analyse

L'accord nucléaire iranien, vers un statu quo?

©ANP XTRA

S'ils se sont achevés sur une note "positive" ce jeudi à Vienne, les pourparlers entre l'Iran et les grandes puissances se déroulent dans une atmosphère tendue, entre surenchère nucléaire et nouvelle configuration régionale.

Avant d'aborder les points techniques des négociations visant à calibrer le programme nucléaire iranien en échange d'un allègement des sanctions internationales, l'Iran et les États parties à l'accord (Allemagne, France, Royaume-Uni, Chine et Russie) se sont réunis durant deux heures ce jeudi dans la capitale autrichienne.

La rencontre est qualifiée de "positive" par le représentant russe, Mikhaïl Oulianov. L'Union européenne se réjouissant, par la voix du coordinateur Enrique Mora, de l'avancée des négociations malgré les "évènements difficiles de ces derniers jours". En réponse à l'attaque clandestine survenue dimanche dernier sur le site de Natanz, centre névralgique de son programme nucléaire, l'Iran avait annoncé, mardi, son intention de procéder à l'enrichissement de son uranium à hauteur de 60%. Soit un niveau jamais atteint jusqu'à présent et qui réduirait le temps nécessaire à la fabrication d'une arme nucléaire.

"L'attaque de Natanz crée un mauvais climat et renforce les ultraconservateurs iraniens qui utilisent l'argument de la surenchère pour masquer les échecs de leur appareil sécuritaire."
Clément Therme
Chargé de cours à SciencesPo Paris

Si la République islamique a toujours affirmé la nature civile de ses ambitions nucléaires, cette rhétorique de surenchère semble révéler les limites du système de renseignement iranien et de ses capacités technologiques. "À chaque fois que l'Iran accélère son programme nucléaire, Israël fait des opérations clandestines, c'est comme cela depuis 2005. Ce qui est nouveau, c'est le timing de cette attaque qui se produit durant le processus de négociation", explique Clément Therme*, chargé de cours à SciencesPo Paris. "Elle crée un mauvais climat et renforce les ultraconservateurs iraniens qui utilisent l'argument de la surenchère pour masquer les échecs de leur appareil sécuritaire. La question n'est pas tant d'enrichir à 60%, qui est plus un outil de négociation, mais d'obtenir la fin des sanctions. En droit international, il est difficile de prouver les intentions."

129%
Augmentation des importations de pétrole
Rien qu'au mois de mars, la Chine a importé 850.000 barils de brut iranien par jour, soit une augmentation de 129% par rapport à février.

Certains observateurs estiment néanmoins que le retrait américain de l'accord en 2018 – et le durcissement des sanctions qui en a résulté – ont permis à l'Iran de se tourner vers l'acquisition de technologies chinoises et de consolider son expertise en matière nucléaire. Ce que la République islamique n'aurait pas été en mesure de faire dans le cadre d'une réglementation internationale. "La technologie nucléaire est duale, elle a une application civile et militaire. Toute la difficulté pour les observateurs, y compris pour les experts de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique qui soumet l'Iran à un régime de contrôle unique en son genre), est de juger des intentions et de contrôler les connaissances. Par contre, quand il y a une confrontation si forte, on peut inciter à développer la recherche dans une autre direction."

Nouvelle donne régionale

"On peut se réjouir que les discussions reprennent, mais les Iraniens ne sont plus du tout dans la même situation qu'en 2015", observe Firouzeh Nahavandi**, professeure à l'ULB. "En plus de la situation économique et sanitaire catastrophique (l'Iran comptabilise officiellement deux millions d'infections au Covid et plus de 65.000 décès), d'autres acteurs, comme la Chine, comblent le vide. Le risque est énorme puisque cela aboutit à contrôler le pays." Le rapprochement sino-iranien pour les vingt-cinq prochaines années est estimé à 600 milliards de dollars et malgré l'embargo américain sur le pétrole iranien, Pékin a importé 850.000 b/j rien qu'au mois de mars (une augmentation de 129% par rapport à février, selon Bloomberg).

"On peut se réjouir que les discussions reprennent, mais les Iraniens ne sont plus du tout dans la même situation qu'en 2015."
Firouzeh Nahavandi
Professeure à l'ULB

Les alliances entre Israël et certains pays du Golfe (Accords d'Abraham) modifient l'équilibre régional et malgré la pression maximale exercée par les États-Unis, "on se dirige vers un conservatisme décomplexé" du régime iranien. Dont la principale victime est sa population."L'Iran et ses rivaux. Entre nation et révolution", Passés composés, 205 p.

*"L'Iran et ses rivaux. Entre nation et révolution", Passés Composés (2020) 205 p., 18€

**"Iran", De Boeck (2020), 144 p., 14€

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