La population du Haut-Karabakh sous le feu des bombes

Un homme transporte des sacs avec des biens alimentaires dans les rues de Stepanakert, capitale du Haut-Karabakh. ©AFP

Les civils vivent terrés dans les sous-sols, par crainte des bombardements de l’armée azérie. Maître du ciel, l’Azerbaïdjan est en position de force.

Devant une petite baraque de pierres, trois garçons montent la garde, habillés de treillis militaires: "Ce sont mes fils, ils attendent d’être appelés pour le front", lance Armen. Sur les hauteurs de Chouchi, au cœur du Haut-Karabakh, ce paysan est déterminé à rester, malgré la guerre: "J’ai envoyé ma femme et mes filles en Arménie, mais je ne partirai pas. Je n’abandonnerai pas ma terre".

La vie souterraine

Les fenêtres de sa maison sont à moitié éclatées. Elles ont été soufflées dans les derniers bombardements: "Les drones azéris sèment la terreur", affirme Armen, les yeux rivés au ciel. Dans sa baraque, une petite pièce remplie de vivres. Au sol, une trappe se dessine. Des escaliers descendent sous terre: "C’est ici qu’on passe nos nuits depuis trois semaines".

"Je ne partirai pas. Je n’abandonnerai pas ma terre."
Armen
Paysan du Haut-Karabakh

Des lits sont alignés le long d’une pile de bois. "On a de la nourriture, de l’eau et de la vodka pour tenir 10 jours", lance-t-il en pointant du doigt les provisions empilées dans un coin de la pièce. Deux fusils sont posés contre un mur: "Et ça, c’est pour nous défendre si les Azéris atteignent Chouchi". Il fixe son bunker. "Tous les habitants du Haut-Karabakh dorment dans des abris souterrains comme celui-ci." Car la nuit tombée, le ciel du Haut-Karabakh s’embrase.

Quelques kilomètres plus loin, à Stepanakert, la scène se répète. La "capitale" du Haut-Karabakh a des airs de ville-fantôme. Les civils qui n’ont pas fui sont terrés dans les sous-sols, où une vie alternative s’est recréée: "On habitait le bâtiment du dessus", affirme Nariné, "on est tous descendus à la cave pour se protéger des bombardements". Dans son abri, tout est prévu pour assurer un confort minimal: "l’électricité et l’eau sont reliées aux appartements du haut, on fait notre propre pain, et on a même descendu des télévisions", lâche-t-elle, le sourire aux lèvres.

Attablé dans un coin du bunker, un homme soupire. Un bandage masque la moitié de son visage. "J’ai été blessé par un drone", affirme Nicolas, "je ne sors qu’au petit matin pour me laver et faire quelques courses. Le soir, les Azéris lâchent leurs machines à tuer sur la ville."

Déséquilibre militaire

Depuis le début de son offensive le 27 septembre, l’Azerbaïdjan dispose d’une supériorité militaire criante. Les Arméniens du Haut-Karabakh peuvent certes compter sur leur artillerie et les 300 tanks venus de Russie. Mais les Azéris ont la maîtrise du ciel: "Bakou a réalisé des opérations complexes impliquant l'usage d'une variété notable de drones, qu’ils soient de reconnaissance, de combat, et même kamikazes", affirme Émile Bouvier, spécialiste de la région. Une technologie de pointe achetée à la Turquie et à Israël. "Appuyée de ses drones", l’armée azérie a ainsi pu récupérer de vastes plaines, "sans difficulté majeure", selon le chercheur.

Les Arméniens du Haut-Karabakh peuvent compter sur leur artillerie et les 300 tanks venus de Russie.

L’Azerbaïdjan cherche à reprendre le contrôle du Haut-Karabakh qui a fait sécession en 1991 et des sept districts occupés par l’Arménie depuis 1994, à l’issue de la Première guerre du Haut-Karabakh. Pour cela, Bakou peut compter sur le soutien d’Ankara. "La Turquie à l’ouest, l’Azerbaïdjan à l’est, nous sommes seuls, entourés d’ennemis", affirme Nariné.

Depuis le début du conflit, Erevan peine à mobiliser ses alliés. La Russie est certes liée à l’Arménie à travers l’Organisation du traité de sécurité collective, mais Moscou tente de ménager l’Azerbaïdjan, un ancien État de l’Union soviétique et un partenaire de taille.

L’avantage des montagnes

Dans les sous-sols de Stepanakert, les habitants ne cachent pas leur peur face à l’avancée azérie. "Certains parlent d’un nouveau génocide qui se prépare", lance Rosana, l’air abattu. "Mais nous allons vaincre !", lui rétorque Nariné.

"Les forces armées du Haut-Karabakh ont pour elles l’avantage des montagnes. Ce relief fournit un atout tactique majeur aux défenseurs et n’offre que des contraintes à l’assaillant."
Émile Bouvier
Spécialiste de la région

Malgré sa supériorité militaire, Bakou fait face à une défense arménienne solide. Les forces armées du Haut-Karabakh ont pour elles l’avantage des montagnes, selon Émile Bouvier: "Ce relief fournit un atout tactique majeur aux défenseurs et n’offre que des contraintes à l’assaillant. Au vu de la facilité de camouflage et de caches qu’offrent les montagnes, les drones ne représenteront plus qu’un gain opérationnel mineur pour les forces azéries."

Et si Bakou s’aventure trop profondément dans le Haut-Karabakh, la Russie pourrait entrer en guerre, au secours des Arméniens.

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