Le jour "le plus noir de la démocratie indienne"

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Le gouvernement indien révoque l'autonomie constitutionnelle du Cachemire, région himalayenne troublée, également revendiquée par le Pakistan. Une reprise en main des affaires locales par le pouvoir central indien se dessine.

Aujourd'hui marque le jour le plus noir de la démocratie indienne.
Mehbooba Mufti
ex-cheffe de l'exécutif du Jammu-et-Cachemire

Le gouvernement indien a annoncé la révocation de l'autonomie constitutionnelle du Cachemire, une décision explosive pour cette région en proie à une insurrection séparatiste. L'annonce a été faite par le ministre de l'Intérieur Amit Shah face au Parlement indien.

Les autorités nationalistes hindous ont passé un décret présidentiel abolissant un statut spécial d'autonomie de l'État du Jammu-et-Cachemire qui était garanti par la Constitution indienne. Le président nationaliste Narendra Modi a décidé de s'yattaquer. L'annonce a entraîné une énorme cacophonie dans les rangs de l'opposition. 

La situation dans la région

Le Cachemire est divisé de fait entre l'Inde et le Pakistan depuis la partition de l'empire colonial britannique des Indes en 1947, qui le revendiquent tous deux. Les deux frères ennemis d'Asie du Sud se sont livré deux guerres à son sujet. Une insurrection séparatiste fait aussi rage depuis 1989 au Cachemire indien et a coûté la vie à plus de 70.000 personnes, principalement des civils. New Delhi accuse son voisin de soutenir en sous-main les groupes armés à l'oeuvre dans la vallée de Srinagar, ce que le Pakistan a toujours démenti.

 

Concrètement, le plan est d'enlever au territoire du Jammu-et-Cachemire son statut d'Etat indien pour devenir un "territoire de l'Union", soit une division administrative de la République. La région bénéficierait cependant d'une législature, garantissant une forme d'autonomie. Le Ladakh, région du Jammu-et-Cachemire à majorité bouddhiste, deviendrait également un "territoire de l'Union", mais sans législature.  Donc, le Jammu-et-Cachemire serait divisé en deux territoires. 

La décision unilatérale du gouvernement indien d'abolir l'article 370 est illégale et inconstitutionnelle et fera de l'Inde une force d'occupation au Jammu-et-Cachemire.
Mehbooba Mufti
ex-cheffe de l'exécutif du Jammu-et-Cachemire


Ce projet doit encore être approuvé par l'assemblée, mais le Bharatiya Janata Party (BJP) du Premier ministre Narendra Modi et ses alliés y ont la majorité absolue, il devrait donc passer sans encombre. 

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Suite à cette annonce, on peut craindre une nouvelle explosion de violence. Ces dix derniers jours, New Delhi a envoyé en renfort près de 80.000 paramilitaires, dans une zone hautement militarisée où elle compte déjà près d'un demi-million d'hommes. Ce lundi, déplacements et rassemblements avaient été interdits; les écoles ont été fermées. Internet a été coupé. Plusieurs dirigeants politiques ont été assignés à résidence.

"Cela aura des conséquences catastrophiques pour le sous-continent. Les intentions du gouvernement de l'Inde sont claires. Ils veulent s'emparer du territoire du Jammu-et-Cachemire en terrorisant son peuple", a regretté l'ancienne cheffe de l'exécutif de la région concernée, Mehbooba Mufti.

Le Pakistan a qualifié d'"illégale" la révocation par l'Inde de l'autonomie constitutionnelle du Cachemire indien.

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