reportage

Pékin, zone de guerre

De longues files de citoyens chinois se sont constituées aux abords des centres de dépistage alors que le régime chinois a lancé une campagne massive pour tester la population. ©AFP

L’apparition d’un nouveau foyer de contamination à Pékin fait craindre un retour de l’épidémie en Chine et renforce encore les velléités sécuritaires du régime communiste.

Au cœur de Pékin, le stade des Travailleurs est le fief de l’équipe de football de la capitale. Mais, depuis trois jours, une marée humaine l’a envahi, plusieurs dizaines de milliers de personnes, employés de restaurants, commerçants et épiciers du quartier, font le pied de grue en attendant sagement de subir un dépistage du coronavirus.

Un coton tige enfoncé dans la gorge et, en quelques minutes, ils pourront rentrer chez eux avec interdiction de sortir en attendant les résultats qui seront envoyés sur leur téléphone portable en 24 heures. Pékin a lancé cette semaine une opération gigantesque de dépistages de la Covid-19, près de 400.000 personnes testées dans des stades, des centres installés à ciel ouvert et une centaine d’hôpitaux capables d’examiner 90.000 personnes chaque jour.

Check-points

Pékin est "une zone de guerre, comme l’a expliqué un porte-parole de la mairie, car la situation est extrêmement grave". Quelques heures à peine après la découverte, vendredi 12 juin, d’un foyer de contamination sur un marché du sud de la ville, Pékin a frappé fort : toutes les écoles qui venaient de rouvrir ont été à nouveau fermées ; les aéroports et les gares sont bouclés et des check-points de la police contrôlent les entrées et les sorties de la capitale. La moitié des quartiers de Pékin est placée en zone rouge, des dizaines de milliers de personnes sont confinées dans leur appartement.

Et cela fonctionne : moins de 200 malades ont été identifiés actuellement et aucune victime. Le régime ne veut prendre aucun risque et annonçait dès hier que la situation est "sous contrôle". "Le moindre raté dans la gestion de cette crise remettrait en cause l’image du pays au niveau international, estime Zhou Xun, professeur de sciences politiques à Oxford. Pékin n’est pas Wuhan et un échec serait un symbole terrible pour le Parti."

Un enjeu majeur pour le régime

Le président Xi Jinping l’a bien compris et a envoyé au front l’un de ses protégés, le chef du Parti communiste de Pékin, Cai Qi. En cas d’échec, il devra s’en séparer comme il l’avait fait à Wuhan en faisant tomber les têtes des hiérarques locaux. "Xi n’est pas dans une situation si confortable, explique une source diplomatique, il fait face à une situation internationale très difficile avec les États-Unis mais aussi avec l’Australie, l’Europe, la Grande-Bretagne, avec Hong Kong et maintenant l’Inde. Le pays traverse une crise économique sans précédent avec des centaines de millions de chômeurs. Du jamais vu depuis 40 ans. L’image de Pékin confinée et les risques que font peser une deuxième vague sont trop importants pour que le Président n’agisse pas avec force. L’image de Pékin forteresse doit être restaurée."

"Le moindre raté dans la gestion de cette crise remettrait en cause l’image du pays au niveau international. Pékin n’est pas Wuhan et un échec serait un symbole terrible pour le Parti."
Zhou Xun
Professeur de sciences politiques à Oxford

Et la forteresse a retrouvé tout son lustre. Une armée de vigiles, thermomètres en mains, a repris la garde devant les quartiers résidentiels, pointant leur appareil sur les fronts et les poignées. Les check-points sont à nouveau installés et les barricades qui ceinturent les zones habitées n’ont même pas eu le temps d’être retirées. "Ce système fonctionne très bien, assure un gardien, nous sommes là pour protéger la population." Des dizaines de milliers de membres des comités de quartiers ont repris leur poste, jouant les auxiliaires zélés du régime.

QR code santé

Mais l’arme ultime de cette contre-offensive a été le "code santé", le QR code électronique utilisé par un milliard de Chinois. Pour se déplacer en ville, entrer dans un espace public ou un bureau, il faut depuis le mois de mars sortir son smartphone et scanner : vert on passe, rouge on ne passe plus, signe que l’on a traversé une zone contaminée ou côtoyé un malade.

C’est ainsi que la mairie affirme avoir retrouvé plus de 300.000 personnes qui se sont rendues sur le marché de Xinfadi, où le virus est apparu entre un étal de saumon norvégien et de mouton chinois. Le bornage des téléphones portables dans la zone du marché a également servi à retrouver ceux qui seraient passés entre les mailles du QR code.

«C’est sûr que c’est dérangeant de se savoir ainsi surveillée, mais on voit que c’est pour notre bien.»

Un travail de fourmis pour les experts du "Big data" et la preuve que le traçage électronique fonctionne en Chine avec une ligne directe entre la police et les opérateurs téléphoniques. "C’est sûr que c’est dérangeant de se savoir ainsi surveillée, mais on voit que c’est pour notre bien", lance une jeune femme résignée.

Un épicier installé à une encablure de chez moi a ainsi eu la mauvaise surprise de voir la police débarquer dans son échoppe mercredi soir et la fermer manu militari. Il avait omis de déclarer s’être rendu sur le marché et se retrouve illico en quarantaine avec une forte amende et interdiction pour lui de reprendre son activité. On ne plaisante pas avec la deuxième vague.

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