La diplomatie entre "frères", version Kim-Poutine

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Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a rencontré ce jeudi à Vladivostok le président russe Vladimir Poutine. Un premier tête-à-tête sur fond d’impasse diplomatique entre Pyongyang et Washington sur le dossier nucléaire nord-coréen

Encore une fois, c’est par le légendaire train vert blindé que Kim Jong-un est arrivé mercredi, à Vladivostok, la capitale de l’extrême-orient russe située à quelques centaines de kilomètres de la frontière avec la Corée du Nord. C’est la première fois que Kim foulait le sol russe, depuis son arrivée au pouvoir en 2011. L’objectif du déplacement? Y rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine, dont il n’a jusqu’ici pas daigné accepter les moult invitations… Or le moment semble être bien venu, après le fiasco de sa dernière entrevue avec l’impétueux président américain Donald Trump, en février, à Hanoï.

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Kim Jong-un et Vladimir Poutine ont entamé leur sommet inédit par une poignée de main, ce jeudi à Vladivostok, affichant leur volonté de profiter de cette rencontre pour définir les moyens qui permettront de résoudre la question nucléaire dans la péninsule coréenne. Le président russe a déclaré qu'il se réjouissait des efforts du dirigeant nord-coréen pour normaliser les relations entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, et le numéro un de Pyongyang a pour sa part estimé que ce sommet en Russie contribuerait à coordonner les positions des deux pays.

"Nous venons d'avoir un échange d'opinions très substantiel sur des questions qui nous intéressent mutuellement", a déclaré Kim Jong Un à l'issue de la rencontre, remerciant Poutine pour "un très bon moment".

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Après 5 heures de discussions,  Vladimir Poutine s'est dit satisfait. "Nous, mes collègues et moi, sommes satisfaits des résultats de ces discussions". Il a précisé que l'approche russe du dossier coréen coïncidait en partie avec la politique américaine, mais a estimé que des accords bilatéraux sur la sécurité ne seraient pas suffisants.

Pyongyang doit recevoir de la communauté internationale des garanties pour sa sécurité et sa souveraineté en échange de la dénucléarisation, a expliqué le président russe. "La chose la plus importante est de… restaurer le pouvoir du droit international et de revenir à une situation où le droit international, et non le droit du plus fort, détermine les choses dans le monde."

Des enjeux de taille

"Moins visible, leur alliance est quelque chose de concret et de terrain."
Juliette Morillot
coréanologue

Pour Juliette Morillot, coréanologue, ancienne directrice de séminaire sur les relations intercoréennes à l’École de guerre de Paris et co-auteur du " Monde selon Kim Jong-un " (avec Dorian Malovic, Robert Laffront), les enjeux du sommet sont de taille. "Pour Kim, il s’agit de s’assurer d’avoir tous les alliés autour de lui, surtout après l’échec de Hanoï. Après ses rencontres avec Moon, Xi et Trump, il est évidemment important pour lui de rencontrer Poutine, d’autant plus que cela lui permettrait de réinviter dans les négociations tous les partisans. Pour Poutine, l’enjeu est de remettre la Russie dans le jeu et de reprendre la main sur cet énorme dossier qu’est le nucléaire nord-coréen, dont elle a été de facto exclue depuis l’apaisement de la tension sur la péninsule coréenne. La Russie a toujours été présente dans cette partie du monde, elle n’a aucun intérêt de laisser le dossier aux Etats-Unis ou à la Chine. Il est éminemment symbolique que Poutine puisse rencontrer Kim", explique-t-elle.

Il faut rappeler que l’URSS fut la première à soutenir et financer la toute jeune République populaire démocratique de Corée (RDPC) dès la naissance de celle-ci en 1948. Depuis la chute de l’Union soviétique, les liens entre les deux "frères" sont pourtant restés tendres. Moscou demeure un partenaire économique important de Pyongyang, derrière Pékin. Malgré les sanctions de l’ONU à l’encontre de Pyongyang, environ 10.000 expatriés nord-coréens travaillent en Russie, ce qui constitue une source de devises considérables pour le régime le plus opaque au monde.

"Les liens économiques n’ont jamais été rompus entre la Russie et la Corée du Nord. Moins visible, leur alliance est quelque chose de concret et de terrain. Il existe une grande confiance entre les Russes et les Nord-Coréens, plus que celle entre les Nord-Coréens et les Chinois", souligne Juliette Morillot. Un exemple édifiant: Moscou a annulé en 2012 près de 90% de la dette de Pyongyang, soit près d’une dizaine de milliards d’euros.

Or aucune percée ne semble être à l’ordre du jour de ce premier sommet. Le Kremlin a déclaré que ni communiqué commun ni signature d’accords ne sont prévus.

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