La Chine montre ses muscles pour cacher ses divisions internes

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Drones ultramodernes, missiles nucléaires, chars… La République populaire de Chine a étalé sa puissance lors du défilé pour ses 70 ans. Une opération visant à renforcer l’image du leader Xi Jinping. Et à masquer la contestation.

Plus de cent mille figurants, des centaines de chars, 15.000 militaires, des drones supersoniques, des bombardiers et des missiles nucléaires… Pékin n’a pas lésiné sur les moyens pour célébrer ce mardi, avec un faste inquiétant, les 70 ans du régime communiste chinois.

L’étalage de puissance a montré une armée de plus en plus moderne et offensive. Les missiles nucléaires "Dongfeng" ("Vent d’Est") 14 étaient exhibés pour la première fois. Dotés de trois à dix têtes nucléaires, ils sont capables de frapper les Etats-Unis en 30 minutes. Autre nouveauté, le missile DF-100, capable de détruire des porte-avions.

L’étalage de puissance a montré une armée de plus en plus moderne et offensive.

Plus inquiétant, le DF-17, un missile lâchant à haute altitude un planeur hypersonique pouvant atteindre une vitesse de 7.000 km/h, difficile à neutraliser en raison de sa capacité à rebondir sur les couches de l’atmosphère. Les Chinois ont dans ce domaine pris de l’avance sur les Américains et les Russes. L’armée chinoise a aussi dévoilé des drones de nouvelle génération, comme le WZ-8, à vitesse supersonique (8.000 km/h) et le GJ-11, un engin furtif capable de transporter des missiles.

Ces nouvelles armes confirment la vocation plus offensive de l’armée chinoise, qui dispose du deuxième budget de la planète avec 175 milliards de dollars par an. C’est loin des Etats-Unis, mais ce niveau de dépense en dit long sur ses ambitions. Les scientifiques chinois ont démontré qu’ils n’ont plus grand-chose à envier aux Occidentaux. Et cela ne s’arrête aux engins volants. Des milliards sont aussi injectés dans des recherches en intelligence artificielle à usage militaire.

La stratégie chinoise est résumée dans le livre blanc "La Chine et le monde dans la nouvelle ère", publié fin septembre. Le parti communiste y souligne le "miracle du développement" du pays ces 70 dernières années, sa volonté de constituer un "moteur" pour l’économie mondiale de "manière pacifique".

"La Chine montre qu’elle est prête à aller plus loin dans la défense de ses intérêts vitaux et sur de nouveaux territoires. Ces armes sont destinées à la mer de Chine et plus loin."
Jean-Vincent Brisset
Directeur de recherche à l'Iris, expert de la Chine

La Chine a connu une croissance sans égale sur la planète, son PIB passant de 60 milliards de dollars en 1960 à 14.217 milliards en 2018, ce qui fait d’elle la deuxième puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis. Mais les violations des droits de l’homme, les inégalités, la génération sacrifiée pour réaliser ce bond et l’organisation non démocratique du pouvoir n’en font pas un modèle enviable.

"La Chine montre qu’elle est prête à aller plus loin dans la défense de ses intérêts vitaux et sur de nouveaux territoires. Ces armes sont destinées à la mer de Chine et plus loin", dit Jean-Vincent Brisset, ancien général de brigade aérienne dans l’armée française et directeur de recherches à l’Institut des relations internationales et stratégiques.

Le gouvernement chinois veut réduire l’influence des Etats-Unis en Asie et, au passage, empêcher leur intervention en cas de conflit avec Taïwan. Cette stratégie est très avancée. Sans mener de guerre, l’armée chinoise a renforcé sa position dans le Pacifique en grignotant des îles et en créant des îlots artificiels qu’elle dote de bases militaires.

"Cette avancée n’est pas, pour l’instant, une menace pour le monde", tempère Jean-Vincent Brisset. Les premiers inquiétés sont la Corée du Sud et le Japon. "L’armée chinoise ne rivalise pas avec celles des Etats-Unis, de la Russie, de la France, ou encore du Royaume-Uni", dit-il. Les forces chinoises sont encore très vulnérables, en particulier dans la lutte aéronautique et sous-marine.

Éliminer la contestation

La Chine émerge, mais le régime est contesté. Le gouvernement chinois a deux problèmes de taille: la guerre commerciale avec les Etats-Unis et la contestation à Honk Kong. "Xi Jinping aimerait être le maître absolu, mais ce n’est pas le cas", poursuit Jean-Vincent Brisset.

"Xi Jinping aimerait être le maître absolu, mais ce n’est pas le cas."
Jean-vincent Brisset

La répression ultraviolente des émeutes dans le territoire autonome révèle les craintes de Pékin. Le pouvoir chinois a toujours eu horreur des dissensions internes. De perdre la face. C’est pourtant ce qu’il vit, sans que cela ne filtre, à cause de la censure. "On ne voit pas ce qui se passe. On voit des gens disparaître. une soi-disant lutte anticorruption utilisée pour éliminer les opposants", dit-il. Une autre manière d’éliminer la contestation interne consiste à lancer des appels nationalistes. "C’est le but du défilé organisé pour les 70 ans du régime chinois", résume Jean-Vincent Brisset.

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Face à cette volonté nouvelle de la Chine de s’affirmer, l’Europe est tétanisée. "L’Europe n’a pas une politique envers la Chine, elle en a 27. La seule fois où elle a réussi à prendre attitude contre le régime chinois, c’est lors du massacre de Tian’anmen, avec des sanctions commerciales. Depuis lors, Pékin a compris et s’applique à diviser l’UE", conclut-il.

Début septembre, la chancelière allemande Angela Merkel s’est rendue en Chine pour y traiter de questions économiques bilatérales, ce qui a creusé encore plus le fossé avec ses partenaires européens sur la question chinoise.

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