portrait

Jimmy Lai, le "Citizen Kane" de Hong Kong muselé

Le magnat de la presse locale est la bête noire des dirigeants de Pékin. Il a été arrêté lundi à Hong Kong et son principal journal perquisitionné par la police.

Comme "Citizen Kane", le héros du film d'Orson Welles, Jimmy Lai a connu les affres de la pauvreté avant de devenir l’un des magnats de la presse les plus redoutés de Hong Kong. À tel point d’ailleurs qu’il est le premier milliardaire arrêté en vertu de la loi sur la sécurité nationale. Fortune, presse et politique, le cocktail n’a plus rien d’une séquence de cinéma.

CV express

  • Jimmy Lai, de son vrai nom Lai Chee-ying est né le 8 décembre 1948 à Canton (sud de la Chine)
  • Il arrive à Hong Kong à l’âge de 12 ans
  • Nationalité britannique et taiwanaise
  • Sa fortune est estimée à 1,2 milliards de dollars US
  • Il lance la marque de vêtements Giordano en 1981
  • Il se lance dans les médias en 1989 après les manifestations de la place Tiananmen et devient un virulent un opposant du Parti communiste chinois.

Avec ses airs de matou mandchou, le "Citizen Kane" hongkongais est né tout juste un an avant la prise de pouvoir par les communistes en Chine continentale. À Canton, la capitale économique du sud de la Chine, sa famille de riches mandarins a été complètement laminée par les gardes rouges. Contraint de fuir à Hong Kong, alors colonie britannique, le jeune Lai Chee-ying, que l’on n’appelait pas encore Jimmy, a connu alors une incroyable "success story". Petite main dans les ateliers de la sueur de Hong Kong, il gagnait l’équivalent d’un euro par mois à porter des ballots de coton et assembler des pièces de tissus. Comment imaginer que trente ans plus tard, il allait créer l’une des plus célèbres marques de vêtements de Hong Kong, Giordano, dont les 1.700 magasins à travers le monde lui donnent un nom, une fortune et une revanche.

Le jeune Cantonais a la fibre des affaires et un flair incroyable, il intègre très vite le club très fermé des "tycoons", les milliardaires de Hong Kong, ceux qui font la pluie et le beau temps du haut de leur gratte-ciel.

En 1989, comme beaucoup de ses compatriotes, il suit avec effroi le dénouement sanglant du printemps de Pékin. Il en tire une aversion encore plus forte pour le Parti communiste qui après avoir détruit sa famille, est en train de tuer sa jeunesse et ses ambitions. Il décide alors comme "Citizen Kane" de s’engager et se lance dans la presse, moins par goût de la vérité que par ambition de faire de ses journaux des armes politiques.

Premier salaire

Il commence par travailler dans une usine textile et gagne moins de 1 euro par mois.

Ce riche et farouche anticommuniste devient le patron charismatique du plus grand groupe de presse d'opposition dont le quotidien Apple Daily est le titre phare. Devant le succès de ces journaux poil-à-gratter, les autorités chinoises prennent des mesures de rétorsion contre les magasins Giordano. Jimmy Lai se sépare alors de sa branche textile pour se consacrer uniquement aux médias.

Apple Daily

En 2006, son journal Apple Daily devient le deuxième plus important quotidien de Hong Kong

Apple Daily affiche un tirage de 450.000 exemplaires au sommet de sa gloire mais ses prises de position anti-chinoises lui aliènent une partie des annonceurs et la crise lui a fait perdre de nombreux lecteurs, ces dernières années. Sa version en ligne reste encore lue par 600.000 abonnés et son groupe a lancé une version en anglais en plus du cantonais. Mais le journal n’a pas que des amis à Hong Kong où il est qualifié par ses détracteurs de "tabloïd de caniveau". Un journal certes populiste mais très engagé pour les droits de l’Homme et la démocratie à Hong Kong.

Depuis un an le journal tapait de plus en plus fort, appelant les Hongkongais à résister et à poursuivre les manifestations. C’est sans doute cet engagement qui lui vaut aujourd’hui d’être arrêté. Dans le Hong Kong de 2020 la fortune ne protège plus les hommes comme lui des assauts de Pékin.

Il rachète une usine avec sa prime de fin d'année

En 1975, devenu directeur d’usine, il utilise sa prime de fin d'année pour acheter des actions à la Bourse de Hong Kong et rachète une usine de textile en faillite, Comitex, où il fabrique des pulls pour des clients américains.

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