Pékin hausse le ton contre la Belgique sur la question des Ouïghours

©EPA

La Chine exhorte la Belgique à "rectifier son erreur" après qu'elle a reconnu un risque sérieux de génocide contre la minorité musulmane des Ouïghours au Xinjiang.

La Chine n'est pas contente et le fait savoir avec autorité. Ce mercredi, Pékin a mis en garde la Belgique contre une dégradation des relations bilatérales après un vote sur la question épineuse des Ouïghours. La commission des Relations extérieures de la Chambre avait approuvé la veille une proposition de résolution qui reconnaît "un risque sérieux de génocide" de cette minorité musulmane au Xinjiang (nord-ouest du pays). Cette résolution condamne également les "crimes de persécution et les violations massives des droits humains dans la région autonome du Xinjiang qui peuvent être constitutives de crimes contre l'humanité".

"Nous appelons la Belgique à rectifier immédiatement son erreur."
Porte-parole de la diplomatie chinoise

Outre le gel de l'accord sur les investissements UE-Chine (dont le processus de ratification est déjà gelé par le Parlement européen), la résolution belge prône aussi la fin de la convention d'extradition entre la Chine et la Belgique si ces violations perdurent. Selon les initiateurs du texte, le Parlement belge était devenu "la 6e assemblée démocratique au monde à dénoncer les crimes contre l'humanité", rejoignant le Canada, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Lituanie et la République tchèque.

Le député à l'origine de la résolution visé par des sanctions

La réaction chinoise n'a donc pas tardé à fuser. "Nous appelons la Belgique à rectifier immédiatement son erreur", a déclaré devant la presse le porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian. Il s'en est d'ailleurs pris directement au député écologiste Samuel Cogolati, à l'origine de la résolution. "Ce député a délibérément répandu des mensonges et des fausses informations, causant un tort grave aux intérêts et à la souveraineté de la Chine", a martelé le porte-parole.

"Nous ne faiblirons pas en Belgique face aux sanctions ou intimidations, peu importe le pays, puissant ou non."
Samuel Cogolati
Député écologiste à l'origine de la résolution

Samuel Cogolati figure parmi les personnalités européennes visées depuis fin mars par des sanctions chinoises. Il comptait initialement faire reconnaître par le Parlement belge le "crime de génocide" dont Pékin se rend coupable à ses yeux. Un débat au sein de la Vivaldi a cependant abouti à une version édulcorée.

Ce mercredi, le député a tenu à mettre les points sur les "i", tout en affirmant sa détermination face à la menace de Pékin: "Notre message n'est pas contre la Chine, mais pour le respect des droits humains", a-t-il souligné. Il a rappelé que le Parlement fédéral avait mené son travail à l'écoute des experts et témoins de la situation vécue par cette minorité musulmane.

"Dénoncer les abus graves et nous lever contre les discriminations, ce n'est rien de plus que notre mission comme parlementaires. D'autres assemblées démocratiques ont aussi dénoncé un génocide avant nous. Voilà pourquoi nous ne faiblirons pas en Belgique face aux sanctions ou intimidations, peu importe le pays, puissant ou non. C'est cet attachement aux droits fondamentaux qui grandit notre petit pays."

Un million
de personnes internées
Selon un rapport d'Amnesty International, des centaines de milliers de personnes ont été enfermées depuis 2017 et un million de personnes internées dans des camps.

"Peu importe la religion ou la couleur de peau, nous avons toutes et tous un droit fondamental à la dignité. C'est pourquoi l'incarcération de plus d'un million de Ouïghours innocents dans des camps, uniquement en raison de leur ethnicité, est une honte", a ajouté Samuel Cogolati. Selon un rapport d'Amnesty International, des centaines de milliers de personnes ont en effet été enfermées depuis 2017, auxquelles s'ajoutent les internements dans des camps, lesquels concerneraient un million de personnes.

Dimanche, les dirigeants du G7 avaient également appelé la Chine à "respecter les droits humains et libertés fondamentales" de la minorité ouïghoure, tout en disant vouloir coopérer avec Pékin quand "c'est dans un intérêt mutuel".

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