"Le procès de la honte" s'ouvre en Turquie

©AFP

Le procès de 17 journalistes du quotidien d'opposition turc Cumhuriyet s'ouvre ce lundi. Soutenus par une large frange de la population, ils sont accusés par le président Erdogan de soutien à des "organisations terroristes armées".

Le procès de plusieurs journalistes de l'emblématique quotidien d'opposition turc Cumhuriyet, accusés de soutien à des "organisations terroristes armées", s'est ouvert ce lundi matin à Istanbul. Au total, 17 journalistes, dirigeants et autres collaborateurs actuels ou passés de Cumhuriyet, un quotidien farouchement critique du président turc Recep Tayyip Erdogan, sont jugés.

©EPA

Le procès, qui cristallise les inquiétudes liées à la liberté de la presse en Turquie, a démarré avec la déclinaison de l'identité des accusés, accueillis dans la salle d'audience par des applaudissements de la foule venue les soutenir. Les collaborateurs de Cumhuriyet sont accusés d'avoir aidé une ou plusieurs "organisations terroristes", selon l'acte d'accusation, qui cite:

  • Les séparatistes kurdes du PKK
  • Un groupuscule d'extrême gauche appelé DHKP-C
  • Le mouvement du prédicateur exilé aux Etats-Unis Fethullah Gülen, accusé d'avoir fomenté le putsch manqué de l'été dernier, ce que l'intéressé nie catégoriquement.

De nombreuses personnes, dont des journalistes et des députés de l'opposition, s'étaient rassemblées devant le tribunal dans la matinée, procédant à un lâcher de ballons multicolores et scandant: "la presse libre ne peut être réduite au silence". Nombre de Turcs qualifient ce procès de "procès de la honte".

©EPA

Pour les défenseurs des droits de l'homme, cette affaire est emblématique de l'érosion des libertés depuis le putsch manqué du 15 juillet 2016, suivi de purges massives qui ont submergé les milieux critiques, des élus prokurdes aux médias, en passant par des ONG.

Cumhuriyet ("République"), l'un des plus anciens journaux turcs, s'est forgé une solide réputation à force de scoops embarrassants pour le pouvoir. Aujourd'hui, il dénonce un procès politique visant à abattre l'un des derniers organes de presse indépendants du pays.

"Une épreuve pour la Turquie"

©EPA

"Ce procès est une épreuve pour la Turquie", a estimé avant le début du procès Aydin Engin, l'un des éditorialistes qui comparaît libre. "Recep Tayyip Erdogan dit que la justice est neutre en Turquie, nous allons voir" si c'est le cas, a-t-il ajouté.

"Le procès de Cumhuriyet est celui du journalisme en Turquie", a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de l'ONG Reporters sans frontières (RSF). "Des journalistes sont traités comme des terroristes pour n'avoir fait que leur travail", a-t-il dit. 

©AFP

Certains des plus grands noms du journalisme turc figurent parmi les accusés, comme le chroniqueur francophone Kadri Gürsel, le journaliste d'investigation Ahmet Sik ou encore le féroce caricaturiste Musa Kart. Mais aussi le patron du journal, Akin Atalay, et le rédacteur en chef, Murat Sabuncu.

 Autre accusé de renom, Can Dündar, l'ancien rédacteur en chef, s'était attiré les foudres d'Erdogan après avoir publié en 2014 un article affirmant qu'Ankara livrait des armes à des islamistes en Syrie. Exilé en Allemagne, il est jugé par contumace.

Onze des accusés sont en détention préventive, la plupart depuis près de neuf mois. Ils risquent jusqu'à 43 ans de prison.

©AFP

Selon le site P24, spécialisé dans la liberté de la presse, 167 journalistes sont détenus en Turquie, dont la majorité dans le cadre de l'état d'urgence décrété après la tentative de putsch. La Turquie occupe la 155e place sur 180 au classement 2017 de la liberté de la presse établi par RSF.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés