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analyse

La Chine, talon d'Achille de l'économie mondiale?

©AFP

Opacité, shadow banking, consommation en berne et propriété intellectuelle sont les points faibles de l’économie chinoise, selon l’économiste Philippe Eulaerts.

Et si la principale menace sur l’économie mondiale, c’était la Chine? Telle est la mise en garde formulée lundi par Philippe Eulaerts, économiste en chef de la multinationale suédoise SKF, (Svenska KulalgerFabriken), invité lundi dernier par la Société royale d’économie politique de Belgique (SREPB).

L’avertissement ne renvoie pas tant à la menace de guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis qu’aux faiblesses structurelles de l’économie chinoise. Celles-ci sont au nombre de quatre au moins, selon Philippe Eulaerts.

1. Shadow banking

"30% des entreprises chinoises réalisent des profits inférieurs à leurs remboursements de dette"

La dette des entreprises chinoises est colossale : elle s’élève à 162% du Produit intérieur brut (PIB). La question est de savoir si l’inévitable désendettement se fera de manière ordonnée ou désordonnée. Or, constate Philippe Eulaerts, "30% des entreprises chinoises réalisent des profits inférieurs à leurs remboursements de dette". À cela s’ajoute le problème du "shadow banking" ou de la "finance de l’ombre". Face au durcissement des conditions de crédit, de nombreuses entreprises chinoises se tournent vers des créanciers en dehors du secteur bancaire. Même si ce système contribue à soutenir le niveau d’investissement et donc la croissance, il échappe à tous les cadres de régulation du secteur financier. Beaucoup de ces placements ne sont pas garantis. De plus, les collectivités locales sont fort impliquées dans cette finance informelle où les taux sont plus intéressants que ceux du marché. Beaucoup dès lors n’hésitent pas à assimiler le "shadow banking" à une bombe à retardement.

2. Statistiques opaques

"L’opacité du système chinois pourrait provoquer un désengagement massif"

Si la croissance de l’économie chinoise était officiellement de 6,5% en 2018, nombreux sont ceux qui doutent de la véracité de ce chiffre. À commencer par le Conference Board, un institut de recherche économique américain très suivi par le monde des affaires, qui table plutôt sur 4,1%. Cela n’arrange pas le Parti communiste chinois, qui a construit sa seule légitimité sur la croissance économique. C’est ce qui explique la régularité avec laquelle la croissance chinoise correspond toujours pile-poil à l’objectif officiel fixé. Un économiste chinois a récemment évoqué une fourchette de croissance se situant entre 1,8% et 2,5%. Résultat : il est actuellement en prison. "L’opacité du système chinois pourrait provoquer un désengagement massif", prévient Eulaerts.

3. Ralentissement de la consommation

5%
en moins
Le recul des ventes de voitures en Chine en 2018

La Chine a fait le choix de changer radicalement son modèle économique pour le faire évoluer de l’investissement vers la consommation. Or, cette transition ne se passe pas aussi bien que prévu, ce qui ne sera pas sans impact sur les économies occidentales. Philippe Eulaerts épingle par exemple le recul de 5% des ventes de voitures en Chine en 2018. "Cela fait des décennies que l’on n’avait plus enregistré une baisse des ventes de voitures. Or, pour un géant comme Volkswagen, la Chine, c’est 41% des ventes et 49 des bénéfices du groupe."

4. Propriété intellectuelle

"Maintenant qu’ils veulent s’ouvrir sur le monde, cela crée inévitablement des tensions"

Le bras de fer qui oppose l’Empire du Milieu aux États-Unis porte sur les relations commerciales, mais pas uniquement. Philippe Eulaerts : "Le système chinois autocratique fonctionnait parfaitement en vase clos. Maintenant qu’ils veulent s’ouvrir sur le monde, cela crée inévitablement des tensions, dont la principale se focalisera très certainement sur la propriété intellectuelle."


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