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La Chine voit la vie en rouge pour le centenaire du Parti communiste

Lundi, une épopée en costumes de trois heures était organisée au stade olympique, dans le nord de Pékin.

Le Parti communiste chinois fête son centenaire dans un déferlement de propagande à la gloire d'une Chine devenue deuxième puissance économique mondiale.

C'est une semaine toute à la gloire du régime communiste qui se termine, aujourd'hui, en apothéose, avec un discours du président et secrétaire général du Parti Xi Jinping et une parade que l'on promet grandiose face à la Cité interdite. "La plus grande célébration de l'histoire moderne de la Chine", ose même la presse officielle qui relaie chaque minute de ce centenaire du Parti communiste chinois (PCC) à coups de clips de propagande.

Dédier sa vie au Parti et au peuple

Depuis le début de la semaine, la Chine est revêtue de rouge. Lundi, une épopée en costumes de trois heures était organisée au stade olympique, dans le nord de la capitale. Elle mettait en scène les grandes pages de l'Histoire du régime communiste, de sa fondation en 1921, à la prise de pouvoir de Mao Tsé-toung en 1949, jusqu'à la conquête spatiale et la lutte, présentée comme un succès, contre l'épidémie de coronavirus. Le gala s'est clôturé par la reprise en chœur de la chanson "Sans le Parti communiste, il n'y aurait pas de nouvelle Chine".

"Pour Xi Jinping, le culte de Mao est une façon d'accroître l'emprise du Parti, de célébrer une philosophie de lutte sans scrupules contre les adversaires et de centraliser le pouvoir personnel."
Julia Lovell
Professeure d'Histoire à l'Université de Londres

Mardi, le président chinois, toujours lui, a remis 29 médailles d'honneur à des membres du Parti, avant de prononcer un discours sur les grandes réussites du régime.

Il a exhorté les membres du PCC à "rester loyaux et à continuer de servir le peuple" et "à tout dédier, même votre précieuse vie, au Parti et au peuple".

La capitale est quasiment bouclée depuis une semaine, avec des policiers militaires à tous les carrefours des lieux stratégiques, du Parc olympique à l'avenue de la paix éternelle qui mène place Tiananmen. Des dizaines de milliers de membres des Comités de quartiers (sorte de vigies de proximité), casquettes rouges et vestes bleues, ont installé leurs parasols en pleine rue pour monter la garde aux entrées de plusieurs résidences.

"J'ai l'impression de revenir en arrière, à l'époque de Mao que me racontaient mes parents."
Une jeune pékinoise

"C'est étrange de voir tout cela, explique une jeune pékinoise. J'ai l'impression de revenir en arrière, à l'époque de Mao que me racontaient mes parents. Moi, je ne suis pas membre du Parti communiste, je ne vois pas à quoi cela peut bien servir."

©REUTERS

Elle baisse la voix, de peur d'être entendue par plusieurs retraités qui passent à ce moment-là et affichent clairement la couleur: "C'est une année extraordinaire, notre Parti a cent ans et, grâce à lui, la Chine est devenue une grande nation", explique l'un d'eux, pin's du Parti au revers du gilet.

92
Millions de membres
Avec près de 92 millions de membres, soit un Chinois sur quinze, le PCC est une force politique de premier plan.

Dans les rues de Pékin, de larges banderoles rouges reprennent les thèmes forts du régime en idéogrammes blancs sur fond rouge: "Servir le peuple", "Être civilisés", "affronter les flots de l'Histoire" ou encore "Le rêve chinois" cher au Président Xi. Les drapeaux communistes, frappés d'une faucille et d'un marteau, flottent aux frontons de tous les bâtiments.

Avec près de 92 millions de membres, soit un Chinois sur quinze, le PCC est une force politique de premier plan, c'est le deuxième plus grand parti du monde après le BJP du Premier ministre indien Narendra Modi, qui compterait 180 millions d'adhérents.

"À la naissance du PCC en 1921, le communisme était certainement la moins prometteuse des nombreuses forces politiques rivales dans une Chine dévastée par les inondations, les famines, les seigneurs de la guerre et la corruption, explique Andrew Nathan, professeur de sciences politiques à l'Université Columbia de New York. Les 13 hommes qui ont fondé le Parti étaient fascinés par la nouvelle idéologie encore mal comprise du marxisme, en concurrence avec le libéralisme, la social-démocratie, l'anarchisme, le fascisme et d'autres idéologies en ismes qui prétendaient restaurer la grandeur de la Chine."

"Un changement de génération est en cours en Chine, les valeurs traditionnelles laissant place à des attitudes plus libérales, et il ne favorise pas les perspectives à long terme du PCC."
Andrew Nathan
Professeur de sciences politiques à l'Université Columbia de New York

Le Parti face à la Chine moderne

Depuis 72 ans, le Parti dirige la Chine, sans mandat des électeurs. Ce n'est pas un record du monde. Lénine et ses héritiers ont occupé le pouvoir à Moscou un peu plus longtemps, tout comme le Parti des travailleurs en Corée du Nord. Mais aucune autre dictature n'a été capable de passer du statut de pays pauvre à celui de deuxième économie mondiale.

"Le grand dilemme, pour le Parti, est qu'il est peu probable que les citoyens d'un pays aussi développé acceptent le contrôle infantilisant que leur impose son régime, de plus en plus autoritaire. Un changement de génération est en cours en Chine, les valeurs traditionnelles laissant place à des attitudes plus libérales, et il ne favorise pas les perspectives à long terme du PCC", estime Andrew Nathan, qui mise sur une perte d'influence du Parti dans les prochaines années. "Une telle crise de légitimité ne serait pas la première de la longue histoire du Parti. Il a vacillé à plusieurs reprises au bord de la catastrophe et a dû à chaque fois trouver de nouvelles sources de soutien populaire."

©EPA

"Le Parti dirige tout"

Le centenaire est donc l'occasion, pour le régime, de resserrer les rangs et montrer ses muscles.

"Parti, État, affaires militaires, affaires civiles, éducation, Est, Ouest, Sud, Nord, Centre, le Parti dirige tout."
Xi Jinping
Président et secrétaire général du Parti communiste chinois

Fondé dans la discrétion, le PCC est aujourd'hui omniprésent. "Parti, État, affaires militaires, affaires civiles, éducation, Est, Ouest, Sud, Nord, Centre, le Parti dirige tout", a déclaré en octobre 2017 Xi Jinping. Il s'incarne dans les cellules implantées dans toutes les entreprises, les comités de quartier, mais aussi les cadres qui contrôlent le pays en parallèle des administrations étatiques, tant à l'échelle nationale que dans les provinces, les villes et les villages.

"C'est la plus vaste société secrète au monde et elle vit en symbiose avec l'État, explique le sinologue Jean-Pierre Cabestan, professeur de sciences politiques à l'Université baptiste de Hong Kong. Pour Xi Jinping, c'est le Parti qui apporte sa légitimité au régime, il veut donc créer un récit plus linéaire et harmonieux, et renvoyer une image bienveillante du PCC, illustrée, par exemple, par la lutte contre la pauvreté. Il cherche aussi à gommer la rupture effectuée par Deng Xiaoping en 1978-1979, celle qui a lancé les réformes et le passage d'une dictature à un régime autoritaire, et insiste sur la continuité."

Lors du spectacle au stade olympique lundi dernier, rien sur la grande famine, la révolution culturelle ou la répression de la place Tiananmen.

Dans cette logique, le régime chinois censure les événements historiques qui ne cadrent pas avec son récit.

Ainsi, lors du spectacle au stade olympique lundi dernier, on n'a rien vu de la grande famine de la fin des années 1950, de la révolution culturelle des années 1960 et de la répression de la place Tiananmen en 1989.

Les autorités encouragent même la population à dénoncer les discours, qualifiés de "nihilistes", coupables "d'attaquer, diaboliser ou calomnier" l'histoire de la révolution chinoise, au moyen d'une hot line, mise en place le 9 avril. Et ce, afin de créer "un environnement positif pour l'opinion publique".

Dans les pas de Mao

"Débattre de l'ère maoïste est impossible en Chine aujourd'hui, résume l'historienne Julia Lovell, de l'Université de Londres. Pour Xi Jinping, le culte de Mao est une façon d'accroître l'emprise du Parti, de célébrer une philosophie de lutte sans scrupules contre les adversaires et de centraliser le pouvoir personnel."

S'inscrivant toujours dans les pas de Mao, Xi a parallèlement instauré un édifiant culte de la personnalité qui sévit jusque dans les écoles et les universités, où il est obligatoire, depuis 2020, d'étudier la pensée du président Xi.

Derrière ce vernis d'unité, le Parti reste cependant divisé, même si Xi Jinping, dirigeant le plus puissant depuis Mao, règne en maître. "Il y a des mécontents", note  Jean-Pierre Cabestan, même si la plupart restent silencieux.

2018
En 2018, Xi a fait modifier la Constitution pour lui permettre de rester au pouvoir au-delà des deux mandats de 5 ans traditionnellement en vigueur.

En 2018, Xi a fait modifier la Constitution pour lui permettre de rester au pouvoir au-delà des deux mandats de 5 ans traditionnellement en vigueur. Il pourrait donc devenir lors du prochain Congrès, en 2022, le premier Président depuis Mao à rester au pouvoir plus de dix ans.

"Le pouvoir politique est né du canon", disait Mao. Citant l'Empereur Gaozu de Han, né d'une famille de paysans, qui avait renversé la dynastie Qin il y a 2200 ans, il ajoutait cependant: "On peut prendre le royaume par la force, mais on ne peut pas gouverner par la seule force." Après avoir écarté tous ses rivaux à coups de purges politiques et d'une violente campagne anticorruption, Xi Jinping doit maintenant gagner les cœurs pour se maintenir au pouvoir. C'est tout l'objet de cette semaine de célébrations.

La Chine en chiffres

  • Avec 992 super-riches (Hong Kong compris), la Chine est le pays qui compte, aujourd'hui, le plus de milliardaires en dollars, devant les États-Unis.
  • Le PCC n'a pas été fondé le 1ᵉʳ juillet 1921, mais le 23 juillet, lors d'un premier "congrès" de 13 participants, réunis dans le plus grand secret dans l'ancienne concession française de Shanghai, puis à Jiaxing à 80 km plus au sud. C’est Mao Tsé-toung qui fixera arbitrairement, 20 ans plus tard, l'anniversaire au 1ᵉʳ juillet.
  • Le budget du PCC n'est pas public. Le Parti a des ressources propres, issues des cotisations de ses membres (entre 0,5% et 2% de leurs revenus). En 2016, un journal officiel avait évoqué le chiffre de 7,08 milliards de yuans (920 millions d'euros au cours actuel) pour le total des cotisations de l'année précédente. Divisé par le nombre de membres, cela revenait à moins de 80 yuans (10 euros) par personne et par an.
  • Son patrimoine est tout aussi obscur. Le Parti est à la tête d'un empire financier et gère directement des entreprises, des hôtels ou des usines.
  • Le Parti revendique 92 millions de membres, mais ce sont les 10 millions de cadres dirigeants qui tiennent les rênes du pays, et parmi eux une élite estimée à 600.000 personnes. Au-dessus, on trouve le Comité central (200 membres), le Bureau politique (25 membres) et le Comité permanent (7 membres) et enfin le secrétaire général, Xi Jinping.
  • La plupart des historiens évaluent entre 40 et 70 millions le nombre de personnes décédées du fait de la politique du Parti depuis son arrivée au pouvoir en 1949 (épuration, famine entraînée par le "Grand bond en avant", répression au Tibet, "Révolution culturelle", massacre de Tiananmen, etc).

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