Que peut-on vraiment attendre du sommet Trump/Kim?

Non, ce ne sont pas les vrais Kim et Trump. Il s'agit de leurs sosies... ©REUTERS

Le sommet Kim-Trump s’annonce plus comme une prise de contacts que comme une réunion décisive.

Que peut-on attendre de ce sommet?

Malgré des préparatifs intenses, difficile de dire quelle sera l’issue du premier sommet de l’histoire entre Américains et Nord-Coréens, réunis pour discuter de la dénucléarisation du Nord. Depuis Singapour lundi, le président américain Donald Trump a dit s’attendre à ce que les choses "se déroulent très bien". Le secrétaire d’Etat Mike Pompeo a rappelé que Washington n’était prêt à accepter qu'une "sortie du nucléaire complète, vérifiable et irréversible de la péninsule". Il a ajouté que les sanctions ne seraient levées qu’une fois cet objectif atteint.

La question devrait nécessiter d’autres rencontres car la dénucléarisation serait impossible en quelques mois, le programme nucléaire nord-coréen étant trop avancé.

Du côté de Pyongyang, où le quotidien du Parti du travail au pouvoir, le Rodong Sinmun, et l’agence KCNA ont largement rapporté l’arrivée dimanche du dirigeant Kim Jong-un à Singapour, l’objectif est d’obtenir des garanties de sécurité qui pourraient passer par la conclusion d’un accord de paix mettant fin à la Guerre de Corée (1950-1953). La partie nord-coréenne pourrait demander le retrait des forces américaines déployées au Sud ou la sortie de la Corée du Sud du parapluie nucléaire des États-Unis.

Pourquoi se tient-il à Singapour?

Parmi les prétendants pour accueillir le sommet, Singapour a été préférée à la Mongolie, trop isolée ou encore à la Suisse, trop éloignée.

La cité-État a pour elle d’entretenir d’excellentes relations avec les États-Unis, dont elle est un important partenaire commercial et sécuritaire. Dans le même temps, Singapour maintient depuis les années 1970 des liens diplomatiques avec la Corée du Nord. Les deux pays ont participé au mouvement des non-alignés et les rencontres bilatérales ne sont pas rares, la dernière étant celle à Pyongyang les 7 et 8 juin du chef de la diplomatie singapourienne Vivian Balakrishnan. Jusqu’à la mi-2016, les ressortissants nord-coréens pouvaient se rendre à Singapour sans visa. La très active organisation Choson Exchange, créée dans la cité-État, organise des séminaires d’économie et de droit pour de jeunes Coréens du Nord.

Comment a-t-il été organisé?

La rencontre à l’hôtel Capella sur l’île singapourienne de Sentosa commencera par un entretien privé entre Trump et Kim avant le début des pourparlers. Elle découle du réchauffement observé dans la péninsule coréenne, après une année 2017 marquée par de vives tensions provoquées par les tirs de missiles et le sixième essai nucléaire de la Corée du Nord.

Le processus a été amorcé le 1er janvier par Kim Jong-un qui a profité de son discours du Nouvel An pour ouvrir la porte aux discussions. Le président sud-coréen Moon Jae-in, favorable à la reprise du dialogue intercoréen au point mort depuis 2008, s’y est engouffré.

Début mars, le dirigeant nord-coréen a transmis à une délégation venue du Sud une invitation à rencontrer Donald Trump, immédiatement acceptée par l’intéressé.

Dans le même temps, les deux parties ont modéré leurs critiques et multiplié les rencontres informelles. Le calendrier des manoeuvres annuelles américano-sud-coréennes, qui irritent tant le Nord, a été aménagé. Pyongyang a montré sa bonne volonté de dénucléariser en démantelant le 24 mai en signe de bonne volonté son site d’essais nucléaires de Punggye-ri (Nord du pays). Quand Donald Trump a annoncé le 25 mai dans une lettre qu’il renonçait au sommet, la réaction nord-coréenne fut conciliante, l’incitant à changer d’avis.

Quelle est la réalité de la menace nord-coréenne?

Missiles intercontinentaux pouvant atteindre le sol américain, miniaturisation des têtes nucléaires, l’année 2017 a vu la Corée du Nord finaliser ce que Kim Jong-un a qualifié de "grande cause historique" de mise au point d’une force de frappe nucléaire.

Le programme nucléaire nord-coréen a été initié dès les années 60 par son grand-père Kim Il-sung (1912-1994), pour contrer la menace américaine mais aussi par défiance des "alliés" chinois et soviétique. La Corée du Nord a toujours présenté son programme nucléaire comme étant purement défensif. Il apparaît comme une garantie de survie du régime.

Sa réussite interroge toutefois sur le risque de prolifération. Pyongyang aurait de quoi fabriquer 60 armes nucléaires, selon les renseignements américains.

Qu’en pensent les voisins du pays (Chine, Japon, Corée du Sud)?

L’engagement sur la voie du dialogue satisfait la Corée du Sud. Élu du camp progressiste en mai 2017, Moon Jae-in a toujours prôné le dialogue, un objectif devenu priorité, les tensions ayant avivé les risques de guerre dans la péninsule.

La perspective du sommet est également appréciée à Pékin et Moscou, historiquement plus proches de la Corée du Nord et promoteurs des discussions.

Le Japon apparaît isolé. Le Premier ministre Shinzo Abe maintient une extrême fermeté envers Pyongyang. Il le fait car l’archipel se sent à juste titre menacé par les missiles nord-coréens mais aussi car la menace nord-coréenne est un argument utile à son ambition de réviser la constitution pacifiste.

Pour autant Tokyo a souhaité aujourd’hui une rencontre entre Shinzo Abe et Kim Jong-un, notamment pour discuter des Japonais enlevés dans les années 1970-80 par des agents nord-coréens.

Chronologie

· 1945: fin de la colonisation japonaise, la péninsule divisée en deux autour du 38e parallèle

· 1950, 25 juin: début de la Guerre de Corée

· 1953, 27 juillet: armistice établissant un cessez-le-feu

· 1972: premiers contacts officiels entre les deux Corées

· 1994: mort de Kim Il-Sung, fondateur de la république populaire et démocratique de Corée (Corée du Nord), arrivée au pouvoir de son fils Kim Jong-il

· 2000: premier sommet intercoréen, entre Kim Jong-il et le président du Sud Kim Dae-jung

· 2007: deuxième sommet intercoréen, entre Kim Jong-il et Roh Moo-hyun

· 2011: mort de Kim Jong-il, Kim Jong-un accède au pouvoir

· 2017, 3 septembre: 6e essai nucléaire nord-coréen, la RPDC affirme avoir terminé son programme nucléaire

· 2018, 12 juin: 1er sommet américano-nord-coréen de l’histoire entre Kim Kong-un et le président Donald Trump.

©REUTERS

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