Pékin trace son cap économique et peaufine le musèlement d’Hong Kong

Le président chinois Xi Jinping (gauche) et son Premier ministre Li Keqiang ouvraient la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire, ce vendredi. ©REUTERS

Les représentants du "Parlement" chinois se lancent dans une semaine de validation de la politique décidée par le Parti, qui vise notamment une croissance économique de 6% cette année.

L’exercice est purement formel, mais il est l’occasion pour le gouvernement chinois de préciser ses ambitions. La session plénière de l'Assemblée nationale populaire (ANP) s’est ouverte vendredi à Pékin, dans son imposant palais, place Tiananmen : les quelque 3.000 députés venus des quatre coins du pays valideront pendant une semaine les textes qui leur seront soumis par le Parti communiste (PCC). Dans son discours d'ouverture, le Premier ministre Li Keqiang s'est félicité des performances de Chine: "Nos réussites, qui ont reçu l'approbation de notre peuple et une reconnaissance mondiale, entreront dans l'Histoire", a-t-il affirmé, alors que le parti unique célèbre cette année son centenaire.

Réduire les dépendances

En guise de perspective économique, Li Keqiang a annoncé attendre une croissance économique d'au moins 6% cette année. Un objectif prudent dans un contexte hautement imprévisible, mais alors que beaucoup d'économistes s'attendent à une croissance supérieure. Les chercheurs du Merics, think tank basé à Berlin qui fait référence sur la Chine, estiment que la croissance chinoise pourrait dépasser 6,8%, après une forte décélération l’an dernier, à 2,3%, sous l’effet du confinement et du ralentissement de l’économie mondiale.

La Chine ambitionne de réduire sa dépendance aux importations pour des technologies clés, comme les semi-conducteurs.

Alors que l'ANP doit adopter formellement le plan quinquennal (2021-2025), le gouvernement a annoncé son intention de créer 11 millions d'emplois urbains et met l’accent sur une croissance "de haute qualité". La Chine augmente notamment ses dépenses de recherche et développement de 7% par an jusqu'en 2025. Et ambitionne de réduire sa dépendance aux importations pour des technologies clés, comme les semi-conducteurs: elle ne fabrique que 16% de ceux qu'elle consomme, et en a importé pour 304 milliards de dollars en 2019 (davantage que de pétrole).

Décarboner l’économie

Premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, la Chine peut-elle maintenir un tel rythme de croissance tout en négociant le virage de la décarbonation? Le plan quinquennal ne prévoit pas d'objectif de croissance à cinq ans, "cela ne nous permet pas de calculer l'augmentation absolue d'émissions" sur cette période, regrette Li Shuo, spécialiste climat chez Greenpeace, basé à Pékin. En septembre, le président Xi Jinping avait annoncé l'objectif d’atteindre en 2060 la neutralité carbone.

La Chine prévoit d’atteindre son plafond d’émissions en 2030 avant d’entamer la réduction des émissions. Pékin n’a pas profité de l’ANP pour préciser la manière d’y parvenir, mais un plan doit être réalisé cette année - alors que de nouvelles ambitions nationales sont attendues pour la conférence climatique de Glasgow (COP26) en novembre.

Moderniser l’armée

Les représentants doivent aussi approuver une hausse de 6,8% des dépenses militaires pour cette année, à 1.360 milliards de RMB (176 milliards d'euros), annoncée en début de session par le ministère des Finances. Cette légère accélération par rapport à l'an dernier (+6,6%) est un chiffre officiel à prendre avec circonspection. Selon une analyse publiée en janvier par le Stockholm International Peace Research Institute, les dépenses militaires réelles de la Chine en 2019 étaient 38% supérieures que le chiffre officiel, atteignant 240 milliards de dollars.

L’objectif officiel est "d’aider l'augmentation des capacités de défense de la Chine à augmenter au même rythme que sa puissance économique", a indiqué Pékin. Dans un contexte de vives tensions frontalières avec plusieurs pays voisins, et alors que les relations avec les États-Unis n’ont cessé de se détériorer ces dernières années, la Chine nourrit l’ambition de devenir une puissance militaire majeure dans les décennies qui viennent.

Éliminer l’opposition à Hong Kong

L’Assemblée nationale populaire va en outre poursuivre le travail de destruction des structures démocratiques d’Hong Kong. L’an dernier, dans la foulée des manifestations qui avaient réuni des millions de Hongkongais pour la démocratie, l’ANP avait adopté une loi sur la sécurité nationale pour étouffer la contestation, qui a encore été utilisée la semaine dernière pour arrêter 47 militants démocrates pour "subversion". Cette fois, il s’agit d’adopter une modification du système électoral de la région administrative spéciale. Le Parlement régional y est élu pour moitié au suffrage universel : Pékin entend couper court aux velléités démocratiques en s’arrogeant un droit de veto sur les candidatures aux élections législatives - dont les prochaines sont prévues en septembre. La décision est attendue pour le 11 mars.

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