Le plan de Shinzo Abe ne convainc pas

©AFP

Le gouvernement japonais a approuvé un "audacieux" plan de relance, sans convaincre les analystes qui veulent des réformes structurelles.

L'économie japonaise donne du fil à retordre au président Shinzo Abe: surendettement, contexte international morose, déclin démographique ou encore déflation. Du coup, il a décidé de prendre le taureau par les cornes en proposant un plan massif de relance de 28.000 milliards de yens (240 milliards d'euros) s'étalant sur plusieurs années.

"Nous avons pu assembler un plan solide qui comprend d'audacieux investissements pour l'avenir."
Shinzo Abe
Premier ministre

Concrètement, ce plan vise notamment à:

• Lutter contre le déclin démographique en facilitant notamment la garde d'enfants au pays de la dénatalité, où les plus de 65 ans représentent près de 27% de la population.
• Favoriser le tourisme et l'agriculture.
• Aider les régions sinistrées par les séismes de mars 2011 (nord-est) et d'avril dernier (sud-ouest).
• Soutenir des entreprises affectées par le vote sur le Brexit en juin ayant provoqué un raffermissement du yen préjudiciable aux sociétés exportatrices.
• Promouvoir de grands projets d'infrastructures (ports, aéroports...) grâce à 6.000 milliards de yens de prêts à bas coût.

Les grandes lignes ont été approuvées par l'équipe gouvernementale mardi, mais il restera à les faire avaliser via une loi de finances au Parlement courant septembre. Une formalité a priori, la coalition réunie autour de Shinzo Abe ayant encore consolidé sa majorité lors des élections sénatoriales du 10 juillet.

"Il n'y a rien de révolutionnaire"

Mais l'enthousiasme des analystes n'est pas au rendez-vous. Un quart seulement des 28.000 milliards de yens correspond à de nouvelles dépenses, pas de quoi ranimer une économie atone. Comme le pronostiquaient les observateurs, les investissements directs de l'Etat et des collectivités locales sont finalement très réduits: ils se limitent à 7.500 milliards de yens (65 milliards d'euros), dont 4.600 milliards de yens (40 milliards d'euros) de rallonge budgétaire pour l'exercice en cours qui s'achèvera en avril 2017.

Ces largesses budgétaires, énièmes d'une longue série dans un pays surendetté (près de 250% du PIB), s'inscrivent dans un contexte international difficile, le ralentissement des pays émergents s'ajoutant au Brexit, qui compromet une reprise déjà fragile. Parallèlement, la Banque du Japon (BoJ) a procédé vendredi à des ajustements de sa politique monétaire ultra-accommodante.

Plus de trois ans après le lancement de la stratégie "abenomics", qui comprend des mesures de Shinzo Abe articulée autour de trois axes (budgétaire, monétaire et structurel), le président japonais et le gouverneur de la BoJ, Haruhiko Kuroda, n'ont toujours pas réussi à vaincre la déflation et à accroître le potentiel de croissance de l'archipel.

"Ce dont le Japon a besoin, c'est de doper la demande et d'augmenter la productivité via la dérégulation."
Masaki Kuwahara
Économiste chez Nomura Securities

"On peut attendre un certain effet d'impulsion", a commenté Masaki Kuwahara, économiste chez Nomura Securities, mais "ce dont le Japon a besoin, c'est de doper la demande et d'augmenter la productivité via la dérégulation", autrement dit via des réformes structurelles. "Il n'y a rien de révolutionnaire", ont renchéri des analystes de Mizuho dans une note. Depuis l'explosion de la bulle en 1990, "quelque 26 plans de relance ont été recensés", ont-ils rappelé, avec des effets très limités sur la croissance.

Dans un récent document publié à l'issue d'une mission dans l'archipel, le Fonds monétaire international (FMI), qui anticipe une modeste croissance de 0,3% en 2016, s'inquiétait d'un "dynamisme économique qui flanche après les succès initiaux des abenomics". Ses préconisations: pousser les salaires à la hausse et réduire les inégalités du marché du travail pour agir sur la consommation des ménages, dans les limbes depuis des mois.

Le gouvernement doit par ailleurs annoncer mercredi un remaniement de petite ampleur, mais les hommes forts devraient rester à leur poste, selon des informations de presse, à l'image du ministre de la Revitalisation économique Nobuteru Ishahara, de son collègue des Finances Taro Aso ou encore du chef de la diplomatie Fumio Kishida.

©EPA

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés