New Delhi balaie 70 ans d'autonomie au Cachemire

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Le gouvernement indien a mis fin ce lundi matin au régime d’autonomie du Jammu-et-Cachemire. Cette annonce fait suite à un déploiement militaire sans précédent, accompagné de mesures de confinement drastiques. Le Pakistan plaide pour une médiation américaine afin d’éviter l’intégration du Cachemire à l’Inde.

La situation est explosive dans l’Etat indien du Jammu-et-Cachemire. Le gouvernement de Narendra Modi a unilatéralement acté la révocation de l’article 370 de la Constitution. Jusqu’à ce lundi, il réglait le statut d’autonomie constitutionnelle de l’Etat rebelle. Le ministre de l’Intérieur Amit Shah a également annoncé vouloir scinder la région en deux: le Jammu-et-Cachemire d’une part, et le Ladakh bouddhiste d’autre part. L’annonce a fait chuter la roupie de 1,6%, sa baisse la plus importante depuis 2013.

"Ce jour marque le jour le plus sombre de la démocratie indienne."
Mehbooba Mufti
Ex-ChefFE ministre du jammu-et-cachemire

Le Jammu-et-Cachemire est la partie du Cachemire qui est sous le contrôle de l’Etat indien, l’appartenance de la région étant par ailleurs contestée par la Chine et le Pakistan. Majoritairement musulmane, elle disposait depuis 1950 et l’adoption de la Constitution indienne d’une autonomie quasi-totale. Elle pouvait édicter ses lois, excepté en matière de défense, d’affaires étrangères, de finance et de communications, des pouvoirs qui sont restés entre les mains de New Delhi.

L’article interdisait en outre l’acquisition foncière par les citoyens indiens tout en les tenant éloignés des postes clés. Signé par le président Ram Nath Kovind et présenté au Parlement par le ministre Shah, le décret présidentiel révoquant l’article 370 était une promesse du Premier ministre Modi lors de ses deux campagnes de 2014 et 2019.

Depuis 10 jours, ce sont pas moins de 80.000 soldats que New Delhi a déployés dans la région. Raison évoquée: la crainte d’attaques terroristes en provenance du Pakistan voisin. En conséquence, des milliers de touristes et de citoyens indiens ont pris la fuite devant l’afflux sans précédent de personnel militaire. Selon les estimations, le chiffre actuel serait d’un militaire pour douze civils.

L’opposition appelle au calme

Ce lundi matin, ce sont également les communications via les réseaux téléphoniques et internet privés qui ont été interrompues. Les rassemblements et les déplacements ont également été interdits dans la foulée de l’abrogation. Sur place, certains opposants au Bharatiya Janata Party (BJP), le parti du Premier ministre, ont néanmoins pu s’exprimer avant la rupture des communications. Parmi eux, Mehbooba Mufti, présidente du principal parti local (le Jammu & Kashmir People’s Democratic Party) et ancienne dirigeante de la région.

Le président pakistanais Imran Khan a appelé Donald Trump à honorer sa parole et se poser en médiateur dans le conflit du Cachemire.

Elle qualifie de trahison et de fraude la manœuvre de New Delhi et a déclaré que "l’abrogation de l’article 370 rend nulle et non avenue l’accession du Cachemire à l’Inde, mais réduit aussi l’Inde à une force d’occupation dans le Jammu-et-Cachemire". Tout comme d’autres personnalités politiques locales, elle a annoncé avoir été placée en résidence surveillée dès l’annonce de l’abrogation. Malgré la tension, ceux-ci ont appelé la population à rester calme.

Accusé la semaine dernière d’être à l’origine des troubles dans la région, le Pakistan a également réagi aux dernières initiatives du gouvernement indien. Le président pakistanais Imran Khan a déclaré vendredi dernier que les actions agressives de l’Inde "pouvaient exploser en crise régionale". Il a appelé Donald Trump à honorer sa parole et se poser en médiateur dans le conflit du Cachemire. Rôle de médiateur que le Président américain a dit s’être vu proposé par nul autre que Narendra Modi… Ce que son exécutif a formellement démenti, tout en refusant toute offre de médiation.

Tension extrême avec Islamabad

Cette dernière évolution dans le dossier du Cachemire fait suite aux affrontements sporadiques qui ont éclaté tout au long de cette année entre l’Inde et le Pakistan. Les échanges de tirs ont été quotidiens, tandis que les pertes civiles et militaires sont difficiles à évaluer étant donné les démentis des deux parties. Narendra Modi a tenu parole quant à sa promesse de mettre fin à l’autonomie de la région. Mais il est actuellement impossible de prendre le pouls de la population locale, eu égard aux mesures de confinement mises en place à son encontre…

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