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La Chine s’attaque aux cours privés pour relancer la natalité

En Chine, en 2020, 10 milliards de dollars de capital-risque ont été investis dans le secteur des technologies éducatives privées. ©REUTERS

Le gouvernement chinois serre la vis au secteur très lucratif de l'éducation privée, faisant dévisser le cours des champions cotés en Bourse. Les entreprises de soutien scolaire devront s'enregistrer comme associations à but non lucratif.

Le gouvernement chinois sonne la fin de la récréation pour les cours particuliers. Les nouvelles directives publiées ce week-end en Chine obligent le secteur du soutien scolaire à s’enregistrer en tant qu’associations à but non lucratif et à tirer ainsi un trait sur un juteux marché estimé à 260 milliards de dollars, selon le cabinet d’étude LEK Consulting, dont la moitié concerne des cours privés donnés via Internet et les nouvelles technologies.

350 millions
Plus de 350 millions d’élèves chinois de moins de 10 ans suivent des cours sur des plateformes en ligne.

En 2020, 10 milliards de dollars de capital-risque ont été investis dans le secteur des technologies éducatives privées chinoises, EdTech, donnant naissance à des centaines de start-ups, d'applications et de plates-formes qui proposaient aussi bien du tutorat dès la maternelle que des cours de mathématiques, de langue et de musique. Plus de 350 millions d’élèves chinois de moins de 10 ans suivent ainsi des cours sur ces plateformes et le marché devait croître de 50% dans les deux prochaines années, selon les analystes.

Mastodonte

Avec les cours privés traditionnels qui concernent la quasi-totalité des élèves, le secteur du soutien scolaire était devenu un mastodonte, et peut-être même un concurrent de l’école publique.

Le gouvernement explique vouloir ainsi freiner la folle course en avant des parents qui dépensent des fortunes en cours privés, essentiellement mathématiques et anglais, pour aider leur progéniture dans un système chinois particulièrement compétitif.

"Je dépense plus de cent euros de l’heure pour les cours particuliers de mathématiques de ma fille, elle doit passer le Gaokao (équivalent du baccalauréat) l’année prochaine et je veux qu’elle réussisse", explique une maman qui avoue dépenser plus de mille euros par mois pour sa fille dans divers cours privés. Un fardeau qui expliquerait en partie, selon le gouvernement, la baisse de la natalité en Chine, au plus bas depuis 10 ans.

Le gouvernement veut freiner la folle course en avant des parents qui dépensent des fortunes en cours privés, essentiellement mathématiques et anglais.

Il sera désormais interdit de donner des cours le week-end, les jours fériés et pendant les vacances scolaires. "Je ne comprends pas cette mesure", explique la mère de famille. "Nous faisons cela car le système scolaire chinois est trop dur, il y a trop d’élèves par classe et peu de débouchés à l’Université. Aujourd’hui tout doit s’arrêter, mais qui pourra aider nos enfants?"

Sur les réseaux sociaux, c’est aussi l’incompréhension. "Ce n’est pas en supprimant les cours privés que nous ferons plus d’enfants", résume un internaute.

Conséquences en bourse

Mais c’est surtout en bourse que les conséquences sont les plus visibles. Tous les champions du secteur dont certains sont cotés à New York, Hong Kong et Shanghai, voient leurs cours dévisser, et ainsi s’envoler toutes perspectives de développement. Les entreprises chinoises du secteur ayant même interdiction de lever des fonds en bourse.

"Cette nouvelle réglementation est très sévère et je ne vois pas comment ces entreprises vont pouvoir s’en sortir", explique Castor Pang du cabinet de recherche Core Pacific. "Les investisseurs sont désormais très méfiants et redoutent des mesures brutales qui potentiellement pourraient s’étendre à d’autres secteurs."

Ce n’est pas la première fois cette année que la Chine s’en prend à ses poules aux œufs d’or. Didi, le géant du VTC, pourrait payer une amende record pour avoir transmis certaines données de ses utilisateurs lors de son introduction en bourse à New York; Taobao et Alibaba, les sites de commerces en ligne, ont déjà été punis pour abus de position dominante, tout comme le géant des industries culturelles Tencent.

Qui sera le prochain sur la liste? Les investisseurs de plus en plus inquiets par ces brusques reprises en main de pans entiers de l’économie chinoise.

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