après son départ".

Un texte de loi aux contours vagues

"Pour l'instant, notre tactique consiste à manifester, à disparaître dès que la police arrive et à revenir sur place après son départ."
Sunny
Militante de Hong Kong pro-démocratie

La nouvelle loi est très critiquée par les États-Unis, l'Union européenne et l'ONU. Le texte, aux contours très vagues, laisse place à des interprétations larges et pousse les opposants à l'autocensure. En outre, la Chine a désigné vendredi un "dur", Zheng Yangxiong, à la tête du Bureau national de sécurité qui sera chargé de récolter des informations et de traquer les dissidents.

"Je suis en colère. Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement ignore à ce point les gens", ajoute Sunny, "mais nous allons continuer. Je me battrai pour Hong Kong jusqu'à la mort ou jusqu'à l'arrestation."

La loi sur la sécurité nationale est encore méconnue. "Nous étudions toujours les détails de la loi, le gouvernement chinois a gardé le mystère sur le texte jusqu'à son adoption. La définition de la sécurité nationale est très vague, beaucoup de choses peuvent entrer dedans", dit MK Tam, le directeur d'Amnesty International à Hong Kong.

"Il y a beaucoup d'incertitude, le climat de peur s'étend à Hong Kong."
MK Tam
Directeur d'Amnesty International à Hong Kong

La peur s'installe dans les esprits. De nombreux militants ont abandonné leurs activités sur internet et dans la rue, de peur d'être identifiés et traqués par la police au nom d'une loi qui pourrait les envoyer de nombreuses années en prison. "Il y a beaucoup d'incertitude, le climat de peur s'étend à Hong Kong. Quelques jour après l'adoption du texte, les manifestations se poursuivent, mais avec plus de calme, nous ignorons comment les choses vont évoluer", conclut MK Tam.

La communauté internationale condamne

Vingt-sept pays du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, dont le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France, ont condamné la loi sur la sécurité nationale. Les Nations unies se disent "alarmées" par la situation. "Nous sommes alarmés par le fait que des arrestations soient déjà effectuées en vertu de la loi, alors qu'il n'y a pas d'information complète sur la portée et la définition des crimes" prévus dans la loi, a indiqué Rupert Colville, le porte parole du Haut-Commissariat aux droits de l'Homme."

L'Union européenne estime que cette loi menace la liberté de Hong Kong, garantie par le principe "un pays, deux systèmes" qui fut confirmé par la Chine lorsque l'ancienne colonie fut restituée par le Royaume-Uni en 1997. Les ministres européens des Affaires étrangères ont mis la question à l'agenda de leur prochaine réunion, tandis que la chancelière allemande Angela Merkel a indiqué que l'autonomie de Hong Kong avait été "érodée".

Le Congrès américain a voté jeudi une loi prévoyant de sanctionner les responsables chinois appliquant les nouvelles règles et les banques s'y conformant. Le gouvernement de Hong Kong a réagi vendredi en affirmant que cette loi porterait atteinte à ses relations avec les États-Unis.

Le Canada a suspendu vendredi son traité d'extradition avec Hong Kong et ses exportations d'armes sensibles.

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