Plus de 600 personnes relâchées en Birmanie, l'audience de Suu Kyi reportée

Le photographe birman d'Associated Press, Thein Zaw, a été relâché mercredi par la junte militaire. ©EPA

Plus de 600 personnes interpellées depuis le coup d'État du 1ᵉʳ février ont été relâchées le 23 mars par la junte qui détient toujours au secret des centaines de civils, dont l'ex-dirigeante Aung San Suu Kyi. Kristian Stokke, professeur de sociologie à l'université d'Oslo, a aussi annoncé ce vendredi avoir proposé le mouvement pro-démocratie de désobéissance civile au comité du prix Nobel de la Paix 2022.

"Nous avons libéré aujourd'hui 360 hommes et 268 femmes de la prison d'Insein" à Rangoun, a déclaré mercredi un haut responsable de l'établissement pénitentiaire sous couvert d'anonymat. Parmi eux, beaucoup d'étudiants descendus dans la rue pour protester contre le passage en force de l'armée.

Responsables politiques, grévistes, activistes, artistes: les généraux détiennent encore de nombreux civils. Plus de 2.800 personnes ont été interpellées depuis le putsch qui a renversé Aung San Suu Kyi, d'après l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

L'ex-dirigeante de 75 ans devait d'ailleurs comparaître mercredi devant la justice. Mais l'audience, qui devait se tenir en vidéoconférence, n'a pas pu avoir lieu faute de connexion internet, les données mobiles et plusieurs réseaux wifi étant coupés depuis plusieurs jours pour isoler le pays. "Elle a été reportée au 1ᵉʳ avril", a fait savoir Khin Maung Zaw, l'avocat de l'ancienne cheffe du gouvernement qui n'a toujours pas été autorisé à rencontrer sa cliente.

Une fille de sept ans tuée

Pour tenter d'éteindre le vent de fronde démocratique qui souffle sur le pays depuis le coup d'État, les militaires intensifient chaque jour leur riposte. De plus en plus de civils qui ne participent pas à la contestation, dont des femmes et des enfants, sont visés.

275
décès
Depuis le coup d'État, 275 civils ont été tués par les forces de l'ordre, un bilan qui pourrait être toutefois bien plus lourd vu le nombre de personnes disparues.

Mardi, Khin Myo Chit, une fillette de sept ans a été tuée "par un tir mortel à l'estomac alors qu'elle était dans sa maison" à Mandalay (centre), selon AAPP. Son décès n'a pas été confirmé à ce stade de source indépendante à l'AFP. L'ONG Save the Children s'est dite "horrifiée que des enfants continuent de figurer parmi les cibles", recensant une vingtaine de mineurs abattus ces sept dernières semaines.

Au total, 275 civils ont péri, selon l'AAPP. Le bilan pourrait être beaucoup plus lourd: des centaines de personnes arrêtées sont portées disparues.

"Violents terroristes"

Mardi, le porte-parole de la junte, Zaw Min Tun, a pour sa part fait état de 164 victimes dans les rangs des protestataires, qualifiés de "violents terroristes". Il s'est dit déterminé à "réprimer l'anarchie", faisant fi des nouvelles sanctions imposées par les États-Unis et l'Union européenne.

Les violences restent notamment très vives à Mandalay, où 21 civils sont morts depuis dimanche. Dans la nuit de mardi à mercredi, des barricades érigées par les manifestants ont été incendiées, des maisons ont été pillées, des tirs résonnant dans plusieurs quartiers de la ville, d'après les médias locaux.

Des civils passent devant une barricade en feu lors de la répression par les forces de sécurité à Mandalay. ©AFP

L'armée resserre également son étau judiciaire sur Aung San Suu Kyi, mise au secret depuis son arrestation. Deux hommes se sont confessés dans des vidéos diffusées ces derniers jours par les médias d'État, assurant lui avoir versé à eux deux plus d'un million de dollars et onze kilos d'or de pots-de-vin.

Des observateurs s'interrogent toutefois sur l'authenticité de ces témoignages: l'un des témoins est emprisonné, l'autre a un passé trouble.

Des élections "frauduleuses"

La lauréate du prix Nobel de la paix 1991 est aussi inculpée de quatre autres chefs d'accusation, dont l'incitation aux troubles publics. Si elle est reconnue coupable des faits qui lui sont reprochés, elle pourrait être condamnée à de longues années de prison et se voir bannie de la vie politique.

La junte a justifié son putsch alléguant d'"énormes" fraudes lors des législatives de novembre, remportées massivement par le parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Mardi, le porte-parole de la junte a encore assuré que de nombreux faux bulletins avaient circulé lors de ce scrutin. Il a fait diffuser des vidéos d'électeurs affirmant avoir été payés par des représentants de la LND.

La junte cible également les médias. Thein Zaw, un photographe d'Associated Press accusé d'avoir "semé la peur et répandu de fausses nouvelles", était convoqué ce mercredi devant un tribunal de Rangoun. Il a toutefois été relâché dans la journée. "Je suis en bonne santé", a déclaré Thein Zaw. "Les charges contre moi ont été levées", a ajouté le jeune homme, auparavant accusé d'avoir "répandu de fausses nouvelles".

Le mouvement pro-démocratie birman proposé pour le Nobel de la paix 2022

Le mouvement de désobéissance civile en Birmanie depuis le coup d'État militaire a été proposé pour le prix Nobel de la paix 2022, a indiqué vendredi un universitaire norvégien à l'origine de la candidature.

Pour Kristian Stokke, professeur de sociologie à l'université d'Oslo, ce mouvement représente une réponse pacifique exemplaire au coup d'État déclenché par l'armée birmane le 1er février. "Ce mouvement pro-démocratie (...) peut aussi avoir des conséquences en dehors de la seule Birmanie et inspirer d'autres mouvements non violents ailleurs".

La date limite pour déposer les candidatures ayant été fixée au 31 janvier, la proposition déposée la semaine dernière par M. Stokke et cinq autres universitaires ne pourra être examinée que pour l'édition 2022.

Le nom du lauréat 2021 sera annoncé le 8 octobre.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés