La fin d'un pays, deux systèmes à Hong Kong

La police chinoise est mobilisée face aux manifestants à Hong Kong. ©AFP

La trêve liée au coronavirus n’aura pas duré bien longtemps à Hong Kong. Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues le week-end dernier pour protester contre un nouveau coup de canif dans l’autonomie du territoire rétrocédé à la Chine en 1997.

À l’origine de ce regain de violences, un texte qui doit être voté cette semaine par le parlement chinois réuni en session extraordinaire à Pékin et qui vise à punir la "trahison, la sécession, la sédition et la subversion" à Hong Kong. Des notions suffisamment larges aux yeux du Parti communiste pour mettre en danger des activistes militant pour plus de démocratie dans l’île.

"Aucune ingérence extérieure n'est permise."
Wang Yi
Ministre chinois des Affaires étrangères

"Aucune ingérence extérieure n'est permise", a prévenu le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, allant jusqu’à accuser les États-Unis d’être derrière les manifestations, il a lancé: "Nous sommes au bord d’une nouvelle guerre froide". Hier encore, le porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a enfoncé le clou promettant des mesures de rétorsion si Washington continuait à s’"ingérer" dans les affaires de la Chine.

Aucune sanction européenne

Car Hong Kong cristallise l’opposition entre Pékin et Washington qui n’a fait que s’envenimer depuis l’épidémie de Covid-19. Si l’Union européenne se contente pour l’instant d’"exhorter la Chine à respecter l’autonomie de Hong Kong" ne prévoyant aucune sanction, les États-Unis eux se mettent en ordre de bataille. "Les États-Unis vont probablement réviser le Hong Kong Policy Act, qui régit les relations commerciales et économiques entre Washington et Hong Kong. Mais ils vont le faire prudemment pour ne pas pénaliser les entreprises américaines actives sur le territoire. Ils vont prendre des sanctions ciblées contre les personnes qu'ils auront identifiées comme responsables de cette nouvelle loi et de tout acte liberticide à Hong Kong", précise Jean-Pierre Cabestan, sinologue et professeur de sciences politiques à l’Université baptiste de Hong Kong.

"Ce texte met en danger la vie démocratique à Hong Kong."
Jean-Pierre Cabestan
Sinologue

Car ce texte fait peser un risque majeur sur l’autonomie de ce territoire pourtant garantie selon le traité signé avec la couronne britannique jusqu’en 2047. "Ce texte met en danger la vie démocratique à Hong Kong, s’inquiète Jean-Pierre Cabestan, il permet à Pékin et à ses bureaux de sécurité d'État à Hong Kong de restreindre les libertés dont ils estiment qu'elles portent préjudice à la souveraineté du pays, à la sécurité des personnes, ou à la légitimité du Parti communiste chinois et de son système politique. Seront ciblés ceux qui militent pour l'indépendance de Hong Kong ou même de Taïwan". Le régime communiste a déjà précisé que des policiers chinois seraient susceptibles d’être déployés sur le territoire pour épauler les forces hongkongaises si besoin.

"C'est la fin de Hong Kong et la fin du principe 'un pays, deux systèmes'", regrette pour sa part le député démocrate hongkongais Dennis Kwok. Même son de cloche pour Joshua Wong, la figure de proue de l’opposition démocrate qui se dit prête à se battre jusqu’au bout que Hong Kong conserve son autonomie.

-30
%
Les loyers ont baissé de 30% depuis le début de l'année à Hong Kong.

Mais le vrai danger pour Pékin est double. D’abord la République populaire s’expose à une fronde générale de la part de la population qui veut résister à cette nouvelle loi. Des manifestations monstres comme en juin dernier témoignent d'un attachement profond des Hongkongais à leurs libertés fondamentales. Autre risque, celui de voir s’effriter le lustre de cette ville qui accueille la troisième place financière du monde. Depuis un an, on constate une hémorragie des capitaux vers le Japon et Singapour, certaines multinationales envisagent de délocaliser leurs activités et les loyers ont même baissé de 30% depuis le début de l’année dans cette ville, l’une des plus chères du monde.

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