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"Nous sommes là pour dire aux visiteurs que Hong Kong souffre"

Plus de 5.000 manifestants ont envahi ce lundi l’aéroport de Hong Kong pour protester contre les violences policières du week-end dernier. ©REUTERS

Plus de 5.000 manifestants ont envahi ce lundi l’aéroport de Hong Kong. Un rassemblement spontanée pour protester contre les violences policières du week-end dernier. L’aéroport a été fermé et la ville commence à payer un lourd tribut à cette crise qui dure déjà depuis dix semaines.

L’aéroport de Chek Lap Kok est l’un des plus fréquentés au monde. 74 millions de voyageurs y transitent chaque année, mais depuis ce week-end, un bruyant comité d’accueil s’est installé dans le hall des arrivées : "Nous sommes là pour dire aux visiteurs que Hong Kong souffre, nous explique un jeune homme. Nous voulons que le monde entier sache que la police de Hong Kong tire sur les jeunes et que le gouvernement de Hong Kong ne fait qu’obéir à la Chine communiste et ne respecte pas nos libertés fondamentales."

Aux cris de "liberté et démocratie", ces jeunes ont provoqué le chaos ce lundi, l’aéroport a dû, pour la première fois, suspendre ses opérations. Plus aucun vol ne pouvait ni décoller ni atterrir dans cette ville longtemps considérée comme l’une des plus sûres et des plus prospères d’Asie.

Mais en dix semaines de crise, tout a changé : "Nous vivons un véritable tsunami économique", a expliqué la cheffe de l’exécutif Carrie Lam devant un parterre d’hommes d’affaires. Les touristes venus du continent chinois et qui représentent les deux tiers des 60 millions de visiteurs qui se rendent à Hong Kong chaque années commencent à quitter la ville. "Je voulais partir aujourd’hui mais mon vol a été annulé, s’inquiète une jeune femme venue de Shanghai. Je ne comprends pas pourquoi ces jeunes manifestent contre la Chine. Cela devient trop dangereux ici, je veux partir."

"Nous vivons un véritable tsunami économique."
Carrie Lam
Cheffe du gouvernement de Hong Kong

Et elle n’est pas la seule. Les voyages organisés venus du continent chinois ont fondu de moitié depuis juillet. Même le parc Disneyland fait grise mine avec des allées quasi vides. Ce week-end encore, les centres commerciaux de Causeway Bay, qui sont généralement bondés de touristes à la recherche de bonnes affaires, étaient presque vides. Certaines boutiques ont même baissé le rideau alors que la nuit tombait et que des grappes de manifestants commençaient à installer des barrages aux carrefours.

Entre Wanchai et Causeway Bay, Hong Kong s’est transformée en ville fantôme en quelques heures à peine. Les hôtels ont barricadé leurs entrées distribuant des bouteilles d’eau et des serviettes humides aux passants pris par les tirs de lacrymogènes. "Le gouvernement ne fait rien pour répondre aux revendications, explique un commerçant. On perd beaucoup d’argent dans cette histoire, c’est vraiment n’importe quoi."

Inquiétudes des multinationales

Plus grave, les multinationales commencent à payer le prix de cette crise et Hong Kong voit son étoile se ternir. La Bourse de Hong Kong, troisième place financière de la planète, est en chute libre depuis le début de l’été. Les banquiers d’affaires qui faisaient la fortune de l’ancienne colonie britannique songent même pour certains à plier bagage pour s’installer plus au sud, à Singapour.

"Le climat général en Chine est déjà difficile, nous explique un courtier. La croissance économique chinoise est au plus bas et Hong Kong souffre donc de cette situation. Si en plus la ville sombre dans le chaos alors il faudra certainement partir".

Hong Kong a toujours été la porte d’entrée vers la Chine continentale mais aussi la porte de sortie des investissements chinois à l’étranger dont la plupart des contrats sont structurés ici et bénéficient d’un climat fiscal et juridique très favorable. Le Hong Kong dollar est librement convertible contrairement au renminbi chinois et la plupart des grandes entreprises chinoises passent donc par Hong Kong pour commercer avec l’étranger.

Mais Pékin ne veut pas que le désordre continue ainsi à ses portes. Le gouvernement chinois a qualifié lundi pour la première fois les manifestants de "terroristes" ouvrant la porte à une intervention de ses 15.000 policiers militaires massés à la frontière avec Hong Kong.

©AFP

Les entreprises locales souffrent aussi de ces relations envenimées. Les pilotes et employés de la compagnie aérienne Cathay Pacific qui ont participé aux grèves et aux manifestations sont ainsi interdits de travailler sur des avions qui se rendent en Chine continentale.Certains sont même menacés de licenciement.

Dans un autre registre, la maison de couture Versace qui n’avait pas rattaché Hong Kong à la Chine sur ses derniers t-shirts a même été accusé de manquer de respect à la souveraineté nationale chinoise et a dû s’excuser platement.

Le bras de fer entre une partie de la jeunesse hongkongaise et le gouvernement chinois menace cette fois d’emporter avec lui la prospérité de cette ville longtemps qualifiée de phare de l’Asie.

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