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analyse

La croissance chinoise s'essouffle, le monde s'inquiète... À tort?

La Chine voit sa reprise menacée par la forte hausse du coût des matières premières. ©AFP

La croissance chinoise a décéléré à son rythme le plus faible en un an. Pour l'Europe, cela signifie une baisse de la demande, mais aussi un coup de frein sur certains prix.

Le produit intérieur brut (PIB) de la Chine a progressé en rythme annuel de 4,9% sur la période juillet-septembre. Il s'agit d'un plus bas depuis le troisième trimestre 2020. Ce ralentissement s'était déjà imprimé au trimestre précédent, puisque la hausse était alors de 7,9%, après un bond de 18,3% en début d'année. D'un trimestre à l'autre, la croissance chinoise n'évolue que de 0,2%.

La production industrielle chinoise déçoit également, avec une hausse sur un an de 3,1%, contre 5,3% le mois précédent, alors que le consensus la donnait à +4,5%.

Ce ralentissement n'est pas une surprise

"On s'y attendait clairement et les marchés avaient largement anticipé ce chiffre", tempère Philippe Ledent, senior economist chez ING Belgique. "Évidemment, cette annonce va alimenter la volatilité actuelle, mais elle va aussi être compensée par les résultats du troisième trimestre, plutôt bons jusqu'à maintenant."

L'objectif "zéro infection", qui implique des quarantaines drastiques, bride la reprise.

Ce ralentissement est lié à deux phénomènes, explique Philippe Ledent. "Il y a un aspect conjoncturel, l'économie chinoise a connu sa forte accélération post-covid en seconde partie de 2020, alors que l'Europe a dû attendre le deuxième trimestre 2021. Il est normal qu'un an après, le chiffre soit moins vigoureux."

La seconde explication réside dans les problèmes, nombreux, qui enraient actuellement le moteur chinois. Et ceux-ci inquiètent davantage.

Nombreuses causes

La Chine a été confrontée cet été à un rebond épidémique, qui a découragé la consommation. La situation est maîtrisée, mais l'objectif "zéro infection", qui implique des quarantaines drastiques, bride la reprise.

"Il y a un gros ralentissement du secteur immobilier, lié à la volonté des autorités de réguler ce secteur, et d'autres."
Philippe Ledent
Senior economist chez ING Belgique

La Chine connaît une forte hausse du coût des matières premières, en particulier du charbon, qui alimente les centrales électriques. Celles-ci tournent actuellement au ralenti, malgré une forte demande. L'électricité est rationnée dans certaines provinces, afin d'atteindre les objectifs énergétiques dictés par le gouvernement. Les coûts de production grimpent donc, ce qui pénalise les entreprises. Les pénuries d'électricité devraient se poursuivre cet hiver...

"Il y a un gros ralentissement du secteur immobilier, lié à la volonté des autorités de réguler ce secteur, et d'autres", précise encore l'économiste d'ING. Les déboires financiers d'Evergrande, qui risque la faillite, font craindre une crise du secteur dans tout le pays, voire sur toute l'économie.

D'autres secteurs dynamiques, tels que le numérique ou les cours de soutien scolaire ont été visés, ces derniers mois, par le gouvernement, ce qui engendre de l'incertitude parmi les investisseurs. En outre, les travailleurs de ces secteurs vont être touchés directement au portefeuille.

"Ce ralentissement a des conséquences à la baisse sur le prix des matières premières."
Philippe Ledent
Senior economist chez ING Belgique

Impact négatif... et positif

"L'Europe et le reste du monde vont être impactés à deux niveaux: une moindre demande de la part de l'économie chinoise aura des répercussions sur toute l'économie. Mais surtout, il y a un problème d'approvisionnement en produits semi-finis et de biens de consommation", résume Philippe Ledent. Manque d'acier et aluminium à transformer, mais aussi de jouets pour Noël...

Mauvaise nouvelle donc, ce refroidissement chinois? Oui, mais la lecture du phénomène doit intégrer un autre élément: "ce ralentissement a des conséquences à la baisse sur le prix des matières premières", précise l'économiste d'ING. "Le cuivre se stabilise, il y a une correction sur les prix des minerais de fer et du bois. Et ça, c'est positif pour notre économie!"

Quoi qu'il en soit, les observateurs s'attendent à ce que la Banque populaire de Chine (BPC) lance prochainement de nouvelles mesures de soutien.

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