Le pouvoir calme le jeu à Hong Kong

La cheffe de l'exécutif hongkongais est confrontée à des manifestations et une crise politique suite au projet de loi qui aurait permis l'extradition de suspects vers la Chine continentale. ©AFP

La cheffe de l’exécutif à Hong Kong, Carrie Lam, retire la proposition de loi rejetée par la société civile. Ce retrait est une des cinq revendications des manifestants. La crise politique n’est pas terminée pour autant.

Une petite victoire certes, mais une victoire quand même pour les manifestants hongkongais qui défilent dans les rues depuis avril dernier. Ce mercredi, la cheffe de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, a annoncé officiellement le retrait d’ici octobre d’un projet de loi controversé. Cette proposition de loi consistait à autoriser l’extradition de Hong Kong vers la Chine de toute personne considérée par Pékin comme "fugitive".

Hong Kong, ancienne colonie britannique, a été cédé en 1997 par le Royaume-Uni à la Chine. Cette région a alors bénéficié d’un régime spécial, "un pays, deux systèmes" et est devenu une société libre placée sous le giron de la dictature chinoise. "Les Hongkongais ont le sentiment que petit à petit Pékin grignote les libertés et remet en cause l’État de droit de Hong Kong", remarque Emmanuel Dubois de Prisque, chercheur associé à l’Institut Thomas More et coauteur de l’ouvrage "La Chine e(s)t le monde".

"Le gouvernement retirera officiellement le projet de loi afin d'apaiser complètement les inquiétudes de la population."
Carrie Lam
Cheffe de l'exécutif de Hong Kong

Ce projet de loi est ainsi vu, par cette région semi-autonome, comme une tentative de la Chine d’accroître son contrôle sur Hong Kong. L’annonce de cette loi en avril dernier a suscité un vent de contestation sans pareil. Des milliers de manifestants sont sortis dans la ville pour crier leur opposition. Le 15 juin, le texte est suspendu mais les opposants veulent son abandon total. Deux millions de personnes envahissent alors les rues et affirment leur volonté de garder leur justice indépendante du contrôle chinois. S’ensuivent alors des semaines de conflits et d’actions quotidiennes contre le gouvernement qui vit sa pire crise politique depuis 1997.

Un projet déjà "mort"

Le temps presse: la Chine s’apprête à fêter les 70 ans de la République populaire.

Cinq principales revendications ont vu le jour, comme l’instauration du suffrage universel direct pour l’élection du chef de l’exécutif, la mise en place d’une commission d’enquête indépendante sur les violences policières ou encore la démission de la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam.

Selon la cheffe de l’exécutif, le projet de loi sera donc formellement abandonné en octobre. Pour Emmanuel Dubois de Prisque, ce retrait reste une stratégie: "C’est une reculade qui met en scène quelque chose qui avait déjà été acté le 9 juillet lorsque Carrie Lam avait déclaré que le projet était ‘mort’. Elle tente cependant de présenter ce retrait comme une concession faite à la société hongkongaise."

Urgence

Du côté des opposants, la méfiance est de mise. Joshua Wong, une des figures de proue du mouvement des parapluies de 2014 et précurseur de la contestation actuelle, a répondu sur sa page Facebook "Trop peu, trop tard". Les mouvements contestataires ont déjà affirmé vouloir continuer à manifester pour les autres revendications.

Mais le temps presse, d’après Emmanuel Dubois de Prisque, qui rappelle que le 1er octobre prochain, la Chine et son président Xi Jinping se préparent à fêter les 70 ans de la République populaire: "Dans un contexte de fête patriotique comme celui-là, le gouvernement chinois a tout intérêt à tenter de dégonfler les manifestations et de faire en sorte que les manifestants passent pour des extrémistes."

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