Pourquoi un tel déficit commercial au Japon?

Reuters ©REUTERS

La politique d'Abe et les effets de change ont entraîné un déficit commercial record au Japon.

Pénalisé par sa facture pétrolière elle-même gonflée par la dépréciation du yen, le Japon a accusé l'an dernier un déficit commercial record de 11.470 milliards de yens (112 milliards de dollars ou 82 milliards d'euros) contre 6.940 milliards en 2012, a annoncé lundi le ministère des Finances. Il s'agit du troisième déficit commercial du Japon en autant d'années, du jamais vu depuis l'établissement des statistiques en 1979.

A savoir

Les conditions du commerce international japonais ont profondément changé depuis l'accident nucléaire de Fukushima de mars 2011, qui a entraîné l'arrêt par précaution de l'ensemble des réacteurs de l'archipel et donc poussé les compagnies d'électricité à importer davantage d'hydrocarbures pour faire tourner à plein leurs centrales thermiques.

Depuis fin 2012, la politique reflationniste du Premier ministre Shinzo Abe a eu pour effet d'améliorer les bénéfices des exportateurs grâce à la dépréciation du yen mais sans accroître à ce jour les volumes de marchandises exportées.

Afin de sortir l'archipel d'une déflation handicapante, le Premier ministre a en effet poussé entre autres la Banque du Japon (BoJ) à assouplir considérablement sa politique monétaire. Un des buts non avoués de ce changement visait à mettre un terme à la vigueur exceptionnelle du yen qui pénalisait les exportations "made in Japan".

Dans le même temps, l'effet de change a renchéri les importations, à commencer par la facture énergétique devenue plus importante avec l'arrêt des centrales nucléaires consécutif à la catastrophe de Fukushima.

La dépréciation du yen a dépassé toutes les attentes en 2013 (21% face au dollar et 26% face à l'euro), ce qui a mécaniquement fait bondir le coût des achats de pétrole, gaz naturel liquéfié (GNL) et d'autres produits dont le Japon a besoin (alimentation, vêtements, ordinateurs, semiconducteurs, smartphones...).

Selon les chiffres du ministère, les exportations ont augmenté de 9,5% en 2013, leur première hausse en trois ans, alors que les importations en volume ont diminué de 1,5%, leur troisième baisse consécutive.

Sur le seul mois de décembre, les exportations ont augmenté de 15,3% sur un an, leur 10e hausse d'affilée, grâce notamment aux ventes de voitures aux Etats-Unis, et les importations ont bondi de 24,7%. La balance commerciale du mois fait ressortir un déficit de 1.300 milliards de yens, proche du consensus (1.223 milliards), soit un 18e déficit mensuel consécutif - un record au Japon.

 

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