Le Japon va rejeter l’eau contaminée de Fukushima dans l’océan

©EPA

L’eau contaminée s’accumule sur le site de la centrale sinistrée en mars 2011. La saturation étant proche, le gouvernement a accepté l’idée d’un rejet dans l’océan, qui devrait commencer dans deux ans.

Les fortes oppositions n’ont pas empêché le Japon d’opter, ce mardi, pour le rejet dans l’océan de l’eau contaminée stockée à la centrale nucléaire Fukushima Dai-ichi. Cette eau a servi au refroidissement des réacteurs ayant subi une fusion des cœurs au moment du séisme et du tsunami de mars 2011 dans le nord-est de l’archipel. La compagnie d’électricité de Tokyo (Tepco, propriétaire de la centrale) la traite pour réduire la présence des nucléides et l’entrepose dans des réservoirs, au rythme de 170 tonnes par jour. Le 18 mars, l’entreprise en avait accumulé 1,25 million de tonnes. La limite de stockage devrait être atteinte à l’automne 2022.

Dans ce contexte, le premier ministre, Yoshihide Suga, a jugé "réaliste" le rejet de cette eau dans l’océan. C’est une question "inévitable dans le cadre du démantèlement de la centrale", a-t-il ajouté, précisant que l’opération se ferait en toute sécurité.

Le déversement ne devrait pas commencer avant 2023, Tepco devant réaliser des aménagements, sous la supervision de l’Autorité de régulation du nucléaire (ARN, gendarme nippon de l’atome). L’un des problèmes est que 80% de l’eau des réservoirs reste chargée de soixante-deux nucléides, dont du strontium-90 et du césium-137, à des niveaux supérieurs aux normes. En cause, l’insuffisance du traitement effectué, par un système de filtration appelé ALPS (Advanced Liquid Processing System).

Pour le rejet, Tepco prévoit donc un second traitement, ainsi qu’une dilution, pour réduire la présence des nucléides à des niveaux acceptables. Il pourrait néanmoins rester, au moment du déversement, du cobalt 60, du carbone 14 et surtout du tritium que le système ALPS ne peut extraire.

Le choix du rejet conclut près de sept années de réflexion, vite orientée vers deux procédés pour se débarrasser de l’eau : l’évaporation dans l’atmosphère et le déversement dans l’océan. En février 2020, une commission du ministère de l’économie (METI, en charge de l’industrie nucléaire) les présentait comme "réalistes". Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA, organe onusien), Rafael Grossi, parlait du rejet comme d’une technique "correspondant aux normes en vigueur" dans l’industrie nucléaire mondiale.

1,37
million de tonnes
La capacité maximale de stockage de l’eau contaminée à la centrale de Fukushima, qui devrait être atteinte à l’automne 2022

Cela n’a pas calmé les critiques, même si le gouvernement a promis des aides pour compenser les pertes des secteurs affectés par le déversement et si Tomoaki Kobayakawa, le président de Tepco, s’est engagé à "fournir toutes les explications nécessaires".

Plus de 300 personnes ont manifesté devant le bureau du premier ministre à Tokyo pour exprimer leur opposition. Hiroshi Kishi, le président de la JF Zengyoren, la fédération nationale des coopératives de pêche, a qualifié la décision d'"extrêmement regrettable" et de "totalement inacceptable".

À l’international, Pékin a parlé d’un choix "extrêmement irresponsable" et préjudiciable aux pays voisins. À Taïwan, le Conseil de l'énergie atomique – l’organisme public de régulation de l’atome – a exprimé son opposition et le gouvernement sud-coréen s’est réuni dans l’urgence tout en exprimant sa"ferme opposition" à la mesure. 

Les ONG, comme Greenpeace, déplore une décision qui doit se traduire par le rejet dans l’océan de tritium, potentiellement dangereux pour la santé car pouvant atteindre l’ADN. L’association japonaise Tanpoposha a regretté un choix avant tout économique – le rejet dans l’océan est l’option la moins chère – alors que d’autres options étaient possibles.

Le résumé

  • Le Japon va rejeter dans l'océan Pacifique, après traitement, plus d'un million de tonnes d'eau contaminée provenant de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima.
  • Cette solution est très contestée au Japon, par les ONG environnementales mais aussi par les pays voisins, comme la Chine.

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