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analyse

L'Afghanistan aux mains des talibans, chaos total à l'aéroport de Kaboul

De nombreux Afghans ont essayé d'embarquer dans les avions de l'aéroport de Kaboul. Au moins dix personnes sont mortes dans le chaos. ©AFP

Les talibans ont envahi Kaboul lors d'une offensive éclair. Le Président Ashraf Ghani a quitté le pays et nombre d'Afghans tentent de fuir. Après une gestion chaotique des évacuations qui a fait dix morts, le trafic aérien a repris.

L'Afghanistan se trouvait lundi aux mains des talibans après l'effondrement des forces gouvernementales et la fuite à l'étranger du Président Ashraf Ghani. Des milliers de personnes tentaient désespérément, dans un chaos total, de fuir le pays à l'aéroport de Kaboul. Au moins dix personnes ont été tuées, a rapporté l'agence de presse afghane TOLOnews. Dix autres personnes ont été blessées. Selon la chaîne d'information qatarie Al Jazeera, les talibans ont mis en place un cordon pour empêcher les gens d'entrer dans le terminal de l'aéroport. Lourdement armés, ils ont tiré des coups de semonce pour éloigner les habitants. À la nuit tombée, la situation était décrite comme "tendue".

Le fulgurant triomphe des insurgés,qu'ils ont célébré dimanche soir en investissant le palais présidentiel à Kaboul, a déclenché des scènes de panique monstre à l'aéroport de la capitale. Une marée humaine s'est précipitée vers ce qui est la seule porte de sortie de l'Afghanistan, pour tenter d'échapper au nouveau régime que le mouvement islamiste, de retour au pouvoir après 20 ans de guerre, promet de mettre en place. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montraient des scènes de panique où des centaines de personnes couraient près d'un avion de transport militaire américain qui roulait pour se mettre en position de décollage, certains tentant follement de s'accrocher à ses flancs ou à ses roues.

D'autres photos font apparaître des milliers de personnes attendant sur le tarmac même et des grappes de jeunes hommes s'accrochant aux passerelles ou aux escaliers pour tenter de monter dans un avion. Les forces américaines ont tiré en l'air pour tenter de contrôler cette foule et la maintenir à distance des appareils occidentaux.

Le trafic aérien, suspendu pendant plusieurs heures, a néanmoins pu reprendre à l'aéroport de Kaboul, a annoncé lundi le général américain Hank Taylor depuis le Pentagone.

Les compagnies internationales ont suspendu le survol de l'Afghanistan pour laisser l'espace aérien aux militaires chargés des évacuations. Le gouvernement belge a d'ailleurs pris la décision d'envoyer trois avions militaires pour participer à l'opération d'évacuation. Une centaine de personnes revendiquant leur nationalité belge se sont signalées, a indiqué la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès (MR), qui a également souligné que la Belgique pourrait aussi accorder des visas humanitaires à certains Afghans qui ont travaillé pour la Défense belge - présente en Afghanistan de mars 2002 à juin dernier - ou pour les organisations européennes présentes sur place.

"Servir notre nation"

Lundi, la capitale était en revanche plutôt calme. Les rues n'étaient pas aussi bondées que la veille et la ville était largement quadrillée par des talibans en armes, qui installaient des postes de contrôle. Sur les comptes Twitter qui leur sont favorables, les talibans se vantaient d'avoir été chaleureusement accueillis à Kaboul ou encore du fait que des jeunes filles retournaient dès lundi à l'école, comme à l'accoutumée.  

 Ils ont aussi assuré que des milliers de combattants convergeaient vers la capitale pour en assurer la sécurité. Le désormais ex-Président Ashraf Ghani a reconnu dimanche soir que "les talibans avaient gagné", après avoir fui son pays.

Le mufti du sultanat d'Oman, plus haute autorité religieuse dans ce pays du Golfe, a par ailleurs présenté ses félicitations lundi "au peuple afghan pour sa victoire contre les envahisseurs".

Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, le mollah Abdul Ghani Baradar, co-fondateur des talibans, a appelé ses troupes à la discipline. "À présent, c'est le moment d'évaluer et de prouver. Nous devons montrer que nous pouvons servir notre nation et assurer la sécurité et le confort dans la vie."

Les insurgés sont entrés dans la capitale afghane ce dimanche. ©EPA

La débâcle est totale pour les forces de sécurité afghanes, financées pendant vingt ans à coups de centaines de milliards de dollars par les États-Unis. En dix jours, le mouvement islamiste radical, qui avait déclenché une offensive en mai à la faveur du début du retrait des troupes étrangères, a pris le contrôle de quasiment tout l'Afghanistan. Et ce, vingt ans après en avoir été chassé par une coalition menée par les États-Unis en raison de son refus de livrer le chef d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. 

"La déstabilisation de l'Afghanistan risque d'entraîner des flux migratoires irréguliers vers l'Europe dont cette dernière ne peut assumer seule toutes les conséquences."
Emmanuel Macron
Président français

La Chine a été le premier pays à dire lundi vouloir entretenir des "relations amicales" avec les talibans. La Russie a fait savoir que sa décision de reconnaître le nouveau pouvoir dépendrait de "ses agissements". À l’inverse, le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a estimé que ce n'était "pas le moment" de reconnaître le régime taliban. Il a aussi qualifié leur retour au pouvoir "d'échec de la communauté internationale". Le drapeau américain a été retiré tôt lundi de l'ambassade des États-Unis à Kaboul et "mis en sécurité avec le personnel de l'ambassade" regroupé à l'aéroport dans l'attente d'une évacuation, ont annoncé le département d'État et le Pentagone.

De nombreux Afghans tentaient de fuir leur pays ce lundi, créant le chaos à l'aéroport de Kaboul. ©AFP

Les Américains ont envoyé 6.000 militaires pour sécuriser l'aéroport et faire partir quelque 30.000 Américains et civils afghans ayant coopéré avec les États-Unis qui craignent les représailles des talibans.

Pilule amère pour Washington

Les critiques sévères à l'endroit des États-Unis enflent, y compris dans le camp occidental. Du ministre britannique de la Défense à la Chancelière allemande et à son possible successeur, les alliés européens de Washington n'ont pas caché leur réprobation devant les scènes de panique à l'aéroport de Kaboul, où de milliers d'Afghans tentaient désespérément de fuir leur pays.

Joe Biden a expliqué ne pas vouloir "transmettre" cette guerre à celui ou celle qui lui succèdera.

"La déstabilisation de l'Afghanistan risque d'entraîner des flux migratoires irréguliers vers l'Europe dont cette dernière ne peut assumer seule toutes les conséquences", a déclaré lundi soir le Président français Emmanuel Macron. La France va ainsi porter avec l'Allemagne une initiative pour maîtriser ces flux migratoires, a annoncé le chef de l'État, ajoutant que la France allait prendre "toute (sa) part" concernant les migrants dans le cadre d'un effort international "organisé et juste". Les ministres européens des Affaires étrangères auront d'ailleurs ce mardi une réunion par visioconférence pour discuter de la situation.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson prévoit pour sa part d'organiser une réunion virtuelle avec ses homologues du G7 dans les prochains jours. Downing Street a indiqué que Boris Johnson s'était entretenu dans la journée avec le Président français, avec lequel il a discuté de la manière dont les deux pays pouvaient collaborer pour reconnaître un éventuel nouveau gouvernement à Kaboul et tenter d'éviter une crise humanitaire et migratoire.

De son côté, le gouvernement du Président américain Joe Biden a défendu sa décision de mettre fin à 20 ans de guerre, la plus longue qu'ait connue l'Amérique. "Ceci n'est pas Saïgon", a assuré dimanche le secrétaire d'État américain Antony Blinken sur CNN, évoquant la chute de la capitale vietnamienne en 1975, un souvenir encore douloureux pour les États-Unis. Mais la pilule est amère pour Washington dont l'image en ressort profondément écornée et qui déplore 2.500 morts et une facture de plus de 2.000 milliards de dollars. 

 Joe Biden a expliqué ne pas vouloir "transmettre" cette guerre à celui ou celle qui lui succèdera. Mais son prédécesseur Donald Trump – qui avait conclu avec les talibans en février 2020 l'accord de retrait des forces américaines – a fustigé "une des plus grandes défaites dans l'histoire américaine" et l'a appelé à démissionner.

Joe Biden s'est quant à lui montré plus nuancé. "Après 20 ans, j'ai appris à contre-cœur qu'il n'y avait jamais de bon moment pour retirer les forces américaines", a affirmé le Président américain lors d'une adresse à la nation. "La vérité est que tout cela s'est déroulé plus rapidement que nous l'avions prévu", a-t-il toutefois concédé depuis la Maison-Blanche. "Notre mission en Afghanistan n'a jamais été de construire une nation. Elle n'a jamais été censée créer une démocratie unifiée centralisée", a encore assuré le Président américain, en précisant que l'objectif unique "rest(ait) aujourd'hui et a toujours été d'empêcher une attaque terroriste sur le sol américain".

Les États-Unis ont aussi affirmé qu'ils ne reconnaîtraient un gouvernement mené par les talibans en Afghanistan qu'à condition que ces derniers respectent les droits des femmes et rejettent les terroristes."Un futur gouvernement afghan qui préserve les droits fondamentaux de son peuple (…), y compris de la moitié de sa population - ses femmes et ses filles -, (...) qui n'offre pas de refuge aux terroristes, (...) c'est un gouvernement avec lequel nous pourrions travailler", a déclaré le porte-parole du département d'État, Ned Price.

Beaucoup d'Afghans, principalement dans les villes, craignent que les talibans n'imposent la même version ultrarigoriste de la loi islamique que lorsqu'ils dirigeaient leur pays, entre 1996 et 2001. Ils ont maintes fois promis que s'ils revenaient au pouvoir, ils respecteraient les droits humains, en particulier ceux des femmes, en accord avec les "valeurs islamiques".

Le résumé

  • Les talibans sont entrés dans la ville de Kaboul après une offensive éclair.
  • Le président Ashraf Ghani a quitté le pays dimanche 15 août.
  • De nombreux Afghans tentent de fuir à leur tour, à tel point que le trafic aérien a été interrompu pendant plusieurs heures avant de reprendre lundi en fin de journée.
  • Au moins dix personnes sont décédées.

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