Marée noire à Hong Kong

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Deux millions de personnes se sont rassemblées une nouvelle fois ce dimanche à Hong Kong, où la colère était palpable après des affrontements violents entre manifestants et policiers malgré le recul du gouvernement sur un projet de loi controversé. Reportage de notre correspondant.

Vêtus de noir pour la plupart, en signe de deuil après la mort samedi d’un manifestant, deux millions de Hongkongais, selon les organisateurs, ont défilé pour le deuxième dimanche consécutif dans les rues de Hong Kong. C'est deux fois plus de manifestants que dimanche dernier.

Malgré l’annonce d’un report de l’examen de la loi controversée permettant des extraditions vers la Chine continentale par la cheffe de l’exécutif samedi soir, les manifestants ont défilé avec toujours les mêmes slogans: ils demandent la démission du gouvernement local, la fin du diktat de Pékin et plus de libertés

22 ans après la rétrocession de Hong Kong à la Chine, jamais ce petit territoire, l’un des plus prospères du monde, n’avait connu une telle crise

"Nous allons nous battre jusqu’au bout, explique Ming Lam. Le responsable de la confédération des Travailleurs de Hong Kong ne mâche pas ses mots pour critiquer cette loi. C’est Pékin qui impose ce texte mais il est hors de question que l’on se laisse faire. Il n’y a aucune liberté en Chine. Moi en tant que représentant syndical je serai jeté en prison là-bas alors je ne veux pas que Hong Kong soit comme la Chine communiste."


Un appel à la grève générale

Pour la deuxième fois en une semaine, son organisation appelle à la grève générale lundi. Des milliers de commerces et d’entreprises devraient baisser le rideau, chose rare dans cette ville l’une des plus commerçante d’Asie. Les taxis promettent des opérations escargots et certaines multinationales préfèrent donner un jour de congés à leurs employés alors qu’une marche sera encore organisée dans la journée et que les organisations syndicales ont annoncé une vaste consultation pour voir quelle suite donner au mouvement. 

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Cette convergence des luttes version asiatique rassemble aussi bien des députés de l’opposition, dont le rôle est de plus en plus limité, que des syndicalistes, des hommes d’affaires et surtout des jeunes et des membres de la classe moyenne. Sur la route qui mène au gigantesque bâtiment tout en verre du gouvernement local de Hong Kong, des jeunes manifestants se retrouvent ainsi chaque jour pour maintenir la pression. 

"La plupart des gens qui manifestent avec nous sont tellement jeunes, explique Darcy une jeune étudiante de 26 ans. Pourquoi doit-on se battre comme ça? Pour notre futur. Pour Hong Kong. Pour la liberté de parole."

Ka shing a 23 ans, cet instituteur de Hong Kong s’occupe de l’organisation des rassemblements. Il gère l’une des bases arrières du mouvement où sont stockés des médicaments, de l’eau et des parapluies pour se protéger des gaz lacrymogènes de la police. Les manifestations ont en effet été particulièrement violentes ces derniers jours. 

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"On ne se connaissait pas avant, explique-t-il. Je ne connaissais personne ici. Le plus jeune d’entre nous doit avoir 14 ans, d’autres ont 16 ans, 19 ans, tout ce que l’on utilise ici a été donné par des gens, il n’y pas de dons des entreprises ou de grands groupes. Les gens donnent ce qu’ils veulent."

Ce mouvement de solidarité exceptionnel à Hong Kong dépasse la seule jeunesse. Dans la manifestation de dimanche nombreuses étaient les familles avec de jeunes enfants. "Nous sommes là pour eux, pour leur avenir, disent-ils. Pour que Hong Kong reste une terre de liberté."

Confiance perdue

Mais selon un sondage publié la semaine dernière, deux tiers des Hongkongais ne croient plus au principe d’un pays deux systèmes qui devait leur garantir un haut degré d’autonomie vis à vis de la Chine.

46%
sondage hong kong
Le nombre d’habitants qui pensent à quitter Hong Kong.

Pour Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif, le grand écart est impossible à tenir. D’un côté il faut satisfaire les aspirations d’une population profondément attachée à la liberté d’expression et dont beaucoup détestent le régime communiste, de l’autre il faut plaire à Pékin. Certains comme Liu Siu-kai, professeur de sociologie et conseiller du gouvernement de Hong Kong pense que les manifestants sont manipulés par l’Occident.

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"Hong Kong est maintenant devenu un champ de bataille entre les Etats-Unis et la Chine et c’est cela qui est dangereux à Hong Kong, explique-t-il. Pékin est le maître de Hong Kong, si on veut pouvoir continuer le principe ‘Un pays deux systèmes’ avec un haut degré d’autonomie alors nous avons besoin du plein soutien de Pékin et de sauvegarder ses intérêts et la sécurité nationale."

Difficile dans cette situation. Pékin n’a pas encore sonné la fin de la récréation mais la pression est très forte sur les épaules du gouvernement local.

"Si cela tourne mal, les conséquences seront désastreuses à Hong Kong et je pense que cela aura un impact très négatif sur l'image internationale de Xi Jinping et des autorités de Pékin, explique Ivan Choy, professeur de sciences politiques à l’Université chinoise de Hong Kong. Cela rendra très difficile la gestion des crises internationales comme par exemple la guerre commerciale qui oppose Pékin à Washington". En attendant une solution politique de plus en plus improbable, les gilets noirs de Hong Kong promettent de nouvelles manifestations.


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