analyse

Les forces occidentales abandonnent l'Afghanistan face aux talibans

Des soldats de l'OTAN inspectent les lieux d'un attentat suicide qui visait un point de contrôle, à Kaboul. ©EPA

Les États-Unis et les forces de l'Otan auront quitté l'Afghanistan pour le 11 septembre prochain. Leur départ laisse le gouvernement afghan seul face à des talibans prêts à reprendre le pouvoir.

Le 11 septembre prochain, vingt ans après avoir renversé le régime taliban pour son soutien au groupe terroriste Al-Qaïda, l'armée américaine aura quitté l'Afghanistan. Le retrait sera généralisé aux forces de l'Otan et à six pays alliés, qui disposent de 9.600 soldats sur place, dont une septantaine de belges, dans le cadre de l'opération "Resolute Support".

Pour le président afghan Ashraf Ghani, le défi est grand. Ce pays d'Asie centrale, ravagé par des décennies de guerre, pourrait basculer à nouveau entre les mains des talibans, un mouvement islamiste armé ayant imposé la charia de 1996 à 2001, prônant l'asservissement de la femme et interdisant la culture occidentale.

"Il est temps de mettre fin à la plus longue guerre de l'Amérique. Il est temps que les troupes américaines rentrent à la maison."
Joe Biden
Président des États-Unis

Les 30 États membres de l'OTAN ont arrêté leur décision mercredi, lors d'une visioconférence. Le retrait débutera le 1er mai, laissant le gouvernement afghan seul face à des talibans persuadés de reprendre le pouvoir après une offensive. Pour de nombreux experts, les autorités ne sont pas dotées de l'autorité suffisante dans un pays toujours sous contrôle des chefs de guerre.

"Il est temps de mettre fin à la plus longue guerre de l'Amérique. Il est temps que les troupes américaines rentrent à la maison", a déclaré mercredi le président des États-Unis Joe Biden. Le retrait américain sera intégral. Seules les forces spéciales devraient continuer à intervenir "en cas de nécessité".

Plus de 2.400 soldats américains sont morts en Afghanistan, depuis que les États-Unis ont déclaré la guerre après les attentats du World Trade Center. Le pays abritait les bases arrière d'Al-Qaïda. Les troupes américaines avaient été réduites par le président Obama, après l'exécution d'Oussama ben Laden par les Seals en 2011.

"Lorsque le moment sera venu pour l’armée américaine de se retirer, la capacité du gouvernement américain à détecter les menaces et à y réagir diminuera."
William Burns
Chef de la CIA

L'étape suivante aura lieu le 24 avril prochain à Istanbul, où se tiendront les négociations pour la formation d'un gouvernement provisoire et l'organisation d'élections en 2022. Mais les talibans ont annoncé qu'ils n'y participeront pas.

Un retrait critiqué

Le retrait des troupes américaines a été salué par les démocrates. Plusieurs républicains ont dénoncé cette décision. Le chef de la CIA William Burns a lancé un avertissement. "Lorsque le moment sera venu pour l’armée américaine de se retirer, la capacité du gouvernement américain à détecter les menaces et à y réagir diminuera", a-t-il dit.

Une partie de la presse afghane juge ce retrait "irresponsable". Si les groupes terroristes Al-Qaïda et Daech ont été défaits, les talibans, soutenus par l'Iran et la Russie, conservent leurs capacité militaires et pourraient regagner rapidement du terrain. Ils ont d'ailleurs multiplié les attaques ces derniers temps. Plus de 1.800 civils afghans ont été tués par les talibans lors des trois premiers mois de 2021.

Certains experts n'hésitent pas à faire le parallèle entre le retrait américains du Vietnam en 1975, après 19 ans de guerre, et la prise de Saïgon par les troupes d'Hô Chi Minh.

La fin d'un cercle vicieux

La décision du président Biden pourrait mettre fin à un cercle vicieux provoqué par des interventions étrangères, amorcé lors de l'invasion soviétique en 1979 en pleine guerre froide. Les États-Unis, pour contrer la Russie, avaient soutenu les moudjahidins, des chefs de guerre religieux.

Le retrait des forces soviétiques, en 1992, avait été suivi par une guerre civile et la prise de pouvoir des talibans quatre ans plus tard.

2.000
milliards de dollars
L'engagement des troupes américaines en Afghanistan a coûté plus de 2.000 milliards aux États-Unis.

Ce retrait permettra à l'armée américaine de se concentrer davantage sur les récentes évolutions stratégiques de la Russie et la Chine. Il représente aussi une économie importante pour le pays frappé par la pandémie de Covid-19. On estime le coût de ces vingt ans de guerre à plus de 2.000 milliards de dollars.

Le résumé

  • Les États-Unis et l'Otan retireront leurs forces d'Afghanistan à partir du 1er mai. Le retrait sera finalisé pour le 11 septembre prochain, vingt ans après les attentats du World Trade Center.
  • Le retrait laisse le gouvernement afghan seul face aux talibans, bien armés et prêts à reconquérir le pouvoir. Des négociations devraient avoir lieu à Istanbul le 24 avril, mais les talibans ne participeront pas.
  • La décision, annoncée mercredi par le président Joe Biden, pourrait mettre fin à un cercle vicieux entamé en 1979 lors de l'intervention soviétique en Afghanistan.

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