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La Chine riposte aux Etats-Unis et déclare une guerre des changes

Dans un contexte à tout le moins incertain, l’or est nettement reparti à la hausse ce lundi. ©REUTERS

La baisse du yuan chinois ces derniers mois face au dollar démontre que Pékin n’a plus beaucoup d’espoir d’arriver à une solution dans le conflit commercial qui l’oppose aux Etats-Unis.

Ce n’est plus un secret pour quiconque ou presque: la Chine semble avoir opté pour le recours à l’arme des changes en riposte à la nouvelle hausse des taxes douanières décidée la semaine dernière par Donald Trump, sur les produits fabriqués en Chine et importés aux Etats-Unis. Pour la première fois depuis 2010, sa monnaie est repassée au-delà du niveau de 7 yuans pour un dollar, à 7,0830. Depuis jeudi dernier, le jour où le président américain avait pris sa décision, le yuan chinois accuse un repli de 2,1%.

  • Les USA accusent formellement la Chine de manipuler sa monnaie. L'administration américaine a déterminé lundi que la Chine manipulait sa monnaie et va demander au Fonds monétaire international (FMI) de mettre un terme à la concurrence déloyale de Pékin, a déclaré le secrétaire au Trésor américain, Steven Mnuchin.
  • La Chine a laissée de nouveau chuter sa monnaie ce mardi face au dollar. La banque centrale chinoise a fixé pour la journée le taux pivot du yuan à 6,9683 pour un dollar, en repli de 0,66% par rapport à lundi. Il s'agit de son niveau le plus bas depuis mai 2008.

En soi, cette pauvre performance n’a rien de bien dramatique. Mais à observer la situation sur un terme plus long, on est en droit de se demander si la décision de Donald Trump d’imposer des droits de douane sur des produits chinois importés non encore taxés, sera bien efficace. Car, depuis qu’il a proféré ses premières menaces à l’encontre de la Chine – c’était avant l’été 2018 –, le recul de la devise chinoise s’élève déjà à près de 13,3%.

"La baisse du yuan peut être considérée comme une mesure d’assouplissement visant à atténuer l’impact des taxes."
Samuel Siew
Analyste pour Philip Futures

"La baisse du yuan peut être considérée comme une mesure d’assouplissement visant à atténuer l’impact des taxes", commente Samuel Siew, analyste pour Philip Futures, cité par l’AFP. De son côté, Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics, ajoute que "laisser filer la devise au-delà des 7 yuans pour un dollar, démontre que les autorités de Pékin ont pratiquement abandonné tout espoir d’un accord commercial avec Washington".

Les statistiques que les Etats-Unis ont publiées la semaine passée concernant les échanges avec la Chine font néanmoins ressortir un déficit commercial en léger repli. Il a reculé de 0,2% à 30,15 milliards de dollars en juin et 10,3% à 179,81 milliards depuis le début de cette année. On l’imagine, cette légère amélioration doit apparaître grandement insuffisante aux yeux du président américain. On peut même imaginer qu’il a dû prendre connaissance de ces chiffres avant de décider de taxer davantage les produits chinois. Et que, contrairement à ce qu’on a entendu sur les marchés financiers ces derniers jours, Trump l’aurait prise dans ce cadre, plutôt que suite à la décision de la Fed de baisser trop timidement son taux directeur.

La Chine suspend l'achat de produits agricoles américains

Le ministère chinois du Commerce a annoncé ce lundi que les entreprises chinoises avaient cessé d'acheter des produits agricoles américains et que Pékin n'excluait pas de taxer les produits agricoles importés des Etats-Unis pour les transactions conclues après le 3 août.

Cette décision représente une nouvelle étape dans la guerre commerciale opposant les Etats-Unis à la Chine, quatre jours après les annonces inattendues de Donald Trump sur l'instauration à compter du 1er septembre de droits de douane additionnels de 10% sur les 300 milliards de dollars (268 milliards d'euros) d'importations chinoises encore non taxées.

La Banque de Chine de mèche

Les deux plus grandes économies sont-elles désormais engagées dans une guerre des changes? Disons que jusqu’à maintenant, les Etats-Unis, malgré un dollar fort qu’ils tentent de combattre, ne s’y sont pas engagés.

Contrairement à la plupart des grandes devises au monde, le yuan n’est pas librement convertible.

Cela semble être le cas de la Chine par contre. Dans un régime de taux de change flottant, la valeur d’une devise évolue en fonction de l’offre et de la demande qui dépendent de plusieurs facteurs; le solde de la balance commerciale, la politique monétaire des (taux) des banques centrales ou encore le niveau d’inflation.

Du fait que la Chine se défend mieux que les Etats-Unis sur plusieurs de ces points, sa devise devrait beaucoup mieux se comporter qu’elle ne le fait sur les marchés des changes. Le hic, c’est que contrairement à la plupart des grandes devises au monde, le yuan n’est pas librement convertible.

Il peut évoluer face au dollar dans une fourchette de 2% autour d’un cours pivot déterminé quotidiennement par la banque centrale de Chine (PBOC). Contrairement à ses consœurs occidentales, la PBOC n’est pas indépendante. La baisse depuis mai 2018 du renminbi, autre nom donné au yuan, n’a pas pu avoir lieu sans l’assentiment de cette institution financière.

D’autres munitions?

La Chine pourrait-elle étendre le conflit en utilisant d’autres actifs financiers? En tant que plus important détenteur étranger de la dette émise par les Etats-Unis (1.110 milliards de dollars, soit 5% de la dette existante) devant le Japon (1.030 mille milliards), ce pays en a certainement les moyens. Il est généralement admis dans les coulisses des marchés que la PBOC souhaite réduire la part des actifs libellés en dollars qu’elle détient, notamment au profit du métal jaune.

La Chine est le premier détenteur extérieur aux Etats-Unis de la dette américaine.

Mais elle a conscience que si elle s’exécutait, elle risquerait d’affaiblir le dollar – et donc de faire remonter sa monnaie. Au cas où elle serait tentée de se délester d’une partie des obligations américaines, elle risque de provoquer une envolée de leurs rendements, avec pour corollaire une perte de valeur de son portefeuille obligataire.

Dans ce contexte à tout le moins incertain, l’or est nettement reparti à la hausse ce lundi. L’once d’or a, pour la première fois depuis mai 2013, franchi le cap des 1.450 dollars. Elle évoluait en fin de journée aux alentours de 1.465 dollars.

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