Le Pakistan change de ton face à New Delhi

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Le président pakistanais Imran Khan a durci le ton face à New Delhi, menaçant à demi-mots l'État indien de représailles en cas de nouvelle escalade et mettant en cause l'aile droite du parti de Narendra Modi, le Premier ministre indien.

 

"Nous avons décidé que si l'Inde commettait une violation, nous nous battrons jusqu'au bout", s'est enflammé Imran Khan lors d'un discours à Muzaffarabad. Dans la capitale du Cachemire pakistanais, il a assuré que l'armée détenait des "informations solides selon lesquelles ils (l'Inde) ont l'intention de faire quelque chose au Cachemire pakistanais." Jeudi dernier pourtant, le ton était à l'apaisement. Le ministre des Affaires étrangères Shah Mehmood Qureshi assurant alors qu'Islamabad privilégiait plutôt les options politiques, diplomatiques et juridiques.

Le moment est venu de donner une leçon à l'Inde !
Imran Khan
Président du Pakistan

"Suprématie hindoue"

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Ce dimanche déjà, le Président pakistanais taclait violemment le régime indien. Annonçant sur Twitter un génocide en préparation à l'encontre des Cachemiris musulmans, il a accusé l'Inde de se complaire dans l'idéologie du RSS, le Rashtriya Swayamsevak Sangh ("Organisation Nationale des Volontaires"). Cette organisation paramilitaire nationaliste est très étroitement liée au Bharatiya Janata Party, le parti du Premier ministre indien Narendra Modi, et a souvent été condamnée pour ses prises de position extrémistes et son idéologie raciale. C'est d'ailleurs par la main d'un militant du RSS qu'a été assassiné le Mahatma Gandhi.

Imran Khan a en outre mis en exergue le fait que l'idéologie du régime nazi était selon lui sensiblement similaire à celle véhiculée par la RSS, dont les dirigeants étaient des admirateurs assumés d'Adolf Hitler durant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs fois interdit, le RSS est à chaque fois revenu sur le devant de la scène, à chaque fois plus extrémiste, jusqu'à étendre sa politique d'exclusion non plus seulement aux musulmans, mais aussi aux chrétiens et aux bouddhistes dans les années 1990. Le Président pakistanais appelle à une réaction de la communauté internationale, lançant dans un tweet ironique ce dimanche "Le monde va-t-il se contenter d'observer et d'apaiser, comme il l'a fait avec Hitler à Munich?"

Crise interne selon New Delhi

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L'Inde a pour sa part réaffirmé le caractère purement intérieur de la crise cachemirie, refusant toute médiation internationale. Le 4 août dernier, c'est la révocation par le Parlement indien de l'autonomie constitutionnelle de la partie du Cachemire gouvernée par l'Inde qui a relancé les tensions. La scission de l'État du Jammu-et-Cachemire a également été votée par le Parlement, un autre moyen pour New Delhi d'asseoir son autorité sur la région et réduire drastiquement son autonomie. Enfin, pour parfaire sa mainmise et étouffer la contestation, ce sont plus de 80.000 paramilitaires indiens qui ont été dépêchés sur place, dans une région déjà parmi les plus militarisées du monde.

 

Cela fait maintenant dix jours que dure la crise. Depuis, l'Inde a coupé toutes les communications et imposé un couvre-feu. Couvre-feu qui sera assoupli dès la fin des célébrations de la fête nationale de l'Indépendance prévues ce jeudi. La coupure des communications restera quant à elle en vigueur jusqu'à nouvel ordre. Depuis 1947 et la partition des Indes britanniques, trois guerres ont déjà opposé l'Inde et le Pakistan. Deux d'entre elles concernaient le Cachemire.

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